Ma (Blumhouse Productions) : la critique du film (2019)

Epouvante horreur, Fantastique | 1h40min
Note de la rédaction :
5/10
5
Ma, affiche france

Note des lecteurs

Honnête série B, Ma ne fera pas d’ombre à Misery à cause d’une réalisation anodine. Heureusement qu’Octavia Spencer assure le show.

 Synopsis : Sue Ann, une femme solitaire vit dans une petite ville de l’Ohio. Un jour, une adolescente ayant récemment emménagé, lui demande d’acheter de l’alcool pour elle et ses amis ; Sue Ann y voit la possibilité de se faire de nouveaux amis plus jeunes qu’elle. Elle propose aux adolescents de traîner et de boire en sûreté dans le sous-sol aménagé de sa maison. Mais Sue Ann a quelques règles : ne pas blasphémer, l’adolescent qui conduit doit rester sobre, ne jamais monter dans sa maison et l’appeler MA. Mais l’hospitalité de MA commence à virer à l’obsession. Le sous-sol qui au début était pour les adolescents l’endroit rêvé pour faire la fête va devenir le pire endroit sur terre.

Les enfants de mes ennemis sont mes victimes

Critique : Basé sur un souvenir d’adolescent du scénariste Scott Landes, Ma est une pure production Blumhouse exploitant une fois de plus un thème de société délicat pour tirer l’ensemble vers un film de genre efficace. Ici, il s’agit de l’exclusion et de l’impact que cette mise à l’écart systématique peut avoir sur la psyché de la personne concernée.

Nous suivons ici la lente vengeance ourdie par une femme de couleur victime de ségrégation dans sa jeunesse. Humiliée par des camarades aux destins apparemment tout tracés, Ma n’aura de cesse de se faire apprécier de la progéniture de ses ennemis, en organisant notamment des fêtes dans sa cave. Si au début du film, le personnage incarné avec toujours autant de talent par Octavia Spencer est plutôt avenant, elle va peu à peu révéler sa véritable nature vengeresse.

Jeu inégal de la folie

L’ambiance de la petite ville repliée sur elle-même est plutôt bien dépeinte, de même que l’univers hyper formaté du lycée. Les jeunes gens ne sont pas trop irritants, même si on n’évite pas toujours les clichés d’usage. Enfin, les adultes sont campés par des acteurs que l’on apprécie comme Juliette Lewis, bien loin de ses rôles extrêmes des années 90 ou encore le charismatique Luke Evans.

La gestion de la descente progressive du personnage principal vers la folie est par contre un peu inégale. Certains passages supposent que Ma est enfin passée au stade homicide, mais la tension redescend pourtant de nouveau et elle ne semble pas particulièrement inquiétée par une police visiblement très inefficace.

Une heure d’attente, tout de même

Il faut donc patienter une bonne heure pour que cela se corse quelque peu. Si certains meurtres sont parfois teintés de sadisme, le métrage reste toutefois très sage et l’on ne franchit jamais le stade du politiquement correct. On se situe donc à des années-lumière de l’impact émotionnel ressenti devant l’incroyable Misery (1990) auquel le réalisateur se réfère forcément.

Mais le plus gros défaut de Ma vient du classicisme ronflant de sa mise en scène. L’acteur-réalisateur Tate Taylor n’a jamais fait montre de beaucoup d’imagination sur le plan visuel dans ses œuvres précédentes (La couleur des sentiments, Get on up ou encore La fille du train). Entièrement fondé sur la performance vraiment passionnante de son interprète principale, Ma ne cherche jamais à tutoyer les sommets sur le plan formel, se contentant souvent d’une illustration assez plate de son script.

Thriller globalement efficace et agréable à suivre, cette nouvelle production Blumhouse ne peut en aucun cas rivaliser avec certaines excellentes surprises issues du studio. La faute en revient au manque de vision d’un cinéaste passe-partout se contentant de livrer une honnête série B. C’est déjà pas si mal pourrions-nous également dire.

Critique de Virgile Dumez

Notes :

Sorti aux USA face à Godzilla 2 roi des monstres, Ma est la nouvelle production horrifique de Jason Blum (Us, Get out, Insidious). Il donne au réalisateur de La couleur des sentiments, Tate Taylor, l’occasion de s’encanailler dans un genre nouveau après le thriller glacé La Fille du train, qui se posait déjà comme un film de transition dans sa carrière hollywoodienne.  Dans le premier rôle de Ma la démoniaque voisine, on retrouve Octavia Spencer, actrice dans des dizaines et des dizaines de rôles de figuration dans les années 90 et 2000, devenue célèbre en France avec Les figures de l’ombre et La forme de l’eau. Finie la bienveillance pour elle, Ma prend les choses en main. Les adolescents n’ont qu’à bien se tenir et surtout… ne pas blasphémer.

Les sorties de la semaine du 5 juin 2019

 

Ma, affiche france

Copyrights : Blumhouse Productions / Universal Pictures

x