Réalisé par Gregory Hoblit (Peur primale, Le témoin du mal et La faille), Intraçable se positionne au croisement entre Le silence des agneaux et Saw, sans en retracer le talent. Un thriller mineur, mais qui se regarde sans trop de remords, avant de disparaître de votre esprit pour l’éternité.
Synopsis : Portland. L’agent spécial Jennifer Marsh appartient à la section Cybercrime du FBI, chargée de traquer les “hackers”, fraudeurs et pédophiles qui utilisent Internet à des fins criminelles. Technicienne aguerrie, elle croyait avoir tout vu, avant qu’un prédateur d’un style inédit ne commence à diffuser sur la Toile les images des tortures infligées à ses victimes, et qu’il n’invite les spectateurs à participer à leur exécution.
L’affaire ne tarde pas à mobiliser la police locale, mais le criminel reste insaisissable, et son site introuvable. La traque prend bientôt une tournure personnelle lorsque Jennifer et ses plus proches collaborateurs sont pris pour cible. Un jeu du chat et de la souris s’engage alors dans l’urgence, mais il est peut-être déjà trop tard…
Critique : Années 2000. L’internet, le dark net, les réseaux sociaux ouvrent des perspectives nouvelles pour les scénaristes. Au Japon, dès 2001, Kaïro du maître Kiyoshi Kurosawa, investit de façon poétique et macabre le virus de l’internet qui efface les humains du monde des vivants. Hollywood en livrera un remake dans la foulée, mais pas que. Les sites qui tuent, c’est une idée qui est aussi développée dès 2003 par William Malone avec TerreurPointCom, ou en 2010, par Hideo Nakata avec Chatroom.
Mort aux enchères
En 2007, ScreenGem et Lakeshore développent Intraçable. Cet ersatz de thriller glauque, dans la lignée des succès des années 90, s’intéresse à la thématique du site mortifère qui donne la possibilité aux internautes d’enchérir sur la mort d’un individu, leur permettant de participer, consciemment ou non, à l’assassinat d’êtres humains. La victime kidnappée est torturée en direct jusqu’au trépas, ce qui ne va pas sans évoquer quelques tendances de la deuxième moitié de la décennie 2000. La torture est alors à la mode à l’écran, avec Hostel d’Eli Roth qui rebondissait sur la thématique du “snuff movie”, et évidemment Saw et ses stratagèmes sadiques est une autre source d’inspiration évidente. On lui enlèvera le gore, puisqu’Untraceable veut davantage rester dans les rouages du thriller télévisuel que de tenter des incursions dans l’horreur graphique.

© 2008 Universal Studios. All Rights Reserved
Revoir le film des années après sa sortie discrète démontre en fait le caractère historique de l’œuvre dans ses thématiques émergeantes. Il y est question de sites de rencontres et de ventes en ligne, de lutte contre le téléchargement de fichiers illégaux, de sadisme viral, de voyeurisme anonyme de la part de l’internaute, et de la manipulation malveillante par des sites fraudeurs et spammés… Ces thèmes à peine convoqués sur le grand écran renvoyaient l’internaute et donc le spectateur à sa complicité. Cet ensemble pourrait être séduisant si l’investigation portée par Intraçable était fraiche. Mais il n’en est rien. Les idées comestibles baignent dans la somnolence du thriller paresseux qui sévissait également beaucoup depuis le succès du Silence des Agneaux en 1991, puis de Se7en (1996).
Intraçable touche au code du “torture porn” et du “cyber-thriller”
Intraçable œuvre ainsi dans la banalité de saynètes toutes plus dispensables autour des méthodes du F.B.I., de la vie sociale abîmée de ses agents (sempiternelle scène de l’anniversaire de l’enfant négligé que la maman doit abandonner pour reprendre l’enquête…). Le tueur, joué par Joseph Cross en contre-emploi, est perturbé (il a un passé), sadique (il aime torturer), d’une intelligence remarquable (il conçoit des plans de torture irréalisables). Ici notre génie du mal opère sur internet ; il filme le trépas de ses victimes, précipitant leur agonie à chaque nouvelle connexion d’internaute. Les scénaristes, forcément dans le vent, ont ajouté cette touche de “snuff” et de “cyber technologies”, moins pour prendre le pouls d’une société malade que pour surfer sur les tendances. Les jeunes aiment bien ça. Donc pourquoi pas en faire un film ?
Au niveau des talents, Gregory Hoblit réalise comme il faut, sans chercher à se mettre en avant. Il n’en est pas à son premier suspense (Peur primale et La faille). Son travail est propre et sans bavure, mais complètement impersonnel. La musique de Christopher Young noie joliment les images. Le compositeur aime bien le cinéma de genre. Et nous son style. Le résultat présenté est toutefois illustratif. Enfin, dans le rôle principal, Diane Lane, éternel second rôle sur plusieurs décennies, est toujours là, vieillissant bien. Sa présence en haut de l’affiche n’est pas forcément rassurante, annonçant bien les ambitions peu élevées de ses producteurs, de par le jeu lisse de la comédienne. Pourtant comme toujours, l’actrice, très pro, s’en sort avec les honneurs. A l’image de cette série B qui, si elle n’a rien de neuf à nous proposer, se laisse regarder sans trop de déplaisir, à condition d’être ailleurs que dans une salle de cinéma, car Intraçable relève entièrement du téléfilm ou de ce que l’on appellerait aujourd’hui du produit original pour plateforme.
Box-office d’Intraçable
A sa sortie en 2008, l’échec fut relatif. Aux USA, le produit fait illusion avec 11M$ au démarrage et des recettes qui seront multipliées par 2,8 en fin de carrière. Ses 29M$ restent toutefois sous le budget de 40M$.
En France, la série B est sauvée par le Printemps du cinéma. Après une première semaine à 53 000 entrées, elle connaît une vraie stabilité en semaine 2 grâce à la manifestation printanière (47 000), mais la chute est conséquente en semaine 3, le film réalisant 81.4% de sa fréquentation lors des 15 premiers jours.
Depuis, le film trace sa route en DVD-blu-ray (Universal, 2009) et sur les plateformes de SVOD sans provoquer de désir ou d’émoi.
Les sorties de la semaine du 5 mars 2008

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Biographies +
Gregory Hoblit, Diane Lane, Billy Burke, Colin Hanks, Joseph Cross
Mots clés :
Les films d’horreur des années 2000, Torture porn, Les flops de l’année 2008