Réalisateur, metteur en scène de théâtre et scénariste britannique, Mike Leigh est né en 1943 à Hatfield en Angleterre, au Royaume-Uni. Dès l’âge de 17 ans, passionné par le théâtre, il intègre la Royal Academy of Dramatic Art, mais sa conception du jeu d’acteur ne correspond pas aux canons de l’institution dont il démissionne au bout de deux ans. Finalement, il préfère se tourner vers le cinéma et apprend son futur métier de cinéaste à la London International Film School.
Les débuts d’un iconoclaste
Pour autant, le jeune homme, trop iconoclaste, va plutôt s’épanouir au sein de plusieurs troupes de théâtre, avec un objectif clairement expérimental. Ainsi, dès 1965, il crée ses premières mises en scène de théâtre. Après cette expérience des planches, il tente de passer à la réalisation d’un long métrage avec Bleak Moments (1971) où il laisse improviser les acteurs à partir d’un scénario oral. En fait, le cinéaste filme surtout les moments en creux de l’existence et fuit toute dramatisation artificielle. Ce premier essai expérimental obtient le Léopard d’or au Festival de Locarno, mais ne séduit aucunement le grand public.
En réalité, tout comme son compatriote Ken Loach, Mike Leigh est contraint de travailler pour la télévision afin de survivre. Ainsi, il tourne de nombreux épisodes de séries télé durant les années 70 car il est employé par la BBC. Il montre toutefois un réel talent pour les drames sociaux comme le démontre le téléfilm Meantime (1984) où il dirige le comédien Tim Roth dans l’un de ses premiers rôles. Grâce à des critiques favorables, il parvient à revenir au cinéma avec High Hopes (1988). Cette tragi-comédie remporte un prix au Festival de Venise de 1988 et reçoit des critiques très chaleureuses. Le public français, lui, reste à distance avec 36 048 spectateurs.

Naked © Pascal Lemoine (affichiste), Deleuse (agence)
Mike Leigh revient avec Life Is Sweet (1990) qui est également acclamé par les critiques et continue à indifférer le public français avec seulement 37 053 cinéphiles. Pourtant, la réputation du cinéaste se construit petit à petit. Après un détour par la case télévision, l’auteur séduit encore davantage avec le très original Naked (1993) qui révèle David Thewlis. Le drame très étrange est présenté à Cannes et gagne le Prix de la meilleure réalisation et du meilleur acteur. L’écho cannois permet au cinéaste de décoller en France, avec 178 644 curieux qui commencent à être des fidèles d’un auteur exigeant, mais passionnant.
La consécration Secrets et mensonges, une Palme d’or bien méritée
Rien ne laissait présager la révélation que fut le chef d’œuvre Secrets et mensonges (1996), ce dernier prenant tout le monde par surprise. Remportant contre toute attente la Palme d’or du Festival de Cannes, ainsi que le Prix d’interprétation pour Brenda Blethyn, le drame poignant a reçu également cinq nominations aux Oscars. Par ailleurs, il fut un énorme succès public avec pas moins de 1,4 million de spectateurs émus en France. Cette fois-ci, Mike Leigh est considéré comme un grand auteur.
Curieusement, il enchaîne avec deux films nettement moins attirants. Deux filles d’aujourd’hui (1997) ramène le réalisateur à des résultats assez faibles (186 187 cinéphiles), mais rien ne le prédestinait à tourner la grande fresque de 2h40 intitulée Topsy-Turvy (1999) qui n’a régalé que 8 521 convives. Autant dire des miettes pour un auteur qui a connu les sommets trois ans plus tôt.
Après ces deux œuvres mineures, Mike Leigh revient au cinéma social qui est sa marque de fabrique. Avec All or Nothing (2002), il signe un nouveau chef d’œuvre dépressif qui fait parler de lui à Cannes, même s’il ne reçoit aucun prix. Malgré la beauté sombre du film, ils ne sont que 82 527 Français à avoir fait le déplacement en salles.
Un auteur intransigeant capable d’attirer les cinéphiles dans les salles
Deux ans plus tard, il fait tourner Imelda Staunton dans le biographique Vera Drake (2004), légèrement plus académique, au point de recevoir trois nominations aux Oscars, et surtout de gagner le Lion d’or à Venise, ainsi que la coupe Volpi de la meilleure actrice. Le drame séduit 190 276 fidèles du cinéaste, toujours porté par des critiques enthousiastes.

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Après ces deux œuvres sombres, Mike Leigh cherche davantage la légèreté et la lumière avec la comédie Be Happy (2008), une œuvre mineure qui a tout de même permis à l’actrice Sally Hawkins de gagner un Golden Globe et un Ours d’argent à Berlin pour sa prestation primesautière. D’ailleurs, le métrage parvient à séduire le public et connaît un joli succès d’art et essai avec 362 884 entrées.
Toutefois, le drame colle à la peau du cinéaste, ce qu’il confirme avec le magnifique Another Year (2010) qui peut être considéré comme l’un de ses chefs d’œuvre. Après être revenu bredouille du Festival de Cannes, le métrage reçoit tout de même une nomination aux Oscars dans la catégorie du meilleur scénario. D’ailleurs, le petit bijou de sensibilité rencontre son public avec un beau résultat de 461 783 tickets vendus, soit son deuxième plus gros succès français.
Les années 2010 ou le temps des grosses productions historiques
Tout ceci va permettre au réalisateur de bénéficier du plus gros budget de sa carrière (environ 11 millions d’euros) pour tourner le biopic Mr. Turner (2014) qui reçoit un accueil chaleureux au Festival de Cannes où le comédien Timothy Spall est couronné du prix d’interprétation masculine. De même, le métrage obtient quatre nominations techniques aux Oscars. En France, il intéresse 316 147 peintres, ce qui n’est pas extraordinaire, mais le film n’en demeure pas moins rentable grâce à une large sortie mondiale.
En 2018, Mike Leigh réalise une nouvelle œuvre d’envergure avec le film historique Peterloo qui reste pourtant inédit dans notre pays, sans doute à cause de la pandémie de Covid-19. Le métrage présenté au Festival de Venise ne semble pas avoir convaincu les critiques.
Retour à la tragi-comédie

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Désormais âgé, Mike Leigh a attendu plus de six ans avant de revenir sur un plateau pour tourner une comédie dramatique dont il a le secret. Avec Deux sœurs (2024), il retrouve notamment Marianne Jean-Baptiste (révélée dans Secrets et mensonges) pour un rôle à la fois drôle et poignant. Le film, à nouveau douloureux, sort dans une certaine indifférence au mois d’avril 2025 et ne parvient à attirer que 59 390 spectatrices dans les salles. Pourtant, le film méritait bien mieux.
Largement célébré dans le monde entier, le cinéma de Mike Leigh est tout bonnement passionnant et l’artiste fait assurément partie des grands noms du septième art. Un auteur, un vrai !