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La muse de la première période de Godard a tiré sa révérence. Anna Karina avait 79 ans.

À l’instar de Jean Seberg dans À bout de souffle et Brigitte Bardot dans Le Mépris, Anna Karina est associée aux œuvres de la première période de Jean-Luc Godard (1960-65), à savoir la plus novatrice et créatrice, celle qui marquera à jamais l’histoire du cinéma. Et Anna Karina a tourné plusieurs films avec le cinéaste dont elle fut l’épouse de 1961 à 1967. Née au Danemark, elle débuta par le mannequinat avant d’obtenir le premier rôle féminin du Petit Soldat (1960) et celui d’Une femme est d’une femme (1961) de Jean-Luc Godard, auprès de Jean-Paul Belmondo et Jean-Claude Brialy, autres enfants chéris de la Nouvelle Vague. Son jeu délicat et nuancé lui valut de gagner le Prix de la meilleure actrice au Festival de Venise. Son plus beau rôle avec Godard fut sans doute celui Nana, la jeune femme de Vivre sa vie (1962), dont le paradoxe était de vouloir atteindre la liberté en se livrant à la prostitution : Karina y était sublime, et il n’est pas superflu de comparer les gros plans sur son visage à ceux que Dreyer avait effectués avec Falconetti dans La Passion de Jeanne d’Arc. Godard la dirigea ensuite dans Bande à part (1964), avant de la retrouver pour deux films sortis en 1965. Même s’il est permis de penser qu’Anna Karina jouait les faire-valoir de Belmondo dans Pierrot le Fou et d’Eddie Constantine pour Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution, l’actrice y était admirable, et l’on se souvient de la célèbre réplique « Qu’est-ce que j’peux faire ? J’sais pas quoi faire » dans Pierrot le Fou. Made in USA (1966) fut le dernier métrage de la collaboration Karina-Godard.

Après ces sommets, Anna Karina trouva un autre rôle important dans Suzanne Simonin, la Religieuse de Diderot, sorti en 1967. Ce chef-d’œuvre de Jacques Rivette, maltraité par la censure, est désormais une œuvre culte du cinéma français, et peut-être celui où les talents dramatiques de l’actrice sont le mieux mis en avant. La suite de la carrière cinématographique d’Anna Karina fut en demi-teinte, entre films d’auteur confidentiels et productions mineures, mais on peut retenir ses compositions dans Justine (1969) de George Cukor, Rendez-vous à Bray (1971) d’André Delvaux, Pain et chocolat (1973) de Franco Brusati, Roulette chinoise (1976) de Rainer Werner Fassbinder, L’Île au trésor (1985) de Raoul Ruiz, Cayenne Palace (1987) d’Alain Maline (nomination au César de la meilleure actrice dans un second rôle), ou Haut bas fragile (1994) de Jacques Rivette. Anna Karina était également chanteuse (le tube Sous le soleil exactement de Gainsbourg), réalisatrice (Vivre ensemble, 1973 ; Victoria, 2008) et romancière. Elle avait reçu en 2014 le prix Henri Langlois d’honneur, pour l’ensemble de sa carrière de comédienne.

Filmographie

Affiche reprise Vivre ensemble Anna Karina (reprise 2018)
© 2018 : Malavida / Photo : Pierre Collier / Artwork : Jeff