Bluebird : la critique du film (2020)

Drame, Thriller | 1h30min
Note de la rédaction :
6.5/10
6.5
Bluebird de Jérémie Guez, affiche du film

  • Réalisateur : Jérémie Guez
  • Acteurs : Veerle Baetens, Roland Møller, Lola Le Lann
  • Date de sortie: 16 Juin 2020
  • Nationalité : Belge, Français
  • Titre original : A bluebird in my heart
  • Scénariste : Jérémie Guez, d'après L’Homme de plonge (The Dishwasher) de Dannie M. Martin
  • Compositeur : Séverin Favriau
  • Sociétés de production : © 2017 Cheyenne – Atchafalaya Films – Labyrinthe Films – Umedia – Emotions Films UK
  • Distribution : Les Bookmakers / The Jokers
  • Editeur vidéo : The Jokers
  • Date de sortie : Sortie cinéma annulée en raison de la crise du coronavirus ; sortie VOD : le 16 juin 2020
  • Festival : Festival international du Film Policier de Beaune 2019
  • Classification : Interdiction aux moins de 12 ans ("En raison d’un climat angoissant et de scènes particulièrement violentes, la commission propose pour ce film une interdiction aux mineurs de moins de douze ans")
Note des spectateurs :
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Le premier long du romancier Jérémie Guez est très encourageant. Bluebird est un thriller habile dans sa psychologie et la reconstitution glauque de son environnement, faute d’être totalement convaincant dans son intrigue qui lambine.

Synopsis : Danny, un ancien taulard aspirant à une vie tranquille en est brutalement extrait quand la fille de sa logeuse est victime d’une agression…

Du cinéma à la VOD, le chemin de croix d’une œuvre coronavirussée

Critique : Bluebird, titre français réducteur, dissimule en fait, en version originale, A bluebird in my heart, ce qui est autrement plus parlant et poétique ; le film avait même un temps été baptisé, en France, pays coproducteur avec la Belgique, Tu ne tueras point. Certes, le langage biblique était éculé, évoquant même le boucherie belliqueuse de Mel Gibson, mais le Commandement correspond parfaitement à la dualité qui s’entrechoque dans le mental des personnages.

Lola Le Lann et Roland Moller dans Bluebird photo

© 2017 Cheyenne – Atchafalaya Films – Labyrinthe Films – Umedia – Emotions Films UK

On espérait donc découvrir ce Bluebird sur grand écran, mais ça, c’était avant que la crise du coronard virus ne vienne changer les plans des deux distributeurs frérots, The Jokers et Les Bookmakers, qui ont dû s’en remettre à l’option VOD, quand, il est vrai, le reste du monde avait déjà opté pour la case SVOD via Shudder.

Le polar psychologique noir, crasseux, empêtré dans une certaine misère d’être, revient donc sur la possibilité de rédemption et réfléchit sur la notion de légitime vengeance. Le protagoniste central du film se réinsère à sa sortie de taule dans l’ombre de la société, mais s’improvise très vite justicier face au viol glauque d’une adolescente sous drogue qu’il va interrompre trop tard.

Un pur avatar du cinéma de Beaune

L’environnement dans lequel se situe l’entièreté du film est celui du no man’s land social inhérent à ce type de productions que l’on trouve chaque année au Festival de Beaune – pauvre édition 2020 au passage, qui, contrairement à tous les festivals en mai ou juin, n’a pas pu préparer d’alternative face à la crise du Covid, puisqu’il devait se tenir au début du mois d’avril.

Bluebird a justement été présenté en 2019 en compétition du festival du film policier où il avait logiquement sa place. Sa quête impossible de seconde chance pour des êtres borderline incapables de se fondre au moule, étant une réflexion de pur produit d’exploitation d’un genre qui a livré à travers le temps de sacrées claques comme Hyena en 2015, Traîné sur le bitume en 2019, Que dios nos perdone en 2017, Kill List de Ben Wheatley en 2012, ou bien… les deux films danois Hijacking et Northwest, en 2013, deux œuvres qui avaient comme point commun la présence d’une gueule de cinéma que l’on retrouve dans Bluebird, Roland Møller.

Veerle Baetens et Roland Moller dans Bluebird

© 2017 Cheyenne – Atchafalaya Films – Labyrinthe Films – Umedia – Emotions Films UK

Cet acteur, c’est ni plus ni moins le pendant danois de notre Matthias Schoenaerts belge, tous deux affectionnant des personnages taiseux et tortueux. D’ailleurs, après Bluebird, le désormais réalisateur Jérémie Guez a enchaîné avec un second long avec Schoenaerts. On y verra là aucune coïncidence, mais une cohérence car l’on patauge dans les eaux insalubres d’un cinéma noir européen entre Les Ardennes et Bullhead. Amis de la légèreté, vous voilà prévenus, Bluebird n’est pas des films plaisants que l’on déguste comme un petit divertissement avant de reprendre la route d’une semaine de boulot.

Schoenaerts, Ryan Gosling, Roland Møller et les autres

Toutefois, face aux titres majeurs mentionnés plus haut, Bluebird ne partage par forcément avec eux la poigne dramatique. Le romancier Jérémie Guez, qui s’était fait la main sur une bonne dizaine de scénarios de films célèbres auparavant, adapte le roman d’un autre, avec un respect de l’outil littéraire et des normes cinématographiques du genre noir qu’il adule. A l’aise dans la reconstitution psychologique des vies cassées qu’il met sous cloche, il lui manque l’essentiel de ce type de film, une intrigue forte où l’on ressente vraiment l’étau se resserrer sur les protagonistes. L’idée de danger fait un peu défaut à cette production sur le fil du rasoir qui aurait davantage dû renforcer  la tension.

L’écriture du romancier se plaît à décrire l’environnement, à déterminer son influence sur l’individu, tout en se délectant des éléments métaphoriques qui passent toujours mieux dans un roman qu’à l’écran où ils deviennent explicitations redondantes des intentions. Jérémie Guez aime affirmer qu’il tient Samuel Fuller et Nicolas Winding Refn comme ses maîtres. Au vu du visuel de l’affiche de Bluebird, de son sujet… on ne niera pas la connexion. Bluebird, c’est du sous-Nicolas Winding Refn, mis en boîte avec talent. On pense à Drive notamment et à bien des films de son homologue danois. Schoenaerts, Ryan Gosling, Roland Møller… Ce beau monde paraît un peu interchangeable.

Bluebird et ses promesses

Au final Jérémie Guez est habile et, faute d’impressionner dans le genre, libère les promesses d’un second long qui aura davantage de choses à dire. On valide ce premier essai, surtout dans le cadre de la VOD, car il impressionne par sa capacité à reproduire ce que l’on aime vraiment dans ce cinéma dingue. Toutefois, Guez doit encore trouver sa propre identité cinématographique et s’affirmer comme le propre auteur de son œuvre. Bref, tout ce qu’il a su faire en littérature.

Frédéric Mignard  

Sortie en VOD le 12 juin 2020

Bluebird de Jérémie Guez, affiche du film

© 2017 Cheyenne – Atchafalaya Films – Labyrinthe Films – Umedia – Emotions Films UK

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Bluebird de Jérémie Guez, affiche du film

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