Steve Bannon – le grand manipulateur : la critique du film (2019)

Documentaire, Politique, Historique | 1h31min
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
Affiche de Steve Bannon, le grand Manipulateur

  • Réalisateur : Alison Klayman
  • Date de sortie: 25 Sep 2019
  • Intervenants : Steve Bannon, Louis Aliot, Nigel Farage, Matteo Salvini
  • Nationalité : Américain
  • Format : 1.78
  • Scénario : Alison Klayman
  • Distributeur : L'Atelier Distribution
  • Editeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Festival : Sundance 2019
  • Box-office USA : 106 057 $
  • Box-office France / Paris-Périphérie

Steve Bannon, le grand manipulateur. Qui se cache derrière la figure d’extrême droite américaine Steve Bannon? Un manipulateur? Un monstre? Ou une féroce machine politique à gagner? Le film d’Alison Klayman pose brillamment ses distances et filme passionnément la pensée nauséabonde d’un homme seul au milieu de ses sbires. 

Synopsis : Réputé pour avoir été le stratège de Trump, Steve Bannon est la figure emblématique de l’ultra droite américaine. Remercié de son poste de conseiller à la Maison-Blanche, il exporte son idéologie populiste auprès des partis nationalistes européens, rêvant d’un nouveau mouvement mondial. Après l’avoir suivi durant une année, la réalisatrice Alison Klayman met en exergue les efforts de Steve Bannon pour mobiliser et unifier ces partis d’extrême droite en vue de remporter des sièges aux élections parlementaires européennes de mai 2019. Pour conserver son pouvoir et son influence, il continue de faire la une des journaux en manipulant et protestant partout où il va, afin d’alimenter le puissant mythe sur lequel repose sa survie.

Steve Bannon, l’increvable

Critique : Quand on propose à Alison Klayman d’approcher Steve Bannon pour les besoins d’un documentaire, la réalisatrice des très réussis Ai Weiwei: Never Sorry et Take your Pill intelligence sur Ordonnance, a vite accepté le défi. Défi physique. L’homme au kilos en trop, accusé par beaucoup d’alcoolisme, la soixantaine passée, est increvable. Et c’est donc logiquement sur une canette de Redbull qu’il ingurgite goulûment – une sorte de leitmotiv du film -, que sa caméra se pose quasiment au tout début du portrait dressé à bonne distance.

De l’énergie, la réalisatrice va en avoir besoin, tant les quelques mois passés en la compagnie de son sujet politique vont l’amener à voyager, au gré des conférences du grand gourou nationaliste et populiste américain, pour qui ces deux qualificatifs ne sont pas des gros mots, bien au contraire, et au gré de ses rendez-vous avec les figures variées de l’extrême droite européenne.

Gagner ou perdre? Steve Bannon a son idée...

Steve Bannon n The Brink, a Magnolia Pictures release. Photo Courtesy of Magnolia Pictures

Humaniser la bête dans un film de propagande?

Loin de vouloir humaniser la bête politique, milliardaire qui se présente comme une machine à gagner, Alyson Klayman sait son sujet humain dès le début et ne tombe pas dans l’exercice réducteur consistant à montrer l’affreux monstre qui menace l’ordre mondial. Inversement son approche ne consiste pas à psychologiser le personnage, que l’on voit souvent seul, quand il n’est pas en tournée mondiale, auprès des sbires de l’Extrême Droite européenne. Pas de circonstances atténuantes et d’apartés mélodramatiques. Le fougueux électron libre de la pensée raciste américaine est égal à lui-même et ne cherche même pas à se protéger.

Alison Klayman est suffisamment intelligente pour comprendre les enjeux et les limites de l’exercice. Le grand manipulateur du titre ne la manipulera-t-elle pas? A vrai dire, elle a beaucoup tourné, des centaines d’heure, parfois, elle confie avoir été menée vers la sortie lors d’entretiens confidentiels avec des pontes comme le milliardaire chinois Miles Kwok. Tout ne se dit pas à l’écran, mais l’essentiel est là : lors d’une scène, Bannon – qui est aussi réalisateur de films dont il oublie lui-même les titres (sic) – ose lâcher qu’il a réalisé le film Trump at war comme oeuvre de propagande, car pour lui, ce substantif ne fait nullement partie du langage ordurier qu’il faudrait écarter…

Steve Bannon, monstre ou humain?

Steve Bannon n The Brink, a Magnolia Pictures release. Photo Courtesy of Magnolia Pictures

Avec un talent d’écriture, de montage, de lumière… Alison Klayman qui a également produit le film, réalise une oeuvre bien ficellé techniquement, dynamique, forte en rencontres, alors que devant sa caméra l’histoire américaine s’écrit en s’accélérant, au fil des tueries de masse (ici ouvertement antisémite dans une synagogue), des manifestations de suprématistes blancs qui virent à la tragédie (le drame de Charlotteville qui va mener à la mise à l’écart de la Maison Blanche de Steve Bannon) et d’une actualité étrangère aux résonances douloureuses d’un nouvel ordre mondial, celui du chaos : le Brexit (l’ombre serpentine de Nigel Farage vient apporter son hypocrisie au tableau), les élections européennes qui voient l’ancien rédacteur en chef de la plateforme raciste Breitbart News s’affairer à répandre l’idéologie ultraconservatrice de haine dans le Vieux Monde. Nombreux sont les caméos de représentants du Rassemblent National.

Steve Bannon le grand manipulateur, une référence de journalisme

Avec un recul féminin admirable au milieu d’hommes consternés lorsqu’ils découvrent le nouveau visage, jeune et féminin, d’une opposition démocrate montante, Alison Klayman filme avec courage, fait montre de toute la retenue nécessaire pour faire de ce pamphlet en devenir une référence journalistique.

A ne pas manquer.

Critique  : Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 25 septembre 2019 

 

Affiche de Steve Bannon, le grand Manipulateur

© Magnolia Pictures LLC /Oath Inc – Illustration : Gil Jouin

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Affiche de Steve Bannon, le grand Manipulateur

Bande-annonce de Steve Bannon - Le Grand Manipulateur

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