Charles II : la critique de la mini-série et le test DVD (2003)

Historique | 236 minutes
Note de la rédaction :
5/10
5
Jaquette de Charles II

  • Réalisateur : Joe Wright
  • Acteurs : Rufus Sewell
  • Date de sortie: 16 Nov 2003
  • Date de sortie DVD : 23 octobre 2019
  • Editeur : Koba Films
  • Nationalité : Britannique
Note des spectateurs :
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Charles II est une mini-série de Joe Wright, retraçant l’histoire du dernier monarque d’Angleterre ayant gouverné (en partie) sans le Parlement. Si l’interprétation est solide, la série a tendance à multiplier les scènes d’amour inutiles.

Synopsis : A Londres au XVIIème siècle, entre rigueur et décadence, le portrait de Charles II, dernier monarque absolu d’Angleterre.

Critique : Joe Wright est bien connu des amateurs de cinéma romantique pour son adaptation énergique et contemporaine d’Orgueil et préjugés (sortie en 2006 en France), le classique de Jane Austen, avec une trépidante Keira Knightley. Bien avant ce coup de maître, il avait réalisé une mini-série en quatre épisodes d’une heure sur la vie de Charles II. Cette série estampillée BBC aura donc mis seize ans avant de traverser les frontières par le biais d’une édition DVD. Une attente aussi longue signifierait-elle que le produit proposé est décevant ?

Sans aller jusque-là, il est certain que cette série n’a pas le charme d’Orgueil et préjugés ou la tonalité dramatique de Reviens-moi (sortie en France en 2008), autre œuvre remarquable de Joe Wright. Pourtant, le sérieux de l’entreprise est incontestable. Le script se base sur le livre « King Charles II » publié en 1979 par Antonia Fraser, romancière et historienne renommée.

Rufus Sewell en Charles II fait de l'escrime

© BBC 2003

La série traite la vie du roi Charles II de son exil à Anvers à sa mort en 1685. Elle est sous-titrée « The Power and the Passion ». Là où le bât blesse, c’est que la passion prend une place bien trop importante dans cette histoire romancée. Charles II était manifestement connu pour avoir eu de nombreuses maîtresses, qui lui donnèrent une douzaine d’enfants adultérins. Toutefois, cela n’est pas une raison de multiplier les scènes de sexe entre Charles II et ses courtisanes. Et encore si les scènes de sexe avaient été torrides, cela donnerait sans doute du cachet à cette série. Mais que nenni. L’érotisme est totalement inexistant. Les spectateurs les plus attentifs verront à une seule reprise l’une des maîtresses du roi (le personnage de Nell) dans le plus simple appareil. C’est une bien maigre consolation.

Par moments, la petite histoire tourne en rond quand on attend que la grande puisse enfin s’exprimer. D’ailleurs, avec le personnage de Barbara Palmer, la principale intrigante auprès du roi, on approche la caricature. Elle est présentée comme une femme ambitieuse et calculatrice, usant de ses charmes pour obtenir ce qu’elle veut du roi. C’est peut-être vrai mais un peu de nuance n’aurait pas été de trop.

Charles II tire son principal attrait de sa réflexion de la politique du pouvoir.

Heureusement, la question du pouvoir est bien plus convaincante. La série montre bien les jeux de pouvoir s’opérant entre Charles II et le Parlement. Ce dernier, traumatisé par l’exécution de son père (donnant lieu à une scène inaugurale lourdement appuyée au niveau de la mise en scène), va tout faire pour maîtriser le Parlement et ne pas subir le même sort. On assiste à un subtil jeu de dupe entre le Parlement certain de contrôler Charles II et un roi opérant dans l’ombre dans l’espoir d’un retour à la monarchie absolue. Il n’hésite pas à sceller un traité en secret avec le roi de France.

Charles II joué par Rufus Sewell

© BBC 2003

Charles II – the power and the passion insiste également de façon pertinente sur le côté mesuré du roi sur le plan religieux. Bien qu’étant protestant, il cherche à protéger les catholiques. Et puis Charles II apparaît également comme une personne loyale envers ses proches : il pardonne l’attitude contestable de son ami d’enfance George, duc de Buckingham et témoigne toujours une certaine tendresse envers la reine, alors qu’elle ne parvient pas à lui donner un héritier.

Cette série ne se limite pas à Charles II et à son entourage. Elle revient avec force sur plusieurs épisodes dramatiques de cette époque. Elle relate ainsi l’épidémie de peste de 1665 et le grand incendie de Londres de 1666. Une fois n’est pas coutume, la BBC n’a semble-t-il pas eu les moyens de ses ambitions, le grand incendie de Londres donnant lieu à des effets spéciaux rudimentaires voire ratés. De la même façon, certains partis pris de Joe Wright sont contestables, qu’il s’agisse de ralentis au début de certaines scènes ou de zooms intempestifs sur les visages des personnages. Cette mise en scène audacieuse tourne à vide et n’apporte rien à l’histoire. On sent que Joe Wright tâtonne : il n’a pas encore la maestria dont il fera preuve dans dans Orgueil et préjugés, Hanna, et Les heures sombres.

De son côté, la distribution redore le blason de cette série. Rufus Sewell endosse brillamment le rôle-titre. Il apparaît à la fois comme un roi faible face au sexe féminin et très rusé dans ses relations avec le Parlement ou avec ses proches conseillers. Autour de lui gravitent des personnages hauts en couleurs et exubérants. On peut trouver le personnage de la comtesse Castlemaine amusant ou même exaspérant. Dans tous les cas, l’actrice Helen McCrory l’interprète parfaitement. Pour la petite histoire, le prince William d’Angleterre serait un des descendants de Charles II et de la comtesse Castelmaine par sa mère Diana.

Comme souvent dans ce type de production, on peut mettre au crédit de cette histoire le soin apporté aux costumes et aux perruques, donnant un côté authentique à l’ensemble.
Au final, si la passion de Charles II pour ses maîtresses est trop mise en avant, la série se rattrape grâce au jeu de ses acteurs et à l’aspect politique. Et puis il est toujours intéressant de découvrir une période de l’Histoire britannique. Toutefois, la mention est passable pour Joe Wright qui fera bien mieux par la suite.

TEST DVD

Quatre épisodes d’une heure chacun, répartis sur 2 DVD.

Jaquette de Charles II

Copyright Koba Films

Compléments : 1/5

Comme souvent chez Koba Films, un « espace découverte » (DVD 1) comporte des extraits du catalogue de l’éditeur : ici La maison d’âpre vent, La dame de Wildfell Hall, Un inspecteur vous demande, SS-GB. Le seul véritable bonus est un making of d’époque de 28 minutes divisé en trois parties : les personnages du film, l’histoire et la production. Le premier module est le plus intéressant puisqu’il donne la parole aux acteurs qui évoquent leurs personnages au regard de l’Histoire. Le dernier module nous apprend que le tournage a été effectué à Prague pour des raisons budgétaires !
Une remarque sur la jaquette : l’actrice Mélanie Thierry est mise en avant alors qu’elle a un rôle très secondaire dans la série.

Image : 3/5

Une image de bonne qualité dans l’ensemble, même si l’on ressent quelque peu le poids des années pour cette série de 2003 via un léger manque de luminosité et un support DVD un peu sur le déclin par rapport aux prouesses de la HD qui abondent sur nos écrans aujourd’hui. Dommage.

Son : 3/5

Le son proposé est un Dolby Digital 2.0 qui ne se révèle pas très puissant. Cela n’est pas franchement un handicap pour une série reposant avant tout sur ses dialogues. A noter que la série est visionable uniquement en version originale sous-titrée français.

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Critique : Nicolas Bonnes

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