Ceux qui travaillent : la critique du film (2019)

Drame | 1h42min
Note de la rédaction :
8/10
8
Ceux qui travaillent, affiche

Ceux qui travaillent restitue avec un réalisme saisissant la férocité du monde du travail.

Synopsis : Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Alors qu’il doit faire face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend – seul et dans l’urgence – une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa vie en question.

Critique : Après les Les bons garçons, un court métrage où il aborde déjà le thème de l’aliénation liée au travail, Antoine Russbach prolonge et réussit l’essai avec cette première fiction captivante et cruelle au cours de laquelle il met en scène la chute d’un homme dont la droiture apparemment infaillible est finalement entamée par son désir irrésistible de se conformer aux diktats de la multinationale qui l’emploie.

Plus dure sera la chute pour Ceux qui travaillent

Depuis sa plus tendre enfance, Frank, élevé dans une ferme, a appris à travailler sans rechigner. A force d’acharnement, il a gravi tous les échelons pour atteindre un poste à responsabilité dans une société internationale de fret maritime et assurer une situation confortable à sa femme et à ses enfants. Plus roué à l’action qu’à la communication, l’oreille collée en permanence à son téléphone, passant en quelques secondes du français à l’anglais, il règle avec efficacité les moindres incidents que peuvent rencontrer les navires dont il a la charge.

Olivier Gourmet dans Ceux qui travaillent

© 2018 Box Productions, Novak Prod, RTS, Teleclub AG, RTBF. Tous droits réservés.
© 2019 Condor Distribution SAS.Tous droits réservé

Sûr que le dévouement et la conscience professionnelle assurent à « ceux qui travaillent » la reconnaissance et le respect de la hiérarchie, il ne compte pas ses heures. Levé à l’aube, il quitte tous les matins une maisonnée encore endormie plus préoccupée par l’achat d’appareils électroniques dernier cri que par le quotidien de celui qui les fait vivre. Fier de pouvoir offrir à sa progéniture une aisance qu’il n’a pas connue et assuré du devoir accompli tant professionnellement qu’à titre privé, il évolue sans heurts entre ces deux mondes opposés qui composent une vie qu’il imagine toute tracée.

Cependant alors qu’un problème survient sur un cargo, il choisit de renoncer aux valeurs humaines qui sont les siennes dans le seul but de préserver les intérêts de son employeur qui, sans état d’âme, le licencie au nom d’une morale cyniquement bienveillante qui cache en vérité quelques prétextes peu glorieux. Descendu brutalement de son piédestal, dévoré par la honte de se sentir désormais inutile, Frank n’ose avouer à sa famille ce qui lui arrive d’autant que ses rejetons privilégiés l’ont depuis longtemps averti qu’ils n’envisageraient en aucun cas de changer de style de vie.

Olivier Gourmet dans Ceux qui travaillent

© 2018 Box Productions, Novak Prod, RTS, Teleclub AG, RTBF. Tous droits réservés.
© 2019 Condor Distribution SAS.Tous droits réservé

Une première œuvre glaçante de lucidité

Seule la tendresse qui le lie à sa plus jeune fille, au regard encore plein d’innocence, l’aide à se remettre en question et envisager la vie sous un autre angle.

une mise en scène épurée se met au diapason de l’état d’esprit du personnage, un homme à la froideur déstabilisante, rôdé à une discipline presque militaire, magistralement interprété par Olivier Gourmet, qui, entre retenue et dignité, porte haut et fort ce récit aux accents réalistes et impitoyables. Dans un décor aux tons froidement bleutés, symbole d’une existence aseptisée, essentiellement régie par l’efficacité et le souci du rendement, la caméra scrute le moindre détail du visage de cet homme dont la carapace se fissure au fur et à mesure de l’évolution de son personnage jusqu’à nous faire partager son désarroi.

Si le travail donne certes l’illusion d’une liberté, essentiellement financière, ne constitue-t-il pas le principal frein à notre libre arbitre ? Le mot travail, issu du latin tripalium qui désigne un instrument de torture à trois poutres, induit une notion de souffrance inhérente au travail, d’autant plus insupportable quand elle s’exerce dans un contexte où l’action prend le pas sur la réflexion et où la rentabilité se substitue à la probité, comme le dénonce Antoine Russbach à travers cette première œuvre glaçante de lucidité.

Critique : Claudine Levanneur 

Les sorties de la semaine du 25 septembre 2019 

 

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