Last Stop : Yuma County est une comédie noire indépendante qui saura satisfaire les amateurs de huis-clos malin, émaillé de personnalités patibulaires. Faute d’originalité, le premier film de Francis Gallupi carbure aux formules qu’adore Quentin Tarantino et dont se réjouit le public.
Synopsis : Au milieu du désert brûlant d’Arizona, une station-service se retrouve à sec. Dans le diner attenant, les clients attendent dans une ambiance étouffante l’arrivée du camion-citerne pour les ravitailler. Ils pensent que le pire, c’est la chaleur, mais c’est sans compter sur l’arrivée de deux braqueurs en cavale dans le restaurant…
Le retour de Jim Cummings dans le cinéma qu’on aime
Critique : Pour son premier long métrage après une longue série de courts ingénieux, Francis Galluppi est allé chercher les services charismatiques de Jim Cummings pour adouber son essai. Ce dernier, véritable figure d’un cinéma américain indépendant jubilatoire (Thunder Road), longtemps passé par le court, n’a pas rechigné pour retourner devant la caméra et jouer le rôle principal même si le scénario est entièrement bâti sur une constellation de personnages qui parfois l’écarte des préoccupations narratives. Last Stop : Yuma County fait de la place pour tous, puisque la narration en huis clos rassemble tous ses pions dans le bar attenant une station-service, au milieu de nulle part, en Arizona. Les passagers à l’arrêt attendent désespérément le ravitaillement avant de s’engouffrer sur une route désertique les menant au Mexique, mais de ravitaillement, il n’y en aura pas…

Jim Cummings dans Last Stop : Yuma County © The Jokers Films.
Un ersatz tardif de Quentin Tarantino ?
Contraint à la cohabitation méfiante dans ce lieu miteux et poussiéreux, les protagonistes ont forcément des choses à cacher (gangsters qui viennent de braquer une banque, avec un magot dans le coffre et du sang sur les mains, jeunesse qui se rêve d’incarner les nouveaux Bonnie & Clyde), y compris une part d’ombre qui pourrait bien les faire céder à la monstruosité humaine lors de décisions épineuses qui les placent face à leur conscience ou au pactole…
La polyphonie du casting est un plaisir et l’on retrouve dans cette œuvre des gueules de cinéma bien aimées du B-movie dont raffolent les spectateurs, Richard Brake en premier. Et l’on comprend l’enthousiasme du public autour de cet électron libre et caustique qui ne craint pas de buter ses protagonistes, dans des situations flinguées que Quentin Tarantino ou des décennies plus tôt Sam Peckinpah ont érigé en art.
Depuis sa première présentation en festival aux USA, en septembre 2023, Last Stop : Yuma Country a parcouru les écrans du monde, à l’occasion de festivals particulièrement friands de ce type de production, et a su délivrer un savoir-faire qui s’écarte du tout venant du cinéma contemporain : talent, dextérité, liberté… A l’époque de l’uniformisation des goûts par la SVOD, il y a quelque chose de réjouissant dans cette comédie aussi noire que rubiconde, qui tend à brasser son inspiration dans des décennies de cinéma caustique. On pense aux années 70, dans son caractère de western viril qui bouffe du sable, ou à la vague de productions tarantinesques qui suivit le succès de Reservoir Dogs en 1992. On y retrouve une tentation de nihilisme peu affable ou de ligne humoristique sardonique.

Richard Brake dans Last Stop : Yuma County © The Jokers Films.
Last Stop : Yuma County passe le code avec succès
Aussi la formule est bonne, mais l’on peut reprocher au scénario de ne pas aller au-delà d’une présentation stéréotypée de ses personnages, des figures pour lesquelles on ne ressentira pas une exaltation particulière, malgré une très longue mise en place des enjeux (plus de 30 minutes avant que la première arme ne soit pointée). Cela laisse suffisamment de temps pour repenser à la longue lignée de huis-clos similaires que le cinéma a mis en place ces dernières décennies : Les huit Salopards et évidemment Reservoir Dogs de Tarantino, Free Fire de Ben Wheatley, Sale temps à l’hôtel El Royale de Drew Goddard, ou l’excellent Identity de James Mangold dont l’orientation vers le genre du fantastique lui permettait de se démarquer.
In fine, Last Stop : Yuma County, avec une sortie en salle en France durant l’été 2025, est une œuvre différente du tout-venant contemporain. Elle ravive le souvenir d’une comédie noire calibrée dont elle se dégage parfois grâce à un sens de l’absurde et de la cruauté qui fait mouche, sans parvenir à s’affranchir des codes d’un cinéma mythique pour trouver sa propre personnalité. Au niveau de la réalisation, en revanche, quelques séquences, dont celle d’une tuerie particulièrement complexe, méritent le visionnage.
Les sorties de la semaine du 6 août 2025

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