Money Movers – Profession convoyeurs (L’attaque des fourgons blindés) : la critique du film (1986)

Policier, Film de braquage | 1h32min
Note de la rédaction :
7/10
7
Affiche française de Money Movers Profession convoyeurs par Landi

  • Réalisateur : Bruce Beresford
  • Acteurs : Terry Camilleri
  • Date de sortie: 14 Mai 1986
  • Année de production : 1979
  • Nationalité : Australien
  • Titre original : Money Movers
  • Titres alternatifs : L'attaque des fourgons blindés, Money Movers (VHS, France), L'attaque des fourgons blindés (Blu-ray, France), Squadra speciale 44 magnum (La morte fa l'appello) (Italie), Pengetransporten plyndres (Norvège), Asalto blindado (Colombie), Miljonstöten (Suède), Pénzszálítók (Hongrie), Die Geldhaie (Allemagne de l'Ouest), L'attaque du fourgon blindé (France), Asalto al camión blindado (Argentine), Miljoonakeikka (Finlande), Развозчики денег (Union Soviétique), Gia 20.000.000 dollaria (Grèce), Asalto al furgón blindado (Espagne), Nenavaden rop (Slovénie)
  • Casting : Terence Donovan, Eric Jackson, Tony Bonner, Ed Devereaux, Charles 'Bud' Tingwell, Candy Raymond, Jeanie Drynan, Bryan Brown, Alan Cassell, Lucky Grills, Hu Pryce, Gary Files, Ray Marshall, Frank Wilson, Tony Allison, Brian Anderson, Kevin Brenner, Terry Camilleri, Bill Charlton, Kathy Dior, Graham Dow, James Elliott, Robert Essex, Max Fairchild, Tom Farley, Johnny Garfield, Brian Harrison, Rick Hart, Max Height, Edwin Hodgeman, Dennis Hunt, Stuart Leggett, Stuart Littlemore, Ross Mart, Mimi Martin, Ray Meagher, Jo-Anne Moore, Jim Morrissey, Colin Munro, Allan Penney, Mike Reid, Bruce Rosen, Domenico Spadavecchia, Casey Stopette, Maureen Thompson, Hans Vangyen, Yvonne Vangyen, Stephen Weyland, Graham Duckett, David Jobling, Brian Moore
  • Scénariste(s) : Bruce Beresford
  • D'après un roman de Devon Minchin
  • Compositeur : Bela Bartok, interprété par l'orchestre symphonique d'Adelaïde
  • Directeur de la photographie : Donald McAlpine
  • Monteur : William M. Anderson
  • Chef maquilleur : José Luis Pérez
  • Chef costumier : Anna Senior
  • Directeur artistique : David Copping
  • Scripte : Moya Iceton
  • Assistants réalisateur : Mark Egerton, Mark Turnbull, Scott Hcks
  • Producteur : Matt Carroll
  • Société de production : The South Australian Film Corporation, New South Wales Film Corporation
  • Distributeur : Visa Films
  • Editeur vidéo : Delta Vidéo Diffusion - Festival Editions (VHS), Badlands (Blu-ray)
  • Date de sortie vidéo : Novembre 1986 (VHS), 30 juillet 2025 (Blu-ray)
  • Budget : 550 000$
  • Box-office Paris-Périphérie : 10 327 entrées
  • Box-office australie : 330 000$
  • Classification / Visa Interdit aux moins de 13 ans (12 ans depuis 1990) / 62031
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleur (35 mm) / Mono
  • Festivals : Sélection officielle du film policier de Cognac 1986
  • Illustrateur/Création graphique : © Michel Landi. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © South Australian Film Corporation. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachés de presse : Marlène et Eugène Moineau
Note des spectateurs :

Entre le cinéma de William Friedkin et celui de Sam Peckinpah, Money Movers : Profession convoyeurs impose in fine sa réussite singulière par son agilité narrative et psychologique au service d’une action costaude. Un classique des années 70.

Synopsis : Réputé pour sa sécurité infaillible, la société de convoyeurs de fonds Darcy vient pourtant de subir un violent braquage. Une lettre anonyme annonçant un nouveau braquage sème le trouble au sein de la compagnie. D’où viennent ces menaces ? D’un salarié modèle, d’un nouvel employé trop propre sur lui ? D’un parrain local ou d’un flic corrompu…

Bruce Beresford enfin dans la cour des grands

Critique : Passé inaperçu à sa sortie en Australie où ses recettes furent moitié moins élevées que le budget initial, Money Movers profession convoyeurs appartenait à une Nouvelle Vague locale dans laquelle Bruce Beresford essayait désespérément d’exister. De la comédie potache à l’adaptation du récit d’initiation au féminin d’Henry Handel Richardson, The Getting of Wisdom, le jeune cinéaste ne parvenait pas à trouver sa place en raison de la difficulté du système de financement qui l’écartait des films qu’il souhaitait vraiment réaliser.

A l’instar de The Getting of Wisdom, Money Movers est une autre adaptation littéraire, celle d’un roman de Devon Minchin publié en 1972. Il y est question d’une entreprise de transport de fonds qui doit faire face à des braquages retors. En trame de fond, l’auteur s’inspirait de deux faits divers  qui avaient réellement secoué l’Australie de la croissance du début des années 70, celle des gangs et d’une violence sourde inhérente au pays d’Oz.

Le choix de Bruce Beresford est audacieux, même s’il implique une filiation évidente avec le cinéma américain des années 70, celui buriné et fasciné par les mises en scène de casses et de braquages de William Friedkin à Sam Peckinpah. A hauteur du cinéma australien, le résultat est original, mais l’Australie ne semble pas forcément prompte à vouloir regarder ses travers. Et ils sont nombreux dans l’adaptation du roman où l’on ressent une certaine misogynie, homophobie et une appétence pour la violence.

 

Money Movers est aussi connu en France en vidéo sous le titre de L’attaque des fourgons blindés. Un choix étrange, car le film relate bien plus qu’une attaque : il est question de la préparation d’un braquage de l’entreprise de transport elle-même, et non juste de fourgons blindés (il y a bel et bien un assaut contre un fourgon blindé au début, il est vrai). Véritable fourmilière de personnages impliqués, cette société ultra sécurisée nommée Darcy devient le socle du métrage. On y découvre sa hiérarchie, ses questionnements, sa complexité d’organisation, les rapports humains qui y sont en jeu en mettant en avant la diversité des profils masculins qu’elle recoupe. L’efficacité de cette entreprise va de pair avec un sentiment constant de paranoïa qui est alimenté par l’attaque ultra réaliste et sanglante qui ouvre le film et qui sera appelée à se répéter. Les millions de dollars australiens sont convoités, par la mafia, la police et certains convoyeurs eux-mêmes – l’argent reflétant avec éclat toute la corruption en œuvre dans la société australienne de l’époque, ravagée par des scandales de flics corrompus.

Une autre forme de violence au travail

Bruce Beresford, dans son introspection du genre, ne rate jamais sa cible. Il met en scène un impressionnant système de corruption qui donne le vertige à tous les étages, n’occultant aucune pièce de l’engrenage. Il dépeint un jeu de faux-semblants où les rebondissements sont nombreux, mais jamais exploités comme des révélations ultimes dont le seul but serait de surprendre le spectateur. Le cinéaste, documentariste d’une époque de chaos, remplit son métrage d’angoisse, le fait déborder de risques, et finalement l’explose dans un débordement de violence lors d’une séquence finale qui convoque le cinéma roublard américain pour mettre en scène une tuerie typique de son époque, virile, oppressante et particulièrement sanglante.

Annonciateur du cinéma de Michael Mann dans les années 80 (Police fédérale Los Angeles), mais aussi de Quentin Tarantino dans les années 90 (Reservoir Dogs, forcément), Money Movers aura très certainement une influence évidente chez Nicolas Boukhrief, en 2004, lorsqu’il dirigera Albert Dupontel et Jean Dujardin dans Le Convoyeur, dont on retrouve le même réalisme social et psychologique, la même angoisse contagieuse… D’ailleurs Boukhrief n’était-il pas l’un des journalistes de Starfix qui avait largement alerté le public sur la sortie tardive de cette œuvre, en mai 1986 ?

Des décennies après Money Movers, la corruption, les gangs, les banlieues gangrénées par l’insécurité et le sordide ont largement complété le tableau dressé par Bruce Beresford, cinéaste alors précurseur d’un genre toujours d’actualité un demi siècle plus tard. Depuis le cinéaste s’est fait remarquer à Cannes (Héros ou salopards, 1980), et a vu son film Miss Daisy et son chauffeur remporter l’Oscar du Meilleur film en 1990…

Comme quoi, le crime paie toujours.

Frédéric Mignard

Box-office de Money Movers : Profession convoyeurs

Cognac. 1986. Le festival du film policier se déroule paisiblement entre le 3 et 7 avril sous la présidence de Terence Young. Si tout le monde parle évidemment des deux claques que sont The Hitcher de Robert Harmon et Police fédérale Los Angeles de William Friedkin, Money Movers suscite bien des intérêts malgré son vieil âge (il s’agit d’un film tourné en 1978). Visa Distribution le sort dans la foulée du festival en contre-programmation d’un autre festival… Cannes !

Une sortie en contre-programmation cannoise

Le distributeur parvient à lui faire occuper 12 cinémas parisiens en plein festival de Cannes 1986, sous le titre de Money MoversProfession convoyeurs. L’affrontement est rude en salle, avec la concurrence directe de films cannois qui occupent toutes les préoccupations ce même mercredi. Fool for Love de Robert Altman, avec Kim Basinger et Sam Peckinpah (10 écrans parisiens), I Love You de Marco Ferreri (30 écrans en raison de la présence de Christophe Lambert), Le Sacrifice d’Andrei Tarkovski (5 salles), et Un homme et une femme 20 ans déjà de Claude Lelouch (33 écrans).

Malgré l’appui de Starfix qui a largement documenté sa sortie tardive et son passage par le festival du film policier de Cognac, Money Movers réalise le moins bon résultat du mercredi. Il est distancé par l’ultime film de Tarkovski de 18 spectateurs, malgré ses 7 écrans supplémentaires. En fait, Money Movers ouvre le 14 mai à 1 133 tickets. Il est évident que la distribution de Police fédérale Los Angeles de William Friedkin une semaine auparavant a largement diminué son impact et le film de Friedkin n’est d’ailleurs pas un vrai succès au box-office.

Verdict à l’issue de sa première semaine : un bide né de l’indifférence du public. Le thriller australien passe totalement inaperçu, avec 7 539 spectateurs en huit jours. Ses 5 écrans à Paris intra-muros (l’UGC Ermitage, le Rex, le Gaîté Rochechouart, l’UGC Gobelins et les Images) étaient clairement insuffisants pour lancer la machine. A titre de comparaison, le polar eighties de William Friedkin, réalise 18 815 spectateurs pour sa deuxième semaine dans plus dans 25 salles. Et ce n’est pas bon non plus.

Encore moins fort que Police fédérale Los Angeles au box-office

La semaine 2 de Money Movers s’avère littéralement catastrophique, avec 1 683 spectateurs. Désormais à l’affiche dans 5 cinémas, dont 4 à Paris, nos convoyeurs de choc restent sous la barre des 10 000 entrées en 15 jours. Cette étape ne sera franchie qu’à l’issue de sa troisième et ultime semaine d’exploitation, avec un total de 10 327 tickets sur Paris-Périphérie. Police fédérale finit pour sa part sa course parisienne à 77 730 en 8 semaines.

Cet échec salle permettra à l’éditeur vidéo Delta Vidéo Diffusion de profiter d’une dérogation pour sortir au plus tôt Money Movers en VHS en novembre 1986, c’est-à-dire six mois après la sortie au cinéma. Désormais, le film s’intitule Money Movers, l’attaque des fourgons blindés. C’est via le petit écran que l’essentiel des spectateurs découvriront ce petit bijou dans la profusion de vidéo-clubs qui permettent de magnifiques séances de rattrapage.

On notera que Visa Films demandera au CNC l’autorisation de rebaptiser Money Movers par L’attaque des fourgons blindés, en mai 1987 . On imagine que le distributeur avait en tête une possible seconde exploitation en salle, sous ce titre alternatif, ce qui était courant à l’époque. C’est ce nouveau titre que choisira, en 2025, l’éditeur Badlands pour la première édition en blu-ray du film en France (voir test vidéo ci-dessous).

Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 14 mai 1986

Affiche française de Money Movers Profession convoyeurs par Landi

Illustrateur : Landi by Spadem

Le test blu-ray de L’attaque des fourgons blindés

Inédit en DVD en France, Money Movers passe de la VHS chez Delta Vidéo dans les années 80 au blu-ray, après un très long passage à vide de quatre décennies. C’est l’indépendant Badlands qui édite ce petit bijou méconnu des plus jeunes cinéphiles. Celui-ci avait refait surface en HD, en 2022, via l’éditeur australien Umbrella Entertainment dans sa collection Ozploitation Classics. 

Packaging & Compléments 3.5/5

Le packaging est plutôt classique, avec un fourreau épais et un boîtier Scanavo. Curieusement, la jaquette du boîtier ne reprend pas les crédits et informations du film, optant en recto verso pour une image plein format.

Au niveau des bonus, l’éditeur a repris le making-of Count Your Toes proposé par Umbrella sur le blu-ray. Il s’agit d’une featurette de 2004, parfaitement restaurée (on a l’impression qu’elle a été tournée en 4K), qui donne la parole au cinéaste, aux acteurs Bryan Brown, Terence Donovan, et Tony Bonner et à la comédienne Candy Raymond. Leurs interventions relatives aux différents protagonistes impliqués dans le projet et au contexte de la sortie sont passionnantes. Ce supplément est très riche en anecdotes que l’on trouve à la source même du film. Depuis Umbrella a proposé en bonus d’autres interviews plus récentes (2022), mais les droits d’exploitation sont forcément onéreux pour un éditeur français dont le champ de vente est ultra-réduit par rapport à celui des Australiens qui peuvent exporter leurs disques aux USA, au Royaume-Uni, voire au reste du monde.

Bluray français de Money Movers, l'attaque des fourgons blindés

© 2025 Badlands

Pour approfondir la contextualisation du film, l’éditeur Badlands a fait appel à Melvin Zed, spécialiste du cinéma australien, reconnu pour son magnifique ouvrage sur Mad Max. Il intervient pendant une heure en axant ses présentations sur la carrière australienne de Bruce Beresford (de ses débuts difficiles jusqu’à Aux frontières de la ville) et sur le film Money Movers. Le deuxième segment de son interview est intitulée L’Ozploitation à contre courant. Il conclura si oui ou non L’attaque des fourgons blindés appartient au mouvement subversif de la Ozploitation.

Une série de bandes-annonces achève la section bonus plutôt bien fournie. Tout d’abord l’éditeur propose une série de films annonces de Money Movers, dont une française correspondant à la sortie VHS chez Delta Vidéo Diffusion. Ensuite, l’éditeur propose la bande-annonce des films qu’il a édité. Contrairement aux trailers de Money Movers, aucune lecture enchaînée n’est possible pour les titres Badlands, ce qui rend le visionnage fastidieux et donc on abandonne très vite.

Petit regret, contrairement à l’édition australienne, on ne retrouve pas les bandes-annonces des nombreux films australiens de Bruce Beresford. Cela aurait été un petit plus.

L’image 4/5

La restauration 4K a nettoyé le film de toutes ses scories. La copie est propre de toute trace du temps, avec une restitution équilibrée des couleurs. Toutefois, le film n’est pas un électron esthétique des années 80. La copie a donc gardé sa tonalité brute des années 70, dans le grain et sa réalité colorimétrique quelque peu télévisuelle.

Le son : 3.5/5

Tourné en Mono en 1978, L’attaque des fourgons blindés est décliné ici en DTS HD Master Audio Stéréo (anglais, français) et 5.1 pour la version originale exclusivement. La piste 5.1 est davantage de l’ordre du gadget et ne se justifie pas, d’autant que l’utilisation de la musique est spartiate.

La Stéréo est suffisante dans un ensemble sonore un peu sourd voire diffus. La piste vocale en anglais rejoint cet ensemble, limitée dans ses conditions d’enregistrement initiales, mais largement audible.

Jaquette de Bluray français de Money Movers, l'attaque des fourgons blindés

© 2025 Badlands

Biographies +

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Trailers & Vidéos

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Affiche française de Money Movers Profession convoyeurs par Landi

Bande-annonce de Money Movers Profession Convoyeurs

Policier, Film de braquage

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