Phil Tippett, des rêves et des monstres : la critique du film et le test blu-ray (2020 )

Documentaire métacinématographique | 1h20
Note de la rédaction :
7/10
7
Phil Tippett, des rêves et des monstres, cover Carlotta

  • Réalisateur : Alexandre Poncet Gilles Penso
  • Date de sortie: 27 Mai 2020
  • Nationalité : Français
  • Intervenants : Phil Tippett, Paul Verhoeven, Joe Dante, Dennis Muren, Jon Davison, Alec Gillis
  • Scénariste(s) : Gilles Penso, Alexandre Poncet
  • Compositeur : Alexandre Poncet
  • Société de production : Frenetic Arts
  • Distributeur : Inédit en salle
  • Editeur vidéo : Carlotta (DVD & Blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : Sortie le 27 mai 2020
  • Budget : Inconnu
  • Classification : Tous publics
  • Titre international : Phil Tippett: Mad Dreams and Monsters
  • Formats : 1.87 : 1 / 5.1 DTS HD Master Audio, Dolby Digital 5.1
  • Crédits : © Frenetic Arts, Carlotta
Note des spectateurs :

Phil Tippett des rêves et des monstres a le mérite de mettre en valeur un grand créateur ; en ce sens, il est passionnant, même si la réalisation ronronne gentiment.

Synopsis : Animateur de stop motion, designer et réalisateur, Phil Tippett a donné naissance à quelques créatures légendaires, de Jabba le Hutt aux insectes géants de Starship Troopers. Mais derrière ce brillant technicien hollywoodien, récompensé aux Oscars pour Le Retour du Jedi et Jurassic Park, il y a un artiste fou, qui passe ses journées à expérimenter dans son atelier avec tout ce qui lui passe sous la main. Bénéficiant d’un accès illimité aux collections et aux archives de Tippett Studio, ce documentaire étudie l’héritage de Phil Tippett, depuis sa collaboration avec George Lucas jusqu’à des œuvres plus personnelles.

Critique : Les deux réalisateurs avaient déjà œuvré dans le documentaire spécialisé, seuls ou réunis (Le Complexe de Frankenstein, Ray Harryhausen) ; ils s’attaquent ici à une légende des effets spéciaux, Phil Tippett, inconnu du grand public mais célèbre chez les geeks pour avoir participé à des blockbusters depuis plus de quarante ans. Héritier de Ray Harryhausen, il a magistralement utilisé la stop motion sur Star Wars, Starship Troopers ou même le beaucoup plus récent Solo. L’approche des cinéastes se veut familière et ils ont eu de fait accès à de nombreux documents et archives intéressants, en même temps qu’au récit du protagoniste, entrecoupé de quelques intervenants prestigieux (Verhoeven, Dante) ou peu connus (notamment son épouse).

Un excès de compliments

Débarrassons-nous du plus gênant : ce n’est pas un portrait, mais une hagiographie. Tippett est un génie, un visionnaire, il sait tout faire mais reste modeste et donne sa chance aux jeunes. N’en jetez plus ! On mentionne à peine le fait qu’il ait mis en scène le pitoyable Starship Troopers 2… Sans doute est-ce la loi du genre, mais la célébration est irritante, surtout vers la fin, avec l’inévitable valorisation par le ralenti et le concentré de compliments. Quel contraste avec l’apparente bonhomie de Tippett…

Néanmoins, les néophytes feront leur miel de l’aspect pédagogique très réussi : ils n’ignoreront rien de la différence entre stop motion, motion control, go motion et images de synthèse. Démonstration visuelle à l’appui, Poncet et Penso ont le bon goût de s’adresser à un public large et, sans simplification excessive, rendent concrets ces termes spécialisés. De son côté, l’amateur éclairé se réjouira des précisions sur quelques créatures (ainsi du ED-209 de Robocop), pénétrant dans les secrets de fabrication.

Phil Tippett des rêves et des monstres : plutôt un sujet qu’une mise en scène

Les deux auteurs s’effacent derrière leur sujet en privilégiant une forme basique : récit chronologique, entrecoupé d’images d’archives et de témoignages. Presque pas d’effets (à peine de la pellicule brûlée pour symboliser le changement d’époque et les ralentis déjà évoqués). C’est à la fois la force et la limite du film ; on aurait aimé par moments un petit peu plus d’inventivité, mais il y gagne en clarté. Rien ne vient détourner du sujet qui, heureusement, est suffisamment riche pour intéresser. Et même fasciner quand on réalise la minutie et la patience nécessaire, ou quand on suit les étapes d’une création. Chacun trouvera selon ses préférences matière à s’extasier ; il nous semble néanmoins que le plus captivant est que, à travers la longue carrière de Tippett, on assiste à une évolution, d’abord lente, puis fulgurante quand apparaissent les dinosaures en images de synthèse. On comprend alors la brutalité de la remise en question. Même si Tippett s’en défend, on sent poindre la nostalgie du fait main (d’ailleurs Mad God, son œuvre la plus personnelle, dont on a quelques extraits, est faite à l’ancienne), de l’artisanat. Mais la différence n’est pas que technique : il est fort possible que ce que le cinéma a gagné en réalisme, il l’ait perdu en poésie.

Le documentaire passe un peu vite sur la seconde partie de carrière (l’après-révolution numérique), peut-être parce qu’il n’y a plus grand-chose à montrer, à part des gens derrière un ordinateur, plus sûrement parce qu’il fallait faire des choix : privilégiant l’époque héroïque, les réalisateurs célèbrent une aventure solitaire et besogneuse plutôt que le studio actuel, usine régie par Mme Tippett, véritable businesswoman. En même temps, ce choix apporte au film une teinte mélancolique bienvenue, sans laquelle il resterait bien factuel. Tel quel, Phil Tippett, des Rêves et de Monstres est un documentaire honnête, plutôt généreux, qui a le mérite de la limpidité et sera pour beaucoup une manière agréable de découvrir un des grands créateurs du cinéma.

François Bonini

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Le complexe de Frankenstein et Phil Tippett, deux documentaires de Gilles ¨Penso et Alexandre Poncet

Copyrights : Carlotta

 Le test Blu-ray : 4 / 5

Compléments : 4 / 5

Ceux qui ont aimé le film se régaleront avec le making-of (1h40mn, plus long que le film), très personnalisé et sans voix off, qui donne vraiment à voir les coulisses et développe certains points. On y découvrira aussi un Tippett moins guindé. Avouons tout de même que l’expérience est un peu lassante. À quoi s’ajoutent huit scènes coupées ou alternatives (11mn30) disponibles avec un commentaire facultatif d’Alexandre Poncet, qui explicite les choix effectués. Outre la copieuse galerie photos, vivante et réussie, et la bande-annonce, le Blu-ray propose surtout un commentaire audio des deux réalisateurs remarquable de précision et d’entrain. On y apprendra beaucoup, notamment sur leurs partis pris. Enfin, on peut écouter la musique d’Alexandre Poncet à part.

 L’image : 4,5 / 5

Bien sûr, le film n’est pas vraiment une expérience esthétique inoubliable, mais la définition impeccable permet notamment de saisir les innombrables détails des créatures.

Le son : 4 / 5

La seule piste DTS-HD Master Audio 5.1 se justifie surtout dans les moments musicaux. Pour le reste, comme le film est surtout constitué de monologues, on a au moins le plaisir de saisir les moindres nuances des locuteurs.*

François Bonini

Phil Tippett, des rêves et des monstres, cover Carlotta

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Bande annonce de Phil Tippett, des rêves et des monstres

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