La femme de mon frère : la critique du film (2019)

Comédie, Comédie romantique | 1h57min
Note de la rédaction :
8/10
8
Anne-Elisabeth Bossé, dans la comédie fantasque La Femme de mon frère Affiche du film

Découverte irrésistible d’Un Certain Regard 2019, La femme de mon frère est au cinéma québécois ce que le cinéma de Julie Delpy est au cinéma français, générosité, truculence et liberté de ton. Une certaine idée du bonheur.

Synopsis : Montréal. Sophia, jeune et brillante diplômée sans emploi, vit chez son frère Karim. Leur relation fusionnelle est mise à l’épreuve lorsque Karim, séducteur invétéré, tombe éperdument amoureux d’Eloïse, la gynécologue de Sophia…

 

La femme de mon frère porte la truculence de ton du cinéma de Julie Delpy

 

Critique : Elle pourrait s’appeler Bridget Jones, mais elle est québécoise, intello et ne conçoit pas la romance comme un bonbon fourré, tout droit sorti d’un emballage plastifié rose. L’héroïne de La Femme de mon frère relève davantage du croisement irrésistible entre l’univers cérébral mais débridé de Frances Ha et celui des comédies irrévérencieuses de Julie Delpy, comme Two days in Paris, des œuvres où les dialogues et les personnages croustillent de truculence et imposent leur séduction dans leur caractère trempé, forcément exacerbé par des névroses et des questions existentielles au sein d’une société qui part en vrille.

Le microcosme familial qu’a choisi la réalisatrice Monia Chokri, issue de la bande à Xavier Dolan, est bigarré, cocasse, des parents divorcés qui cohabitent dans la bonne humeur, un père qui rêve d’une révolution communiste, une mère qui ne rechigne pas à parler de sexualité, de sa sexualité passée… On connaît la drôle d’ambiance pour l’avoir savourée ailleurs, mais la beauté et la générosité du couple nous fait chavirer, tout comme il laisse pantois leurs deux trentenaires d’enfants, totalement immatures et donc inséparables, qui « partagent » le même appartement, ou plutôt le même appartement squatté par la sœur, qui a passé ses dix dernières années sur un doctorat qui lui ferme des portes du marché de l’emploi et l’éloigne de la réalité du monde, quand son frère brille comme médecin et multiplie les rencontres d’un soir, dans une forme d’adulescence un peu contradictoire avec ses fonctions.

 

Une complicité familiale joyeusement bordélique

 

Les deux font la paire, unis par le sang et un amour fraternel un peu dingue et excentrique. Leur complicité est évidemment mise à mal par l’intrusion d’un troisième pion sur l’échiquier, la gynécologue de la jeune femme qui vient de la faire avorter, une femme droite, belle, un peu coincée. L’héroïne paumée, qui n’a que sa famille et son frère tout particulièrement sur qui se raccrocher, voit en la beauté froide du médecin, un parangon de réussite professionnelle, de charisme et donc de perfection insupportable à ses yeux, quand elle galère à tous les étages, celui du cœur en particulier. Celle qui connaît son dossier médical par cœur deviendra-t-elle la légitime de son frère si réticent à la domestication ?

 

Frais, pop et attachant, tout le cinéma québécois que l’on aime

 

De crises de jalousie farouchement hystériques au mal-être affiché à travers une tendance hypocondriaque, l’héroïne, Sophia, est aussi touchante qu’irritante, ce qui fait d’elle un beau personnage de cinéma qu’il est difficile de ne pas aimer dans sa complexité et ses paradoxes qui l’éloignent des autres alors qu’intérieurement tout la porte à s’ouvrir au monde. Cette vulnérabilité exprimée par une sorte d’agressivité aurait pu faire basculer le film vers le drame, mais la réalisatrice Monia Chokri s’accroche à la comédie du verbe, à la psychologie fine, avec un bonheur total.

La comédie pop exulte, embrase les cœurs. Elle a d’ailleurs conquis le jury d’Un Certain Regard, à Cannes. Le succès public est assuré pour ce divertissement de qualité qui confirme la forme d’un certain cinéma québécois qui n’a vraiment pas perdu de sa pétulance dans sa capacité à faire rire le monde entier de ses personnages nombrilistes in fine hautement représentatifs de nos sociétés occidentales.

 

Critique : Frédéric Mignard

Les sorties du 26 juin 2019

 

Anne-Elisabeth Bossé, dans la comédie fantasque La Femme de mon frère Affiche du film

2019 (C) Memento Film Distribution – Design affiche : E. Dorot

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Anne-Elisabeth Bossé, dans la comédie fantasque La Femme de mon frère Affiche du film

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