La Femme de Seisaku est une magnifique histoire d’amour, à la fois sensuelle, cruelle et terriblement critique envers la société japonaise. Ce chef‑d’œuvre se place sans mal au panthéon des meilleurs films nippons.
Synopsis : À la veille de la guerre russo‑japonaise, pour échapper à la misère, une jeune femme devient la concubine d’un vieillard. Lorsque celui‑ci décède, elle se met en ménage avec un jeune homme.
Critique : Découverte très tardivement en France, l’œuvre de Yasuzō Masumura est passée totalement inaperçue chez nous dans les années 1960‑1970 à cause d’une absence totale de distribution. Il aura donc fallu attendre très longtemps pour découvrir un cinéaste que l’on peut aisément placer au niveau d’un Kurosawa ou d’un Mizoguchi. Ancien assistant de ce dernier – mais aussi de Kon Ichikawa – Masumura partage avec ses aînés un goût pour l’esthétique raffinée, ainsi qu’un intense travail sur l’image. Doté d’un noir et blanc en tout point remarquable, La Femme de Seisaku (1965) peut d’ailleurs être considéré comme l’un de ses chefs‑d’œuvre.

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Suivant le parcours d’une jeune femme exclue de la société pour avoir été la maîtresse d’un vieil homme riche, Masumura signe à la fois un film social, une superbe histoire d’amour et un bouleversant plaidoyer pour la différence. Ainsi, la belle s’est vendue à son vieux maître pour échapper à la misère, et n’en récolte que le mépris des villageois. Mise à l’écart de la bonne société, elle tombe follement amoureuse de l’homme le plus respecté du village. Prisonniers des conventions sociales, les deux amants subissent alors le harcèlement constant de leurs concitoyens. Se déroulant au début du siècle dernier, l’œuvre égratigne au passage le nationalisme exacerbé des Japonais à ce moment de leur histoire.
Scandaleuse par bien des aspects (des scènes d’amour d’une intense sensualité, un soutien indéfectible à des personnages hors normes et une critique virulente du Japon), cette œuvre majeure est portée par l’interprétation sans faille de la superbe Ayako Wakao, fidèle collaboratrice du cinéaste, également aperçue chez Mizoguchi. Elle est brillamment secondée par Takahiro Tamura (L’Empire de la passion de Nagisa Ōshima), excellent en citoyen modèle partagé entre son engagement nationaliste et l’amour fou qu’il porte à cette fille perdue. À la fois belle et cruelle, la fin de La Femme de Seisaku reste longtemps gravée dans nos mémoires et s’impose sans mal au panthéon des plus beaux moments du cinéma nippon.

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Box-office de La Femme de Seisaku
C’est durant l’été 2004 que Zootrope Films propose ce classique japonais au cinéma. Une première en France. Le distributeur qui vit l’une de ses plus belles années (May de Lucky McKee, Séance de Kiyoshi Kurosawa) dispose de deux films de Masumura dans son catalogue, La Femme de Seisaku et Tatouage qui sortira dans la foulée, en décembre 2004.
L’accueil de La Femme de Seisaku est un triomphe critique et un beau succès cinématographique, avec 15 705 entrées, autant que Dirty Dancing 2 que TFM sortait de façon misérable cette année-là ! A Paris, le film de 1965 en noir et blanc ne disposait que de 3 écrans. Il restera à l’affiche huit semaines. Fort de cet engouement, Zootrope Films propose un an plus tard, le 3 août 2005, La Bête aveugle et Passion, deux autres chefs d’œuvre du cinéaste.
En 2025, The Jokers qui édite une édition blu-ray de Seisaku et d’autres classiques du cinéaste déploie le tapis rouge à Yasuzo Masumura, avec un cycle consacré à l’auteur à travers 6 longs, dont La Femme de Seisaku.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 4 août 2004

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