Mètre-étalon du film de prison asiatique, Prison on Fire est une œuvre humaniste qui alterne moments intimistes poignants et explosions d’ultra-violence. Epoustouflant.
Synopsis : Condamné à trois ans de prison après avoir tué accidentellement un voleur, Ken n’est pas fait pour la vie en prison. Heureusement, il se lie d’amitié avec Chung, un détenu extravagant mais attachant. Mais Ken ne tarde pas à devenir le souffre-douleur du chef de la sécurité et du chef d’une triade…
Critique : En 1986, le cinéaste Ringo Lam n’est guère satisfait de son statut, lui qui enchaîne depuis quelques années les tournages de comédies insipides. Il trouve enfin sa voie, d’abord avec la réalisation de Mad Mission 4 (1986) et surtout de City on Fire (1987) qui rencontre un énorme succès en Asie. Ce dernier film confrontait Chow Yun-fat et Danny Lee dans un pur film noir qui inspira par la suite Quentin Tarantino et son Reservoir Dogs (1992).
Au vu du triomphe rencontré par cet opus, les différents intervenants choisissent d’enchaîner aussitôt avec un deuxième volet qui serait davantage une variation avec des personnages différents. Ringo Lam se sert pour cela du script de Yin Nam qui situe l’intrigue dans une prison et convoque ses deux stars à venir le rejoindre. Toutefois, Danny Lee passe son tour et le rôle du jeune qui débarque dans un univers impitoyable échoie à Tony Leung Ka-fai. Cela tombait bien puisque l’acteur souhaitait alors se débarrasser de son image de bellâtre.
Ce changement au niveau du casting n’est aucunement un problème puisque Tony Leung Ka-fai est un choix parfait pour incarner ce Monsieur Tout le Monde qui se retrouve en prison à cause d’un accident ayant fait de lui un meurtrier. L’immédiate sympathie que dégage l’acteur permet au spectateur de s’identifier à ce personnage qui va découvrir à ses dépends l’extrême violence d’un milieu où la lie de l’humanité se trouve concentrée.
Toutefois, Ringo Lam a l’intelligence de ne pas totalement se conformer aux clichés de ce que l’on peut appeler le film de prison. Ainsi, les prisonniers ne sont pas nécessairement tous des mauvais bougres et le réalisateur parvient à leur octroyer une part d’humanité, par-delà les figures archétypales du genre. Ensuite, les matons sont loin d’être irréprochables et le réalisateur introduit notamment un personnage de gardien manipulateur et sadique parfaitement interprété par Roy Cheung. Au lieu de taper à tort et à travers sur le nouvel arrivant, le gardien établit son autorité en fomentant des intrigues qui créent finalement des antagonismes entre prisonniers. Son aura diabolique ne se fait jamais au nom d’un système pénitentiaire qui serait implacable, mais simplement par sadisme personnel.
En cela, le film de Ringo Lam n’est pas tant politique que réellement humaniste. Certes, il présente une face peu reluisante de la nature humaine, mais cela n’exclut pas des moments plus paisibles. Il établit de manière crédible l’amitié qui se tisse entre l’excellent Chow Yun-fat et Tony Leung Ka-fai. Les deux acteurs sont d’ailleurs en parfaite osmose l’un avec l’autre. Alors que le début du film laisse craindre l’abus d’un humour typique de la production HK (avec grimaces et goût prononcé pour la scatologie), Ringo Lam se modère très vite et tisse progressivement les fils d’une intrigue entièrement vouée à faire glisser les différents personnages dans la violence.
Alors que la tension monte de plus en plus, Ringo Lam semble citer à plusieurs reprises Midnight Express (Alan Parker, 1978). Cette référence de plus en plus évidente éclate encore plus lors de la fameuse explosion de violence finale. Ringo Lam dégoupille là une séquence démentielle où toute la tension accumulée durant la projection peut enfin se déverser. L’excès est évident, mais ô combien jubilatoire, fonctionnant comme une catharsis nécessaire après tant de vexations et d’injustices. Dès lors, Prison on Fire révèle toute sa puissance et s’inscrit donc sans peine dans la catégorie des films culte instantanés.
Le long-métrage fut d’ailleurs un nouveau succès en Asie – mais resta inédit en France – au point que Ringo Lam récidive avec School on Fire (1988) et surtout un Prison on Fire 2 (1991) qui a fini de clore une tétralogie magistrale.
Critique du film : Virgile Dumez

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