Deuxième volet de la Eugene Trilogy de Neil Simon, Biloxi Blues est une œuvre écrite avec élégance et finesse, portée par des acteurs formidables. A redécouvrir, donc.
Synopsis : Apres Brighton beach memoirs qui racontait son adolescence à Brooklyn, nous retrouvons Eugene Morris, le héros de Neil Simon en 1943 dans la glorieuse armée américaine en pleines “classes”. Mais les réalités quotidiennes de la vie militaire sont moins exaltantes que prévu et notre écrivain en herbe va devoir affronter un sergent acariâtre.
Critique : Au milieu des années 80, le dramaturge Neil Simon est au sommet de sa popularité aux Etats-Unis. Non seulement il triomphe au théâtre à partir de 1985 grâce à Biloxi Blues, deuxième volet de sa trilogie autobiographique souvent appelée Eugene Trilogy, mais il voit aussi le premier segment adapté au cinéma (Brighton Beach Memoirs, Gene Sacks, 1986). Pour ce long-métrage, l’acteur Matthew Broderick qui incarne Eugene au théâtre est remplacé par Jonathan Silverman. L’échec commercial de ce premier essai – qui n’est jamais arrivé dans nos contrées – n’a pas empêché le duo Neil Simon / Ray Stark de réunir la coquette somme de 20 millions de dollars pour en tourner une suite, à savoir ce Biloxi Blues.
Cette fois-ci, les compères engagent un réalisateur de cinéma plus prestigieux, à savoir Mike Nichols, auteur du Lauréat (1967), autre œuvre d’initiation. Ils proposent également à Matthew Broderick de reprendre son rôle fétiche, ainsi qu’à Matt Mulhern et Penelope Ann Miller de prolonger l’expérience théâtrale. Voulant contrôler l’ensemble de sa création, Neil Simon adapte lui-même sa pièce et valide ainsi les changements nécessaires à toute adaptation sur grand écran. Le résultat en est à coup sûr bien meilleur.
Effectivement, Biloxi Blues s’avère être un film d’initiation parfaitement recommandable grâce à un ton particulièrement séduisant, entre comédie drolatique et considérations profondes sur la nature humaine. Le jeune homme plutôt intellectuel qui se retrouve plongé du jour au lendemain dans un monde militaire rustre ne pourra ainsi que rappeler des souvenirs à tous ceux qui ont connu l’époque du service militaire obligatoire. Sauf qu’ici, l’enrôlement débouche inexorablement sur les combats de la Seconde Guerre mondiale.
Pourtant, l’œuvre de Mike Nichols ne se veut pas tant historique que sentimentale. Il s’agit plutôt de l’éducation d’un jeune puceau qui doit non seulement apprendre la vie en collectivité, affronter les humeurs d’un sergent implacable, mais aussi découvrir les joies du sexe et de l’amour, à une époque où ces choses étaient cachées. Sa naïveté nous renvoie inexorablement à cette époque de notre vie où tout nous paraissait neuf. Comme le dit très bien le dernier dialogue du film, Biloxi Blues décrit surtout avec beaucoup de nostalgie cette période que l’on appelle la jeunesse. Les souvenirs même les plus terribles se parent alors d’un halo particulier.
Outre une écriture brillante, Biloxi Blues a le mérite de ne jamais condamner le moindre personnage. Même ceux qui semblent des abrutis congénitaux finissent par faire preuve d’une certaine humanité touchante. C’est le cas du personnage affreux incarné par un formidable Christopher Walken. Abominable, ce sergent bien atteint fait preuve d’une bonne dose de sadisme, mais le scénario nous permet de mieux comprendre ses motivations. Contrairement à l’instructeur de Full Metal Jacket (Kubrick, 1987) qui n’est qu’une caricature de lui-même, celui du film de Mike Nichols ne perd pas ses attributs humains malgré les horreurs qu’il fait subir à ses recrues.
Tourné dans un style très classique, le long-métrage est surtout l’occasion d’admirer le talent d’acteurs chevronnés, le tout au service d’une écriture fine et ciselée. Joli succès aux Etats-Unis, le film n’a pas déplacé les foules en France où les pièces de théâtre éponymes n’étaient pas connues. Ainsi, Biloxi Blues n’a attiré que 40 814 spectateurs lors de sa sortie confidentielle en juin 1988, en pleine crise du cinéma. On peut sans doute le regretter tant le film possède de qualités.
Critique de Virgile Dumez

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