Violent cop : la critique du film et le test blu-ray (1998)

Policier, Thriller | 1h43min
Note de la rédaction :
7/10
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  • Réalisateur : Takeshi Kitano
  • Acteurs : Takeshi Kitano, Maiko Kawakami, Shirô Sano, Haku Ryu, Makoto Ashikawa
  • Date de sortie: 25 Mar 1998
  • Titre original : Sono otoko, kyôbô ni tsuki
  • Nationalité : Japonais
  • Distributeur : Les Acacias
  • Éditeur vidéo : Wild Side Vidéo
  • Sortie vidéo : Le 21 novembre 2018
  • Box-office France / Paris-périphérie : 18 857 entrées (France) / 6 780 entrées Paris 1ère semaine
  • Classification : Interdit aux moins de 16 ans
  • Année de production : 1989

Première réalisation de Takeshi Kitano, Violent cop est un objet filmique non identifié extrêmement sombre et d’une lenteur hypnotique. Hors norme.

Synopsis : Flic solitaire et désabusé, Azuma utilise des méthodes expéditives pour faire respecter la loi. Il décide de faire justice lui-même quand il découvre qu’un gang de yakuzas est responsable de la mort de son meilleur ami et du viol de sa jeune sœur. Aux prises avec sa hiérarchie et le truand Kiyohiro, il ira jusqu’au bout de sa vendetta.

De la comédie au polar sombre, il n’y a qu’un pas!

Critique : Amuseur public numéro 1 à la télévision japonaise, le comédien Takeshi Kitano se voit offrir à la fin des années 80 un rôle de policier dur à cuire par le réalisateur Kinji Fukasaku. Le projet est initialement prévu pour être une comédie se servant de la notoriété de Kitano pour cartonner au box-office local. Toutefois, suite à des problèmes d’organisation, Fukasaku décide de se retirer du film et Takeshi Kitano se propose pour prendre le relais en tant que metteur en scène. Le comique n’a aucune expérience dans le domaine, mais il ambitionne de devenir un artiste qui soit pris au sérieux. Si la trame narrative reste identique, l’acteur réécrit l’intégralité du script et transforme cette comédie en film noir.

Un style novateur, souvent incompris

Sur le tournage, le réalisateur novice va rapidement imposer son regard frais sur une équipe qui ne comprend pas où il veut en venir. Partisan de l’improvisation, Kitano préfère la spontanéité de ses partenaires à un travail traditionnel, plus réglé et normé. Il impose également des cadrages atypiques qui ne plaisent pas à son directeur de la photographie, mais qui ont pour but de déstabiliser le spectateur.

Rapidement, le spectateur comprend que Violent cop est une œuvre originale où tout peut arriver. Les réactions des différents personnages ne répondent pas nécessairement à la logique psychologique traditionnelle. Le rythme volontairement lent crée également un malaise au sein de plans anormalement longs, ce qui demande de la part du spectateur un temps d’adaptation.

Quelque part entre Don Siegel et Ozu

Alors que la trame générale pourrait s’apparenter à un épisode de L’inspecteur Harry (Don Siegel, 1971) par la présence de ce flic violent qui décide de se faire justice lui-même, le style de Kitano ressemble davantage à du Ozu. Dépouillé à l’extrême, son cinéma explore la fixité du cadre de manière obsessionnelle. Les acteurs eux-mêmes semblent désincarnés comme dans le cinéma de Robert Bresson, ou encore de Jean-Pierre Melville.

Tout est fait pour laisser le spectateur à distance, alors même que l’intrigue pourrait enthousiasmer le grand public. Au cœur de cet opéra de la lenteur se nichent des fulgurances qui sont toutes liées à la violence. Particulièrement efficace dans ce domaine, Violent cop déploie tout un arsenal de coups qui font mal. Sans aucune exagération dans les bruitages, chaque agression est d’un réalisme troublant. Dès lors, les règlements de compte de la dernière demi-heure s’avèrent très éprouvants, ce qui explique en grande partie l’interdiction du film aux moins de 16 ans lors de sa sortie française.

Miroir sombre de la société japonaise

D’une noirceur extrême, le spectacle offre une vision totalement désabusée de la société japonaise où les groupes sont finalement plus importants que les individus. Perdus dans cette société dont ils peinent à accepter les codes, le flic violent et le criminel qu’il traque sont identiques. Placés comme en miroir par une mise en scène étudiée, les deux hommes ne peuvent survivre dans une société japonaise étouffante et sclérosée. Pourtant, la fin ironique démontre l’inutilité de leur révolte face à un système qui l’emporte toujours sur la rébellion.

Audacieux sur le plan stylistique, Violent cop est donc également intéressant sur le plan thématique et il inaugure donc une filmographie ô combien intéressante d’un cinéaste majeur des années 90.

On peut sans doute lui reprocher un excès de scènes inutiles – beaucoup de déambulations et de temps morts – qui viennent plomber la première heure. Pour autant, ces moments en creux permettent aussi d’imposer une patte originale dans un genre déjà maintes fois arpenté par les réalisateurs nippons.

Sorti en France très tardivement pour profiter du succès rencontré par Hana-Bi fin 1997, Violent cop a obtenu de bonnes critiques qui n’ont pourtant pas été accompagnées d’un succès public. Le film est donc globalement passé inaperçu, mais est aujourd’hui entouré d’une aura culte qu’il mérite en grande partie.

Le test du blu-ray :

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© 1988 Bandai Co & Shochiku – Fuji Co – Tokyo. Tous droits réservés. / Illustration et conception graphique : Aksel Varichon.

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 Compléments & packaging : 3/5

Le boitier blu-ray est traditionnel mais accompagné d’un fourreau plutôt agréable au toucher et esthétiquement soigné. Sur la galette bleue, le cinéphile peut profiter d’un entretien de 20min avec Benjamin Thomas, grand spécialiste français du cinéma de Kitano.

Il nous rappelle rapidement le contexte de création de ce premier long-métrage, mais préfère ensuite se livrer à une analyse très pertinente et très éclairante des thématiques abordées par le cinéaste. Il insiste également sur la traduction visuelle opérée par le réalisateur afin de faire passer ses idées par l’image. On peut regretter que ce document ne se prolonge pas davantage, mais il offre une porte d’entrée enthousiasmante dans l’œuvre de Kitano.

L’image : 4/5

Très belle copie proposée par l’éditeur. L’image bénéficie d’une excellente définition, tout en conservant un léger grain cinéma lors des séquences nocturnes. La profondeur de champ est excellente et la colorimétrie parfaitement étalonnée.

Le son : 4/5

Deux pistes en mono DTS HD Master Audio sont disponibles. On passera vite sur la piste française dont le doublage n’est pas nécessairement mauvais, mais qui sonne relativement faux. Les cinéphiles iront directement vers la piste originale, bien plus naturelle et qui met en avant les dialogues. Cela n’empêche pas la musique de s’inviter à la fête de temps à autre pour un rendu agréable, sans être trop intrusif.

Critique du film et test blu-ray : Virgile Dumez

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© 1988 Bandai Co & Shochiku – Fuji Co – Tokyo. Tous droits réservés.

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