Brooklyn Secret : la critique du fillm (2020)

Drame | 1h29min
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
Brooklyn Secret, affiche du ilm

  • Réalisateur : Isabel Sandoval
  • Acteurs : Isabel Sandoval, Eamon Farren, Lynn Cohen
  • Date de sortie: 01 Juil 2020
  • Nationalité : Américain, Philippin, Belge
  • Titre original : Lingua Franca
  • Scénariste : Isabel Sandoval
  • Société de production : 7107 Entertainment
  • Distribution : JHR Films
  • Editeur vidéo : JHR Films
  • Date de sortie vidéo : A venir
  • Box-office France / Paris-Périphérie : A venir
  • Box-office USA : A venir
  • Classification : Tous publics
  • Format : 1.85 : 1
Note des spectateurs :
[Total : 1   Moyenne : 4/5]

Dans l’ombre de la présidence de Donald Trump, la peur de l’expulsion d’une femme trans venant des Philippines. Un récit sobre, beau, et d’une grande finesse esthétique. Brooklyn Secret est la découverte d’une auteure, Isabel Sandoval, également interprète de ce drame social émouvant.

Synopsis : Olivia travaille comme soignante auprès d’Olga, une grand -mère russe ashkénaze de Brighton Beach à Brooklyn. Fragilisée par sa situation d’immigrante philippine, elle paie secrètement un Américain pour organiser un mariage blanc. Alors que celui-ci se rétracte, elle rencontre Alex, le petit fils d’Olga, avec qui elle ose enfin vivre une véritable histoire d’amour…

Brooklyn Secret - Isabel Sandoval à Brighton Beach

© JHR Films

Critique : Porté par une réputation flatteuse, Brooklyn Secret sort donc en France le 1er juillet 2020, après les remous de la crise du Covid-19, puisque le film était initialement prévu pour le 18 mars, soit moins d’une semaine avant la fermeture des cinémas pendant plus de trois mois. Pour une œuvre clandestine qui devait alors se frayer un chemin dans des salles encombrées, la pression était déjà forte en mars, mais en patientant une saison entière, les circonstances de son existence n’en sont que plus troublantes, tant ce film a à dire sur le monde d’après et ce qui doit changer. Comme un symbole de cette douloureuse transition, la mort de l’une de ses comédiennes, l’actrice Lynn Cohen, qui décédait à l’âge de 86 ans, un mois auparavant, en février, est d’autant plus signifiante. La comédienne qui a traversé les générations incarne dans le film une vieille dame sénile, dont une immigrée dans l’attente désespérée de papiers, s’occupe. Ce vestige d’une Amérique qui se meurt perd la tête, oublie, frappée par une maladie dégénérative. Cette vieille dame est bien le symbole d’une Amérique aux valeurs refoulées, qui se perd dans l’oubli de sa propre condition, face à celle qui aspire à devenir américaine, comme des dizaines de vagues d’immigrants auparavant… Tout un discours, une force narrative, un engagement qui appelle à la résistance, ici par l’art, le cinéma, et la finesse d’une écriture dans le refus du mélo.

Brighton Beach Memories

Aussi, c’est avec beaucoup de ferveur que l’on a envie de défendre ce troisième long métrage d’Isabelle Sandoval, auteure philippine, vivant aux USA, dont on ne connaissait pas en France les précédentes œuvres, et qui interprète le rôle principal de cette aide à domicile. Brooklyn Secret est un magnifique portrait de femme, avec sa différence – elle est transsexuelle. Ce parangon de courage doit faire montre de résilience dans un monde occidental rongé par le virus. En l’occurrence celui de la peur, de l’ostracisme, du racisme institutionnalisé par une politique américaine anti-immigré, anti-LGBTQ et anti-femme. La peur des autorités agit comme un thriller psychologique chez cette immigrée et résonne d’autant plus que le film sort dans le contexte des manifestations révolutionnaires contre une Amérique blanche, patriarcale ouvertement discriminante.

Ce petit bijou d’indépendance baigne dans la mélancolie du quartier juif de New York, Brighton Beach. L’actrice, réalisatrice, monteuse… capte la cinégénie du lieu à l’écart du rythme trépidant de ville tentaculaire. Ce New York des petits et des laissés-pour-compte ne semble ici n’avoir plus rien à célébrer, tant ses valeurs d’accueil (Liberty Island, vous remettez?) ont été écornées par la politique migratoire et répressive de l’occupant du Bureau ovale.

Brooklyn Secret - Eamon Farren et Isabel Sandoval

© JHR Films

Brooklyn Secret, une œuvre sur la résilience

Vivant aux USA depuis longtemps et détenant une carte verte, la réalisatrice Isabel Sandoval a trouvé l’inspiration dans ses propres craintes, devenues rationnelles, celles de ne plus pouvoir rentrer aux USA, si elle venait à quitter sa terre d’accueil pour un voyage professionnel à l’étranger. Femme, trans, étrangère. C’est beaucoup pour une Amérique en manque de repères qui crie pour un sursaut et le droit à l’égalité et à la différence.

Doublé d’une romance avec un jeune homme blanc, anciennement alcoolique, lui-même sur la touche et dans le nécessaire besoin de rédemption, l’intrigue centrale ressort enrichie par le personnage interprété par le comédien lynchien et torturé Eamon Farren, que l’on avait déjà remarqué dans le reboot de Twin Peaks. Cet homme cabossé apporte une sensibilité supplémentaire et permet, dans cette Amérique sombre, d’espérer un peu de lumière. Mais se démarquant des fins convenues, Brooklyn Secret nous tient jusqu’au bout et marque sa vraie différence par ses qualités artistiques, visuelles, sensorielles, le film opérant au plus beau du cinéma indépendant. Sandoval ne manque ni de courage, ni de vision dans ce parcours inspirant d’une Amérique des exécutants de l’ombre qui, en 1h25, manifeste plus de dignité et d’humanité que le mandat d’une seule figure de l’exécutif en quatre ans. Chapeau.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 1er juillet 2020

Brooklyn Secret, affiche du ilm

© JHR Films

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