Déviance japonaise inédite à l’étranger pendant 35 ans, Door est un thriller tordu et gore obsédé par le viol de son héroïne et accessoirement épouse du metteur en scène.
Synopsis : Femme au foyer, Yasuko Honda vit avec son mari et son fils dans un grand immeuble d’un quartier résidentiel. Régulièrement harcelée par les démarcheurs et les canulars téléphoniques, la jeune femme, excédée, finit par claquer la porte sur les doigts d’un vendeur. Choqué, celui-ci refuse d’en rester là. Sa vengeance se mue bientôt en véritable obsession…
Le home invasion made in Japan
Critique : Réalisé par un maître du pinku, donc de l’érotisme pervers et misogyne, à forte tendance masochiste, des années 70, Door s’ouvre comme une exception dans la carrière de Banmei Takahashi. Sa caméra souvent virtuose quand il s’agit de jouer de la steadycam franchit le seuil du thriller horrifique, à forte tendance gore dans sa dernière partie où la tronçonneuse et l’arme blanche tranchent et transpercent aisément la chair si épargnée pendant la mise en place.
Peu courante au Japon en cette époque, cette rhétorique de l’horrible préfigure l’underground nihiliste des années 90 dont ressortiront Takashi Miike et consorts.

© Door Agent 21 / Director’s Company Tous droits réservés / All rights reserved
Avec son interminable mise en place d’un suspense architectural autour d’un complexe résidentiel moderne et bourgeois (la femme au foyer est celle d’un informaticien rarement à la maison), Door est fasciné par son propre cadre. Celui d’une extension urbaine ou l’humain reste à distance de son voisin quand frappe les horreurs les plus sourdes, mais aussi les plus évitables, puisque la non-intervention des autres résidents dans cet ilot de modernité parait excessive.
Son récit de représentant, adepte du porte à porte musclé, frustré de la libido, et omniprésent par tous les moyens de communication de l’époque (de la cabine téléphonique où il sévit, il semble voir chaque fait et geste de sa proie) est un cauchemar de ménagère d’une autre époque, celle d’une verticalité masculine qui semble avoir déraillé. L’époux trop absent et la proximité avec le fils autoritaire rend l’attention conjugale rare et la femme elle-même semble désirer une rupture du quotidien avec un désir inconscient de viol que les féministes contemporaines rejetteraient comme étant une déviance bien masculine appartenant à la culture du viol. Le réalisateur étant lui-même le mari de la comédienne au moment du tournage, l’exercice accentue l’inconfort de cette narration in fine mise en scène avec brio, avec des trouvailles de studio particulièrement fluides et emballantes.
Reste une musique couleur locale kitsch et des décors unanimement ternes. Cette série B vaut sûrement mieux que la jaquette particulièrement affreuse qui a accompagné sa sortie en vidéo en France, chez Carlotta. L’éditeur a toutefois eu la bonne idée d’une édition accompagnée de Door 2, en blu-ray en 2024, plus de trente-cinq après la sortie du film. Door 1 avait disparu des radars nippons après la faillite de la société de production Director’s Company et n’avait ainsi pas pu exister à l’international jusqu’à cette résurrection tardive mais intéressante, à la fois pour sa valeur historique dans le cinéma de genre japonais mais aussi pour sa vivacité qui interpellera le public qui cherche à fuir les programmes algorithmés de son temps.
Kiyoshi Kurosawa, également issu de la Director’s Company, tournera un 3e segment en 1995 pour une sortie japonaise en avril 1996.
Biographies +
Banmei Takahashi, Keiko Takahashi, Daijirô Tsutsumi, Shirô Shimomoto
Les mots clés
Cinéma japonais, Home Invasion, La violence faite aux femmes, 1988

© Door Agent 21 / Directors Company Tous droits réservés / All rights reserved
Le test blu-ray de Door
Packaging & Compléments : 3 / 5
La présence de Door 2 pourrait presque figurer dans la liste des compléments. Le film de 1991 est une variation érotique plus franche et extrême, toujours par Banmei Takahashi. Par ailleurs, le cinéaste, né en 1949, intervient dans les bonus à l’occasion d’un entretien de 24min durant lequel il revient sur sa carrière, la société Directors Company, et l’histoire de Door, du projet impersonnel qu’il a été contraint de tourner. Il évoque également la sortie de ce film d’horreur sanguinolent qu’il qualifie d’expérience dans sa carrière.
Une bande-annonce des deux films est proposée, dans la version restaurée qui est très belle.
L’image : 3.5 / 5
Une restauration pimpante accentuant les couleurs pour rendre hommage à l’esthétique travaillé du film. Toutefois quelques irrégularités dans les images démontrent les limites du matériau d’origine.
Le son : 3.5 / 5
Le film est proposé dans son Mono d’origine sans réelle faiblesse. Le HD Master donne de la puissance vocale dans ce suspense où la quasi unité de lieu a bien besoin de cette vitalité.