Frissons thaïs et formules japonaises au programme de Shutter, inédit vidéo d’une grande efficacité horrifique.
Synopsis : Chauffards d’un soir, Jane et Tan se sont enfuis après avoir renversé une jeune femme au volant. Depuis, ils sont hantés par des cauchemars qui vont prendre une forme bien réelle avec la multiplication de phénomènes inquiétants autour d’eux. Suicides, hallucinations, photos mystérieuses… La défunte est de retour et elle n’est pas contente !
Critique : Faisant fi de toute originalité, Shutter surfe avec habilité sur la vague essoufflée des fantômes asiatiques. Recourant aux formules japonaises les plus usées – la longue chevelure brune du spectre et le coup des photographies tordues ne sont pas sans nous rappeler Ring et ses mille et un ersatz -, cette série B qui a connu un succès phénoménal dans son pays d’origine est une énième histoire de vengeance d’outre-tombe. Son fil narratif pourrait ainsi être résumé par le seul titre de l’une de ces productions, The Grudge, c’est-à-dire “la rancune”, production japonaise qui a même été remakée par les Américains en 2004, c’est pour dire à quel point le genre tourne en rond.

Edition australienne de Shutter chez Umbrella Entertainment © 2004 GMM Grammy Public Company Limited and Phenomena Company Limited. Tous droits réservés / All rights reserved
Pourtant Shutter sait se démarquer de ses grands frères en imposant son style et une véritable efficacité horrifique. Malgré des défauts patents (un certain manque de rythme et son manque d’originalité), il séduit par une réalisation carrée, une photographie soignée, des scènes d’angoisse multiples vraiment flippantes et des plans gore appuyés. Difficile alors de ne pas rentrer dans ce récit de rétribution qui se finit sur les chapeaux de roue : le twist qui intervient au bout de cinquante minutes glace les sangs sur une ambiance musicale envoûtante. Quant à la scène finale, elle est d’une mélancolie attendrissante et confère à cette œuvre un arrière-goût de dépression peu commercial. Certes, Kiyoshi Kurosawa (Kaïro et Cure) et Hideo Nakata (Ring et Dark Waters) peuvent se rassurer, leurs couronnes ne sont pas remises en question, mais les deux cinéastes thaïlandais Parkpoom Wongpoom et Banjong Pisanthanakun, à qui l’on doit ce joli moment d’effroi, ont réussi un joli coup couronné d’un énorme succès en Thaïlande en 2004, avec une première position annuelle au box-office. La série B qui n’est pas sortie dans les cinémas français a été récompensé à Gérardmer, en 2006, du Prix du Public dans la catégorie des inédits vidéo.
Twentieth Century Fox en tirera un remake bancal, Spirits (2008), réalisé par le Japonais Masayuki Ochiai, avec Joshua Jackson. Un remake indonésien apparaîtra en Asie durant l’automne 2025. Deux autres seront produits en Inde.

©2004 GMM Grammy Public Company Limited and Phenomena Company Limited. Tous droits réservés / All rights reserved
Test DVD de Shutter (2006)
Compléments : 3/5
L’éditeur Regulart a fait de jolis efforts sur les bonus en nous proposant pas moins de 55 minutes de reportages promotionnels, d’interviews et de scènes coupées. Si les interviews et les featurettes s’avèrent être assez anecdotiques et superficielles, elles ont au moins le mérite d’illustrer ce direct to video, là où un grand nombre d’éditeurs, pourtant dotés de moyens plus conséquents, auraient lâché le DVD dans les supermarchés dans une édition nue de tout supplément.
Plus intéressantes, les neuf scènes supplémentaires sont en fait des versions longues ou alternatives des moments clés du film. La fin notamment y est joliment rallongée et gagne ainsi en intensité et en émotion. On passera vite sur les scènes multi-angles qui permettent de jongler entre cinq extraits live et leur story board. L’exercice est drôle un instant, mais devient très vite fastidieux. Plus sympas, les fausses vraies photographies de fantômes que l’on entraperçoit dans le film sont isolées en bonus. Hilarantes ou mystérieuses, on vous laissera le choix d’y croire ou non.
L’image & son : 2.5 / 5
L’image du film est faible et laide. Elle repose sur un master bien terne pour une production aussi récente. Pis, la copie est maculée de taches et autres aspérités qui apparaissent et disparaissent au fil du métrage. Vraiment passable. Heureusement elle est rachetée par un son 5.1 (en français et en thaï) tout simplement bluffant, à vous faire sursauter dans votre fauteuil.

© Regulart Films. Distribution. / ©2004 GMM Grammy Public Company Limited and Phenomena Company Limited. Tous droits réservés / All rights reserved