Jeunesse sauvage : la critique du film (2020)

Drame | 1h20min
Note de la rédaction :
7/10
7
affiche de jeunesse sauvage

  • Réalisateur : Frédéric Carpentier
  • Acteurs : Pablo Cobo, Darren Muselet, Léone François, Jérôme Bideau
  • Date de sortie: 22 Juin 2020
  • Nationalité : Français, Belge
  • Scénariste : Frédéric Carpentier
  • Compositeur : Pablo Pico
  • Sociétés de production : Madeleine Films, Orange STudio, en coproduction avec Magellan Films
  • Distributeur : Fratel Films
  • Editeur vidéo :
  • Sortie vidéo (blu-ray) :
  • Budget :
  • Box-office France / Paris-périphérie :
  • Classification : Tous publics avec avertissement : "Certaines scènes sont susceptibles de heurter un jeune public."
  • Format : DCP Scope 2.39
  • Festival : Brussels Film Festival, Festival international du film de Saint-Jean-de-Luz, Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier.
Note des spectateurs :
[Total : 1   Moyenne : 3/5]

Premier film de cinéma de son auteur, Jeunesse sauvage séduit par une description sans concession du monde des « invisibles », ces voleurs marginaux entraînés dans une violence de plus en plus forte. Porté par un acteur à l’indéniable charisme, le métrage, malgré quelques clichés et faiblesses, est suffisamment tendu et nerveux pour mériter d’être vu.

Synopsis : Raphaël, le chef d’une bande de jeunes voleurs de rues, voit son autorité menacée par Kevin, son fidèle lieutenant. Pour garder le pouvoir, il doit affronter la trahison et un univers de plus en plus violent, où les armes remplacent les poings.

Critique : Le film commence par un générique silencieux, puis une fenêtre apparaît qui donne sur un ciel bleu et Raphaël fait son entrée, se hissant depuis l’extérieur. Symboliquement, il pénètre dans le cadre comme par effraction, et ne va quasiment plus le quitter. On le suit donc dans la ville de Sète qu’il arpente en tous sens. Très vite une géographie se dessine, entre lieux désolés qui servent à réunir sa bande et centre ville, lieu de tous les vols. À part, un endroit arboré qui surplombe la cité qui trouvera un écho dans le fameux cimetière marin dans lequel son père sera enterré. De là un appel est lancé à piller la ville, écho dégradé du cri ambitieux de Rastignac.

Sur les quais

C’est la première réussite du métrage que de s’ancrer dans une topographie précise et concrète. Au passage, Jeunesse sauvage échappe ainsi au cliché du film de banlieue, comme il en évitera d’autres (un bref rap sert de signe discret), sans pouvoir échapper tout à fait à certains passages obligés ou aux dialogues à base d’insultes.

Pablo Copo dans Jeunesse Sauvage

© 2019 MADELEINE FILMS / FRATEL FILMS

Ce qui séduit également, et là sans réserve, c’est l’acteur principal, Pablo Cobo, démarche décidée, mâchoire serrée, regard froid, qui convainc d’un bout à l’autre dans le rôle d’un dur aux failles de plus en plus évidentes. Frédéric Carpentier renoue ainsi avec les anciens films de gangsters dans lesquels James Cagney ou Paul Muni jouaient de la violence mais étaient affaiblis par un attachement excessif à une sœur ou une mère. De la même manière, la fin tragique n’est pas sans évoquer celle de Pépé le Moko (Julien Duvivier, 1937). Mais Carpentier ne brandit pas ses références, et trouve dans un schéma très balisé sa petite musique à lui, pas follement originale, mais intègre, ce qui est déjà beaucoup.

Plus dure sera la chute

Raphaël compartimente sa vie, vie privée d’un côté, délinquance de l’autre. À cet égard, la scène de la plage dans laquelle il éloigne son amie de ses copains résonne comme un symbole. Belle séquence d’ailleurs, qui compte l’une des répliques-clés du film : Raphaël lui explique qu’il n’y a pas de place pour une fille dans cette vie. Mais sa faiblesse principale, c’est le rapport au père SDF, psychiquement troublé, qu’il essaie de sauver de sa déchéance. Il lui fournit argent, nourriture et médicaments. Tant qu’il se contente de pallier ses manques (voir la scène émouvante dans laquelle il le lave et le rase), le rapport, malgré quelques accrocs, tient tant bien que mal. En revanche, quand il entreprend de le changer en lui offrant une chambre, la dispute prend une dimension irrévocable. On sent que c’est à ce lien chaotique que Carpentier réserve ses meilleurs moments. Le destin brisé de l’un entraîne l’autre inéluctablement à sa perte.

Le reste du film est concentré sur le quotidien du groupe de délinquants : pour le meilleur, ça donne des séquences presque documentaires (entraînement, initiation), ou des assauts brusques d’une violence sèche. Le montage rapide révèle alors une efficacité bienvenue, sans tomber dans l’excès ni la complaisance. La répétition de ces séquences parvient à faire sentir son omniprésence et leur crescendo installe un climat d’urgence qui ne se dément pas. D’une manière générale d’ailleurs, la rapidité et la brièveté du film (1h20, c’est assez rare pour être souligné) comptent pour beaucoup dans la relative réussite du film.

Pabloc Cobo et Darren Muselet dans Jeunesse sauvage

© 2019 MADELEINE FILMS / FRATEL FILMS

Jeunesse sauvage, des personnages écorchés vifs

On sera moins tendre avec la rivalité entre Raphaël et son second Kevin qui tombe trop souvent dans la facilité et le superficiel. Là les clichés abondent et empâtent le métrage, en gâtent la grâce. C’est d’autant plus dommage que le portrait de ces jeunes, avec leurs codes, leur impossibilité d’exprimer des sentiments, leurs incessants combats de coqs, touche juste ; le cinéaste parvient même à renouveler par quelques touches originales (la bande de filles, par exemple) ce qu’on a déjà vu de multiples fois.

La caméra nerveuse et attentive de Carpentier épouse à merveille la tension des personnages, leur besoin constant de bouger. Le mouvement, c’est la vie. S’arrêter, changer de monde (les docks pour Kevin, le navire pour Raphaël), c’est risquer la mort. En ce sens Jeunesse sauvage flirte heureusement sans insister avec le constat sociologique : malgré leurs rêves, ces jeunes ne peuvent et ne pourront sortir de leur milieu. Mais pour l’essentiel, c’est par le portrait de Raphaël, avec ses sentiments confus et sa violence brutale, que le film séduit, enchante même à plusieurs reprises.

François Bonini

Sorties du 22 juin 2020 (réouverture des cinémas suite à la crise du COVID-19)

Jeunesse sauvage, affiche du film

© 2019 MADELEINE FILMS / FRATEL FILMS

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