Made in Bangladesh : la critique du film (2019)

Drame, Drame social | 1h35min
Note de la rédaction :
8 /10
8
Affiche du film Made in Bangladesh de Rubaiyat Hossain

  • Réalisateur : Rubaiyat Hossain
  • Date de sortie: 04 Déc 2019
  • Acteurs : Rikita Shimu, Novera Rahman, Parvin Paru, Deepanwita Martin, Mayabi Maya
  • Nationalité : Bangladais, Français, Danois, Portugais
  • Titre original : Shumu
  • Scénaristes : Rubaiyat Hossain, Philippe Barrière
  • Distributeur : Pyramide Films
  • Editeur vidéo : A venir
  • Box-office France / Paris-Périphérie : A venir
Note des spectateurs :
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Made in Bangladesh est un vibrant plaidoyer pour la défense des droits sociaux et l’émancipation des travailleuses du textile, surexploitées dans cette partie du monde et ailleurs.

Synopsis : Shimu, 23 ans, travaille dans une usine textile à Dacca, au Bangladesh. Face à des conditions de travail de plus en plus dures, elle décide avec ses collègues de monter un syndicat, malgré les menaces de la direction et le désaccord de son mari. Ensemble, elles iront jusqu’au bout.

Made in Bangladesh nous confronte à notre aveuglement

Critique : Quand nous enfilons nos vêtements, il nous arrive de nous arrêter, l’espace de quelques secondes, sur cette petite étiquette cousue à l’intérieur « made in Bangladesh » avant de repartir bien vite vers nos activités d’occidentaux protégés. Il aura fallu la tragédie du Rana Plaza (un immeuble de neuf étages abritant des ateliers de production s’écroule sur des milliers d’employés, faisant de très nombreuses victimes) pour découvrir l’inhumanité mais surtout la dangerosité (les usines se trouvent souvent dans des immeubles construits sans permis et totalement dépourvus de normes de sécurité) des conditions de travail imposées à des travailleurs des pays pauvres pour satisfaire l’appétit de consommation, toujours grandissant, des habitants des pays riches.  

Made in Bangladesh, drame du social, de la femme et du textile

Made in Bangladesh © Les films de l’Après-Midi – Khona Takies

Réalisatrice, ouvrière, syndicaliste… Combat de femmes

Sensibilisée depuis longtemps à la condition des femmes, la réalisatrice s’appuie sur le témoignage de Daliya pour construire le personnage de Shimu, pivot central de cette poignante aventure sociale. Femme syndicaliste que ni la société, ni le destin n’ont épargné, Dalyia/Shimu, par sa foi et son énergie, symbolise le combat de toutes celles qui sont prêtes à prendre tous les risques pour améliorer leur sort et celui de leurs concitoyennes.

Car, malgré les salaires dérisoires et les conditions de travail difficiles, ces emplois sont un refuge contre l’autorité patriarcale (certaines femmes, dont le mari est au chômage, font vivre toute leur famille avec leur salaire) et un premier pas vers l’autonomie, d’autant qu’un réel esprit de camaraderie et d’entraide règne dans ces ateliers de confection. Celles qui n’ont pas « la chance » d’y accéder sont bien souvent condamnées au mariage forcé et à une solitude extrême.

Made in Bangladesh, drame du social, de la femme et du textile

Made in Bangladesh © Les films de l’Après-Midi – Khona Takies

Le drame sans misérabilisme

Si le sujet est grave, le ton adopté par Rubaiyat Hossain, à la fois réalisatrice et scénariste (avec Pierre Barrière) ne l’est pas. Refusant de les réduire à de simples victimes, elle choisit de regarder ces combattantes comme des moteurs de changement et s’intéresse surtout à la puissance de la détermination qui les anime.

Avec un réalisme saisissant qui retient d’emblée l’attention du spectateur, elle passe en revue, sans la moindre once de misérabilisme, la liste des épreuves que ces héroïnes doivent surpasser. La complicité hypocrite entre le patron local et l’acheteur étranger, le premier vantant l’excellence d’un matériel qu’il prétend tout à fait conforme à des conditions de travail maximales pendant que le second ne s’intéresse qu’à faire baisser les prix encore et toujours, l’apathie délibérée de l’administration qui espère faire perdurer le plus longtemps possible un régime lui étant favorable et les abus de pouvoir masculins ne laissent aucun doute sur l’ampleur de la lutte que Shimu et ses amies auront à mener.

Made in Bangladesh © Les films de l'Après-Midi - Khona Takies

Made in Bangladesh © Les films de l’Après-Midi – Khona Takies

Bon courage pour le shopping

Dans leurs saris colorés, elles se promènent ensemble dans la rue, conscientes de leur beauté, libres de porter le hijab à leur manière et même de danser, affirmant leur désir de donner une nouvelle image de la femme dans leur pays. A la fin du film, Shimu expose ses cheveux aux yeux de tous et obtient non sans mal le document nécessaire auprès du Ministère du Travail. Deux petites victoires !

Mais le combat ne fait que commencer. Elle vient juste de gagner le droit de négocier avec ses patrons. Une vraie épreuve de force l’attend car à ce jour, le Bangladesh est le deuxième plus grand exportateur mondial de vêtements derrière la Chine. Les ouvriers (85% sont des femmes, parfois mineures) qui sont les plus mal payés au monde fabriquent sans relâche des produits pour les distributeurs comme H&M, Primark, Walmart, Tesco, Calvin Klein, Gap, Carrefour ou Aldi. C’est un gigantesque business qui rapporte 30 milliards d’euros par an. On imagine aisément qu’il ne sera pas facile de l’arrêter.

 Critique : Claudine Levanneur 

Sorties de la semaine du 4 décembre 2019

Affiche du film Made in Bangladesh de Rubaiyat Hossain

Made in Bangladesh © Les films de l’Après-Midi – Khona Takies

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Affiche du film Made in Bangladesh de Rubaiyat Hossain

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