Réflexion pertinente sur l’impact des crimes des parents sur leurs enfants, Lore pâtit d’un formalisme excessif en contradiction avec le sujet évoqué.
Synopsis : En 1945, à la fin de la guerre, Lore, une jeune adolescente, fille d’un haut dignitaire nazi, traverse l’Allemagne avec ses frères et sœurs. Livrés à eux-mêmes, au milieu du chaos, leur chemin croise celui de Thomas, un jeune rescapé juif. Pour survivre, Laure n’a d’autre choix que de faire confiance à celui qu’on lui a toujours désigné comme son ennemi…
La guerre, vue du côté des nazis
Critique : Pour son second long-métrage après Sommersault (présenté à Cannes en 2004, mais resté inédit sur les écrans français), la réalisatrice Cate Shortland s’est emparée d’une nouvelle tirée de La chambre noire de Rachel Seiffert centrée sur le destin d’une jeune fille allemande traversant l’Allemagne vaincue de 1945. Adoptant de manière assez audacieuse le point de vue d’une gamine de quinze ans dont le père fut un exécutant nazi, la réalisatrice cherche tout d’abord à créer un certain malaise chez le spectateur.
Effectivement, il semble assez difficile de s’impliquer dans la fuite de cette famille de nazis, largement responsable de la mort de millions de juifs. D’autant que l’auteure ne cherche aucunement à masquer l’idéologie pestilentielle qui sous-tend leur action : les gosses ayant baigné durant toute leur enfance dans une propagande antisémite ne peuvent réagir autrement qu’en fonction de cette donnée fondamentale. Ainsi, les enfants en fuite ne peuvent que pleurer à l’annonce de la mort du Führer, de même qu’ils penseront immédiatement à une manipulation de la part des Américains lorsqu’ils verront les premières images issues des camps d’extermination.
Lore ou l’apprentissage de l’altérité
Si les plus jeunes ne peuvent évidemment pas se rendre compte de ce qui se passe autour d’eux, la jeune Lore prend peu à peu conscience qu’elle a vécu toute son enfance dans un mensonge ignoble entièrement construit par ses parents et le IIIe Reich, celui d’un monde idéal fait de pureté raciale et de beauté esthétique. Outre le parcours géographique effectué par la jeune fille, Lore est avant tout le chemin vers la vérité parcouru par une adolescente à la découverte du monde. Elle devra pour cela ouvrir les yeux sur la monstruosité de ses parents, avant de finir par les tuer symboliquement dans une dernière scène aussi intimiste que puissante.
Si le point de vue est fort audacieux, son traitement formel ne peut qu’interroger. Effectivement, Cate Shortland semble singer le style de sa compatriote Jane Campion à chaque image, et s’applique à livrer un film d’une indéniable beauté esthétique. Parallèlement à l’ouverture sur le monde, l’ado s’éveille aussi à la sensualité, ce qui est traduit par de nombreux plans sur une nature exsudant la sexualité. Ainsi, le film s’embourbe parfois dans des répétitions visuelles et narratives, comme on peut en trouver à foison dans le cinéma de Terrence Malick. Ici, on marche au milieu des champs, on se lave dans la rivière, on se roule dans le foin, ce qui alourdit sensiblement le long-métrage.
Quand la beauté esthétique se heurte à la dureté du sujet traité !
Frôlant parfois le hors sujet, Lore pâtit sérieusement de cette tendance à chercher la belle image à tout prix, alors même que le sujet ne s’y prête guère. Sa réflexion pertinente sur le fait que les enfants sont finalement les premières victimes des crimes de leurs parents souffre donc de cette volonté de poétiser à tout prix le réel. Foncièrement inégal, le résultat final est suffisamment intéressant sur le plan thématique pour justifier sa sortie en salles, d’autant que le film a glané un nombre impressionnant de récompenses dans les festivals du monde entier. De quoi attirer l’attention sur Cate Shortland qui a assurément du talent, mais doit veiller à accorder la forme au fond.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 20 février 2013
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