Face à la nuit (Cities of Last Things) : la critique du film (2019)

Policier, Drame, Science-fiction | 1h47min
Note de la rédaction :
7/10
7
Face à la nuit - affiche du Grand Prix Beaunes 2019

  • Réalisateur : Wi-ding Ho
  • Acteurs : Jack Kao, Lee Hong-Chi, Louise Grinberg, Lu Huang
  • Date de sortie: 10 Juil 2019
  • Nationalité : Chinois, Taiwanais, Français, Américain
  • Distributeur : Les Bookmakers / The Jokers
  • Éditeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Box-office France / Paris-périphérie :
  • Festival : Festival international du film policier de Beaune 2019 (Grand Prix) / TIFF 2018 - Prix Platform
Note des lecteurs

Trois âges de la vie d’un flic, trois nuits dont il ne ressortira pas indemne. Le genre  du polar est ici prétexte à une plongée hypnotique dans la psyché d’un homme face à ses regrets et au temps qui passe. Un Grand Prix à Beaune en 2019 qui a de la gueule.

 Synopsis : Trois nuits de la vie d’un homme. Trois nuits à traverser un monde interlope, qui ont fait basculer son existence ordinaire. Il est sur le point de commettre l’irréparable. Mais son passé va le rattraper…

 Critique : À rebours dans la vie d’un homme. Trois âges, trois périodes, trois nuits bouleversées. Trois acteurs pour un même rôle.

Jack Kao, vu chez Tsui Hark et Hou Hsiao-hsien pour un futur proche, quadrillé par les drones, une nuit où son personnage, Zhang Dong Ling, agent de sécurité à la soixantaine, réglera un vieux compte.

Lee Hong-Chi, revenu d’Un Grand Voyage Vers la Nuit de Bi Gan, est un Zhang Dong Ling plus jeune, flic qui déambule dans la ville après avoir découvert que sa femme le trompe avec son supérieur. Il rencontre Ara (Louise Grinberg, vue dans La Prière de Cédric Kahn) et son escapade se transforme en fuite amoureuse noctambule.

Dans la dernière partie, notre héros, incarné maintenant par Hsieh Chang-Ying, a 18 ans et il traverse déjà sa vie comme un brouillard nocturne. Il se retrouve menotté au commissariat, aux côtés d’une figure du monde nocturne et interlope de cette ville sans nom, Big Sister Wang, avec qui il est plus lié qu’il ne l’imagine.

Crédits : Changhe Films, Ivanhoe Pictures, Rumble Fish Productions / Les Bookmakers, The Jokers Distribution

Cette structure temporelle particulière a de quoi dérouter le spectateur. Les actions filmées dans le premier tiers, qui au passage nous montre à quoi pourrait ressembler notre futur proche, vision noire et pessimiste, ne font pas sens tout de suite puisqu’il leur manque une contextualisation, qui est bien sûr celle de toute une vie vécue avant ces derniers instants. Des échos de choix et de rencontres qui résonnent par vagues pour venir s’échouer sur le crépuscule d’une existence.

Le film force son spectateur à penser à l’envers, à se souvenir du futur passé pour appréhender le passé à venir.

On pense à Jia Zhang-Ke, ses films Les Éternels et Au Delà des Montagnes pour ces blocs de temps liés par les choix de vie de ses personnages. Toutefois Wi Ding-Ho, dont c’est le troisième long-métrage après les remarqués Pinoy Sunday et Summer Afternoon, est moins romanesque, son film est resserré sur son personnage et sur des unités de temps : une nuit à chaque fois.

 

Crédits : Changhe Films, Ivanhoe Pictures, Rumble Fish Productions / Les Bookmakers, The Jokers Distribution

C’est le rapport de Zhang Dong Ling aux femmes qui bouleverse son existence. Jalousie, désir, absence d’une mère… Autant d’étapes dans la vie d’un homme, mais chaque fois, ici, ces rencontres explicitent les regrets à venir. En remontant le cours du temps, peut-être est-il possible, à la fin du film, d’envisager d’autres chemins.

Le film surprend aussi par son grain particulier, un 35mm un peu passé qui apporte une texture un peu brumeuse, épaisse, comme pour donner consistance à la nuit. C’est le directeur de la photographie français Jean-Louis Vialard, qui a aussi travaillé avec Apichatpong Weerasethakul, qui tourne ici avec des pellicules Fujifilm dépassées. À rester collé aux personnages, il parvient néanmoins à rendre palpable un hors champs qui rend compte de l’état de décomposition de certaines sociétés asiatiques : corruption, gangstérisme, régime sécuritaire… Moins un état des lieux que des couches successives qui plombent Zhang Dong Ling comme un poids attaché à la cheville, qui l’entraîne inexorablement vers l’abîme.

Des audaces esthétiques et narratives pour un film atmosphérique qui montre à quel point Taiwan est un vivier de cinéastes passionnants.

Critique : Franck Lalieux 

 

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Face à la nuit - affiche du Grand Prix Beaunes 2019

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