L’étincelle, une histoire des luttes lgbt+: la critique du film (2019)

Documentaire, LGBT+ | 1h38min
Note de la rédaction :
8/10
8
Affiche de l'étincelle, une histoire des luttes lgbt+

  • Réalisateur : Benoît Masocco
  • Date de sortie: 24 Juil 2019
  • Nationalité : Français
  • Avec : Bertrand Delanoë, Robert Badinter, Gérard Lefort, Dustin Lance Black, John Cameron Mitchell, Cleve Jones, Hervé Latapie, Lillian Faderman, Marie Kirschen, Didier Lestrade, Gérard Koskovich, Marie-Jo Bonnet, Edmund White, Jenny Bel’air
  • Distributeur : Outplay Films
  • Éditeur vidéo : Outplay
  • Box-office France / Paris-périphérie :
Note des lecteurs

De la “pédale mondaine” aux “nantis de la liberté”, d’une situation de ségrégation aux USA au phénomène de la gentrification, L’étincelle : une histoire des luttes lgbt+  est un formidable documentaire qui relate une lutte universelle pour le droit à l’existence et à la différence. Le discours est non seulement passionnant, il est surtout essentiel.

Synopsis : Une histoire de la lutte LGBT des années soixante à nos jours, après que l’étincelle des émeutes de Stonewall a embrasé l’action militante qui, de New York, devait se répandre partout dans le monde.
De San Francisco à Paris en passant par Amsterdam, entre les premières Gay Pride, l’élection d’Harvey Milk, la « dépénalisation » française, l’épidémie du Sida et les premiers mariages homosexuels, ces quelques décennies de lutte s’incarnent au travers de nombreux témoignages d’acteurs et actrices de cette révolution arc-en-ciel.

L’étincelle : une histoire des luttes lgbt+, un documentaire sur un pan méconnu des combats gays contre la violence politique et sociale

Critique : Brasser 50 ans de luttes d’une minorité pour son droit à exister légalement (on part d’une époque où l’homosexualité était illégale et sujette à l’emprisonnement, à la ségrégation dans les bars, à l’ostracisation sociale, familiale, professionnelle…), pour parvenir à accomplir en un film un tel parcours humain, avec une impression de plénitude (l’exhaustivité des combats et des témoignages étant impossible) relève de la réussite patente.

Pour son premier long métrage, Benoit Masocco  nous entraîne essentiellement dans les combats américains et français, dressant un parallèle inattendu, mais logique, entre la lutte pour les droits civiques aux USA, le féminisme militant des années 60-70, et les premiers combats queer dans la rue (les émeutes suite aux descentes de police dans le bar de Stonewall, dont on fêtait les 50 ans en 2019, la première Gay Pride aux USA). On se retrouve soudainement loin du confort bourgeois de la pédale mondaine de certains cercles artistiques, pour reprendre une expression avisée du journaliste engagé Gérard Lefort qui intervient régulièrement dans le film.

La goutte d’huile qui a embrasé la minorité du placard

Film d’histoire qui a l’intelligence de choisir des intervenants de qualité (Robert Badinter, qui sous Mitterrand a décriminalisé la sexualité entre personnes de même sexe, le trop rare Bertrand Delanoé, ancien maire de Paris, qui n’use d’aucun détour pour asséner des vérités politiques franches), L’étincelle, part donc de cette goutte d’huile qui a provoqué un incendie, qui a embrasé une minorité de l’ombre et du placard, trop souvent victime de violences psychologiques et physiques (la politique de casser du PD mise en place par Jacques Chirac, décrite par Lefort)…

Alors que l’école évoque beaucoup les fiertés ethniques dans ses magnifiques combats, il est vrai que ces mêmes combats, menés par des militants homosexuels, intéressent moins les non-initiés à l’histoire lgbt +, ou du moins font peur, car associés inévitablement à la sexualité et à une hypocrisie quant aux choses du sexe. On le voit, dans le film, à travers d’affligeants extraits  de propagande assimilant l’homosexualité à la pédophilie, et surtout à travers des extraits historiques de reportages sur les manifestations contre le PACS en 1998, puis contre le Mariage pour tous, en 2013, avec des propos ignobles qui devraient tomber sous le coup de la loi. Le documentariste trouve toujours le bon équilibre entre document d’histoire, entretiens militants et faits historiques.

Le pavillon gay, rêvé par Harvey Milk

The Spark © CAPA / Outplay Films

La belle histoire

Aussi, avec l’intelligence des historiens, journalistes, militants, et témoins interrogés, L’étincelle une histoire des luttes lgbt+ nous permet de découvrir la belle, la grande histoire qu’on nous a toujours cachée. Celle d’une unité qui n’était pas consciente de son potentiel, autour d’une culture qui se nourrissait du rejet de l’autre, comme si, à la honte que voulait leur maculer la société dans les années 60-70, la communauté homosexuelle répondait par ses codes de fierté, d’excentricités et de couleurs, comme un doigt levé érigé à un système patriarcal. Sus à la société de papa.

La convergence des luttes et la rupture du SIDA

Avec Harvey Milk, conseillé municipal à San Francisco, lâchement assassiné, les homos ont eu leur Martin Luther King ; via Vayard Rustin, proche collaborateur du célèbre pasteur, la cause gay a nourri celle des noires dans la non-violence, et inversement. Sans les femmes et leurs bras levés, les homos mecs auraient eu également beaucoup de mal à s’émanciper, et puis le documentaire revient sur le SIDA, fatalité irrationnelle qui éradiqua toute une génération de gays, après les premières victoires sociales de la fin des années 70 aux USA (l’avènement de l’Ouest salvateur via la transformation de San Francisco en capitale des luttes homosexuelles, la création de rues et quartiers homosexuels permettant aux différences de se vivre sans la violence extérieure, les nuits mythiques du Palace, Mitterrand en France…).

Un appel au militantisme et un non à l’embourgeoisement de papa

En suivant une chronologie enrichissante, l’étincelle finit par un magnifique appel au militantisme, en rappelant qu’aux USA ou en France, alors que la recrudescence des actes homophobes est flagrante, la communauté, assimilée à des “nantis de la liberté” dans les pays occidentaux, par Badinter, qui ne comprend pas son manque de soutien et son endormissement face aux violations des droits des homosexuels dans le monde. Désormais, victime de son confort, moins virulente, consommatrice endimanchée dans le mariage, la communauté gay se serait embourgeoisée comme les autres, et l’animal s’en mord la queue avec la disparition dans les métropoles, sous le prix des loyers exorbitants, des quartiers homos historiques qui offrait du liant et nourrissait la flamme d’un combat commun, quand aujourd’hui les applications de consommation sexuelle, font des homos des lotophages qui ont oublié leur ADN et leur parcours commun.

Les points de vus échangés dans L’Etincelle : une histoire des luttes LGBT+, sont passionnants et méritent d’être discutés en France, alors que l’homophobie y est plus prégnante que dans d’autres pays européens où l’avancée des droits homosexuels n’ont pas provoqué autant d’incendies…

Vivement conseillé à tous.

Pour en savoir plus

Critique : Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 24 juillet 2019

Affiche de l'étincelle, une histoire des luttes libg+

The Spark © CAPA / Outplay Films

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Bande-annonce de L'étincelle

Documentaire, LGBT+

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