Vingt ans après Le big bang, Picha, maître incontesté de la paillardise animée, revient avec Blanche-Neige, la suite. Un pastiche olé olé toujours aussi inspiré par le réalisateur de Tarzoon, la honte de la neige.
Synopsis : Résumons-nous. Blanche-Neige, a été ressuscitée d’un smack par le Prince charmant. Sur ce, selon les historiens de l’époque, ils se marièrent, furent heureux et eurent beaucoup d’enfants. Fin de l’histoire. Ce qui est, admettons-le, un peu hâtif. Reprenons. Ils se marient. Et puis après ? Après, une pseudo Bonne fée plus très fraîche rapplique dare-dare dans le paysage. Elle en pince sévère pour le Prince, c’est rien de le dire. Elle le veut, elle l’aura, morbleu. Déjà, on soupçonne le rififi olympique, le conte de fées qui part en quenouille. Et après ? Après, c’est pire…
Critique : Un prince charmant de trente-deux ans toujours puceau qui rêve de tringler sa Blanche-Neige d’épouse ; une Belle au bois dormant odieuse qui veut dominer son mâle couronné ; une Cendrillon bimbo échappée d’un clip de rappeurs ; sept nains libidineux aux doux noms de Tringleur, Branleur, Gicleur ou Trouduc ; une bonne fée vieille de plus de trois mille deux-cents ans prête à tout pour exhiber sa chair flasque au prince qui la chevauchera. Le tout animé dans un 2D assez luxueux avec les voix de Cécile de France dans les rôles de Blanche-Neige, Cendrillon et la Belle au bois dormant, et de Jean-Paul Rouve dans celui du prince tant convoité. Pas de doute, Picha, l’humoriste paillard, roi du pastiche érotique, est de retour. Lui qui tourna en dérision Tarzan (Tarzoon, le honte de la jungle), la Préhistoire (Le chaînon manquant) avant de se prendre une claque monumentale au box-office en s’attaquant au super-héros dans Le Big Bang, qui sonna sa retraite cinématographique anticipée pendant près de vingt ans, détourne cette fois-ci les contes de fées sur les sentiers désopilants et obstinément vulgaires de la parodie érotique.
Blanche-Neige, la suite, rendez-vous manqué avec le public
L’esprit libertaire des années 70 est toujours vivace, même si la franche déconnade, bête et gratuite, l’emporte sur les considérations politiques, présentes toutefois ici à travers l’exploitation capitaliste des nains sur leurs travailleurs et le mépris hautain de la Belle au bois dormant pour les pauvres de son royaume (ne veut-elle pas organiser le bal le plus “honteusement” coûteux de l’histoire ?). Picha n’ambitionne pas de livrer un pamphlet satirique, préférant s’amuser à déboulonner le conte et ses codes de la manière la plus inoffensive qui soit. Et c’est peut être là que le bât blesse.
L’humour sexy et cracra, tout droit issu des féroces années du journal Hara-Kiri, a perdu de sa verve à une époque où les ados d’hier, aujourd’hui de jeunes adultes, ont grandi dans l’outrance des American Pie. Dès lors, quelles cartes possède Picha pour se démarquer de la vulgarité ambiante ? A vrai dire, pas grand-chose, mis à part celle de l’aimable nostalgie prompte à accueillir à bras ouverts un retour aussi anachronique.
Avec 17 000 entrées France, l’indifférence a été généralisée et le film animé a été vite oublié.

