Ilo Ilo : la critique du film (2013)

Drame, Drame social | 1h39min
Note de la rédaction :
9/10
9
Affiche de Ilo Ilo d'Anthony Chen

  • Réalisateur : Anthony Chen
  • Acteurs : Yann Yann Yeo, Koh Jia Ler
  • Date de sortie: 04 Sep 2013
  • Nationalité : Singapourien
  • Scénariste : Anthony Chen
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Éditeur vidéo : Épicentre Films
  • Date de sortie vidéo : 1er avril 2014
  • Box-office France / Paris - Périphérie : 122 181 entrées France / 25 246 entrées P.P* (* non définitif pour Paris)
  • Festival : Caméra d'Or, Quinzaine des Réalisateurs Cannes 2013, Paris Cinéma 2013
Note des spectateurs :

Premier film d’Anthony Chen (Wet Season, 2020), Ilo Ilo est un pur bijou qui a largement mérité sa Caméra d’or, en 2013. Un classique indémodable.

Synopsis : À Singapour, Jiale, jeune garçon turbulent vit avec ses parents. Les rapports familiaux sont tendus et la mère, dépassée par son fils, décide d’embaucher Teresa, une jeune Philippine.
Teresa est vite confrontée à l’indomptable Jiale, et la crise financière asiatique de 1997 commence à sévir dans toute la région…

Critique : A juste titre récompensé à Cannes par Agnès Varda et son jury de la Caméra d’Or, le premier film d’Anthony Chen s’impose en 2013 comme une pépite du cinéma asiatique, avec une sensibilité singapourienne qui imprègne cette épopée intimiste et domestique.

Proche d’Ozu ou de Hou Hsiao-hsien dans son rapport aux réalités quotidiennes, Chen s’inspire surtout de son enfance, de la longue présence d’une domestique/nounou de la province d’Ilo Ilo aux Philippines, pour relater une histoire de famille somme toute ordinaire. Ici, point de rebondissements narratifs, d’émotions prémâchées : c’est avec les petites anecdotes de la vie, celle des classes moyennes dont la stabilité peut basculer du jour au lendemain dans la précarité, celle des classes populaires, ici en provenance de l’île des pauvretés, qu’il va bâtir son épopée du quotidien.

Destin bouleversant d'une famille dans Ilo Ilo d'Anthony Chen

Copyrights : Giraffe Pictures Productions, Epicentre Films

Un enfant pénible et turbulent, une nouvelle nounou dévouée à gagner sa vie coûte que coûte dont on n’apprend que des bribes sur son arrière-plan familial, un père licencié qui cache la situation à son épouse, et cette dernière, enceinte, qui se tue au bureau, pour ne pas être la prochaine sur la longue liste de dégraissage qui saigne l’entreprise qui l’emploie…

Les personnages d’Ilo Ilo son justement autant “d’îlots” de détresse et de solitude étouffées qui touchent au plus profond du cœur, alors que les ficelles du mélodrame sont écartées pour plus de vérité.

Sorti au plus fort de la crise économique mondial, le discours si lointain d’Anthony Chen revêt un caractère universel qui laisse difficilement insensible. On se surprend de sortir de la salle la gorge nouée, le message sur l’immigration, l’enfance et la précarité venant évoquer des réalités que l’on ne connaît que trop bien, avec toute cette insupportable impuissance qui conduit la famille singapourienne à une décision dure, mais jamais cruelle. Car, comble de l’intelligence, Anthony Chen réfute le manichéisme des classes en faisant montre d’une compréhension exemplaire des individus dans leur diversité qui les différencient tout en les rapprochant.

Incontournable de la rentrée 2013, Ilo Ilo a été un triomphe pour une œuvre d’origine singapourienne, mais également pour son distributeur indépendant, Épicentre Films. Ce dernier, entre 1999 et 2020, est parvenu à atteindre ses deuxièmes plus gros chiffres.

Un classique à revoir, en complément d’Une affaire de famille ou du récent Parasite, pour comprendre la grande profondeur d’un cinéma asiatique qui n’a pas attendu 2019 pour bouleverser la Croisette.

Critique : Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 4 septembre 2013

Affiche de Ilo Ilo d'Anthony Chen

Copyrights : Giraffe Productions, Epicentre Films

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