Film féministe plus complexe qu’il y paraît, Send Help est un survival agréable et parfois drôle, mais qui manque légèrement de hargne pour pleinement convaincre.
Synopsis : Seuls rescapés d’un accident d’avion, Linda Liddle et Bradley Preston se retrouvent à présent coincés sur une île déserte. Pour ces deux collègues que tout oppose, l’heure est venue de surmonter les griefs du passé et de travailler ensemble pour tenter de s’en sortir. Sauf qu’en fin de compte la bataille pour la survie devient une épreuve de force, inquiétante et cruellement drôle, où chacun veut jouer au plus fin…
Sam Raimi évoque la guerre des sexes
Critique : Après la déception critique vis-à-vis du travail mené sur le très impersonnel Doctor Strange in the Multiverse of Madness (2022), Sam Raimi a été contacté par les scénaristes Damian Shannon et Mark Swift qui ont concocté le script de Send Help en pensant fortement au réalisateur. Effectivement intéressé par l’idée de revenir à un budget plus modeste (seulement 40 millions de dollars contre les 200 millions de ses blockbusters précédents), Sam Raimi était également content de se confronter à un thriller de type survival, tout en évoquant la guerre des sexes qui fait rage actuellement.

© 2026 Walt Disney Company France. Tous droits réservés.
Ainsi est né progressivement ce projet qui voit Linda, une employée modèle martyrisée par ses collègues et sa direction échouer sur une île déserte avec Bradley, son patron tant détesté, après le crash de leur avion. Dès lors, la thématique féministe à l’œuvre peut se déployer de manière assez habile. Effectivement, la salariée est également adepte du survivalisme, tandis que son patron n’est qu’un yuppie fils à papa incapable de faire quoi que ce soit sans une domestique à sa portée. A partir de là, l’inversion des rôles va pouvoir s’opérer, d’autant que le boss est blessé à la jambe et donc immobilisé pendant une grande partie du film.
Lutte des sexes, mais surtout lutte des classes
Initialement toujours servile vis-à-vis de son patron, Linda va continuer à être humiliée par ce macho imbu de sa position sociale supérieure. Mais petit à petit, celle-ci va prendre conscience du rapport inégal en sa faveur et va profiter de l’occasion pour régler quelques comptes. Si les auteurs laissent espérer durant un temps l’évolution du film vers une romance de type Le Lagon bleu (Randal Kleiser, 1980), ils penchent ensuite vers une thématique bien plus actuelle fondée sur la guerre des sexes et une lutte des classes qui n’a jamais été autant d’actualité.
Toutefois, dans ce pamphlet féministe, Sam Raimi a l’intelligence de nuancer son propos au fur et à mesure des bobines. Certes, les hommes sont tous décrits comme des machos insupportables et imbus de leur puissance économique (Xavier Samuel, insupportable d’arrogance), mais Linda, lors de sa vengeance, va se comporter de manière totalement psychotique – nous n’en dirons pas plus pour ne pas déflorer les rebondissements de l’intrigue. En tout cas, Sam Raimi finit par critiquer dans son ensemble un capitalisme sauvage qui renvoie l’espèce humaine à ses pires instincts, soit le règne du plus fort sur le plus faible.
Send Help tourne parfois en rond sur son île déserte
Il interroge d’ailleurs le spectateur sur l’inversion des rôles qui est en train de s’opérer. Et si le pouvoir octroyé aux femmes n’était qu’un simple renversement de domination et non une volonté d’égalité ? Forcément, le cinéaste se garde bien de donner une réponse car il prend soin de suivre pas à pas l’évolution psychologique de ses deux protagonistes principaux – et quasiment uniques. Malheureusement, cela se fait parfois au détriment du rythme qui n’est pas assez soutenu dans un ensemble qui pouvait aisément être écourté d’une vingtaine de minutes. Ainsi, certaines péripéties paraissent inutiles ou redondantes.

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De même, on peut regretter un manque de passages vraiment marquants. Parmi eux, on compte un crash impressionnant, mais surtout très drôle, ainsi qu’une confrontation très bis entre Linda et un sanglier numérique volontairement pugnace et outrancier. Cela donne lieu à des scènes cartoonesques comme les affectionne le cinéaste, le tout arrosé de sang. Enfin, le dernier quart d’heure se transforme bien en pugilat, avec quelques affrontements bien gratinés entre les deux antagonistes. Cela suffit-il à alimenter la totalité du long métrage ? Sans doute pas. Dans le même genre, on a connu nettement plus drôle avec la comédie hilarante des années 70 Vers un destin insolite sur les flots bleus de l’été (Lina Wertmüller, 1974).
Des acteurs (volontairement ?) dépareillés
Alors que la réalisation de Sam Raimi se sert à merveille de son magnifique environnement – des paysages de Thaïlande pour la plupart – il est parfois moins à l’aise quand il s’agit de diriger ses acteurs et notamment son actrice principale. On peut notamment regretter la tendance au cabotinage de Rachel McAdams qui en fait des tonnes et tombe parfois dans la caricature. Face à elle, Dylan O’Brien apparaît beaucoup plus sobre, tout en laissant parfaitement transparaître les émotions contradictoires de son personnage. Il semble bien plus à l’aise que sa partenaire dans un rôle tout aussi difficile à interpréter.
Send Help se révèle donc être une œuvre tout à fait fréquentable par son discours plus nuancé que ne le laisse supposer sa bande-annonce. On a également plaisir à retrouver Sam Raimi à la direction d’un film plus modeste que les grosses machines impersonnelles auxquelles il nous a désormais habitués.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 11 février 2026

© 2026 Walt Disney Company France / Affiche : Works ADV ; Photographie de Jason Bell. Tous droits réservés.
Biographies +
Sam Raimi, Rachel McAdams, Xavier Samuel, Dylan O’Brien
Mots clés
Cinéma américain, Les îles au cinéma, Les crash aériens au cinéma, La revanche des femmes, Film féministe