Voiture de luxe : la critique du film (2006)

Drame | 1h28min
Note de la rédaction :
8/10
8
VOITURE DE LUXE_ affiche_originale

  • Réalisateur : Wang Chao
  • Acteurs : He Huang, Li Yi Qing, Wu You Cai
  • Date de sortie: 27 Sep 2006
  • Titre original : Jiang cheng xia ri / Luxury Car (titre international)
  • Nationalité : Chinois, Français
  • Distributeur : Celluloid Dreams Distribution
  • Éditeur vidéo : Arte Distribution
  • Date de sortie vidéo : 18 avril 2007
  • Box-office France / Paris : 29 229 entrées / 10 545 entrées
  • Festival : Prix Un Certain Regard (Cannes 2006)
Note des lecteurs

Le réalisateur de L’orphelin d’Anyang nous livre une œuvre à l’humanité et au réalisme poignants, parfaitement révélatrice des mutations de la société chinoise contemporaine.

Synopsis : Un instituteur, Li Qi Ming, proche de la retraite, part à Wuhan, à la recherche de son fils dont il n’a plus de nouvelles. Sa femme gravement malade aimerait revoir leur fils avant de mourir. Il est accueilli par sa fille, Yanhong, qui travaille la nuit comme hôtesse dans une boîte de karaoké. Elle lui présente un policier qui va l’aider dans ses recherches et avec lequel il va se lier d’amitié. Le père fait également la connaissance de l’ami de sa fille, propriétaire du karaoké.Lors d’un dîner où tous les quatre sont réunis, le vieux flic reconnaît dans le fiancé de Yan Hong l’homme qu’il a mis en prison dix ans plus tôt…

Critique : L’abnégation des parents chinois, nourrie par l’espoir de voir leurs enfants s’élever dans la société, est au centre de ce troisième film de Wang Chao, le réalisateur de L’orphelin d’Anyang et de Jour et nuit. A l’image de la figure paternelle de Voiture de luxe, ils acceptent le départ de leur progéniture, au risque de ne pas la revoir pendant de longues années, pour que celle-ci puisse s’établir en ville où les universités et le commerce fleurissent. La réussite avant le bonheur familial.
Les enfants, véritables déserteurs des campagnes, tentent leur chance, à l’écart des traditions. Se fourvoient aussi, comme la belle Li Yan Hong, ange gracieux, devenue call-girl dans un bordel de luxe, au fil des mauvaises rencontres. La confrontation avec son père, venu en ville à la recherche de son frère, est touchante. Wang Chao filme les non-dits en s’arrêtant sur leurs visages, marqués par l’embarras, la honte et les regrets. Procédé troublant, voire douloureux pour le spectateur qui découvre ces individus dans le déni, blessés dans leur humanité.
La jeune fille s’invente une vie et un ami afin d’apaiser les inquiétudes de son père. Celui-ci, muet, mais pas aveugle, vit et souffre la déception et la séparation familiale. Sa douleur, c’est aussi celle de son épouse, malade et agonisante, touchée dans sa chair ; elle ne reverra peut-être plus jamais ses enfants. Elle n’apparaît jamais à l’écran mais sa présence se fait symboliquement lourdement ressentir. Elle est le vestige lointain d’une société archaïque dont le libéralisme aura eu indirectement raison. Et puis, il y a aussi l’absence du frère tant recherché et visiblement égaré à jamais. Que devient-il ? Est-il même toujours vivant ? Son ombre plane sur cette oeuvre. L’ombre patente d’un échec personnel pour la famille, qui révèle une fois de plus les limites des ambitions libérales, qui mènent ici à la désintégration de la famille et à la corruption.
Traité de manière réaliste, assez proche du documentaire, Voiture de luxe se veut critique de cette aliénation collective. La réussite sociale et le goût du luxe semblent être devenus le credo des jeunes. Ainsi, la voiture du titre est une superbe Audi au châssis glacial, une certaine image du luxe occidental. Elle éloigne les personnages qui la côtoient des choses essentielles de la vie, c’est-à-dire de leur réalité faite de chair et de sang et non de carrosserie clinquante et de gasoil. 
Wang Chao renvoie parents et enfants dos à dos dans une danse des tourments, en constatant qu’au final chacun partage le même destin. Ceux qui partent, à l’image de ceux qui restent, sont minés par l’insatisfaction, la solitude et le mal-être. Sinistre constat sur l’état de la société chinoise où le bonheur semble encore loin d’être accessible.

Critique de Frédéric Mignard

Crédits : Rosem Films, Bai Bu Ting Media, Arte France Cinéma, Celluloid Dreams

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