L’école du bout du monde est un très joli film bhoutanais porté par des images superbes, des paysages grandioses et une foi inébranlable en la magie du cinéma. Attachant.
Synopsis : Un jeune instituteur du Bhoutan est envoyé dans la partie la plus reculée du pays. Loin de la ville, le quotidien est rude, mais la force spirituelle des habitants du village transformera son destin…
Le Bhoutan à l’honneur
Critique : Le Bhoutan est un tout petit pays coincé entre l’Inde et la Chine et qui manque de structures cinématographiques à proprement parler. Rares sont donc les productions locales et encore plus exceptionnels sont les films qui nous parviennent en Occident. Parmi eux, on peut citer La coupe (1999) de Khyentse Norbu, qui est sans nul doute le cinéaste local le plus connu. C’est d’ailleurs auprès de lui que le réalisateur Pawo Choyning Dorji a effectué ses classes en tant qu’assistant. Devenu ensuite son producteur, l’artiste aux dents longues choisit finalement de passer également derrière la caméra avec un projet très ambitieux intitulé L’école du bout du monde.

© 2019 ARP Sélection. Tous droits réservés.
Sur un script qui s’inspire beaucoup de la réalité, le cinéaste novice décide d’embarquer toute son équipe technique et artistique dans une aventure hors normes, puisqu’il s’agissait bien de filmer l’intégralité du long-métrage en décor naturel à plus de 4 800 mètres d’altitude, dans un village éloigné de toute infrastructure moderne. Comme nous pouvons le voir dans le film, l’équipe a effectué le même parcours du combattant que le personnage de ce jeune instituteur envoyé par l’Etat dans l’école la plus reculée du pays. Ainsi, le voyage comprend plus de huit jours à pied, avec un dénivelé de plus de 2 500 mètres, pour finalement arriver dans un village dépourvu du moindre confort moderne.
L’école du bout du monde, un tournage difficile à plus de 4 800 mètres d’altitude
Ainsi, les équipes sont tributaires de l’ensoleillement pour faire marcher leurs appareils électriques et aucun chauffage n’est disponible sur place. En fait, le calvaire vu dans le film fut aussi celui éprouvé par l’intégralité de l’équipe durant ces mois de tournage dans des conditions extrêmes. Le jeu en valait pourtant la chandelle, tant L’école du bout du monde s’avère être une belle surprise, aussi bien sur le plan esthétique que thématique.
Ainsi, Pawo Choyning Dorji nous prouve qu’il est encore possible de créer une œuvre belle et forte à partir de bons sentiments. Il nous présente ici un personnage de jeune instituteur qui n’a apparemment pas la vocation et qui cherche d’ailleurs à rompre son contrat avec le ministère qui l’emploie. Malheureusement pour lui, son engagement comprend une dernière année où on le mute au cœur de la chaîne de l’Himalaya. Contraint d’occuper ce poste, le jeune homme est tout d’abord peu aimable, sans cesse accroché à son téléphone portable et à sa vie de citadin moderne.
Un hommage poignant au rôle essentiel des enseignants du monde entier
Pourtant, après un voyage très éprouvant et une envie irrépressible de quitter son poste, l’enseignant va peu à peu faire la connaissance de ces villageois qui l’accueillent comme le messie, ainsi que des enfants qui souhaitent apprendre un maximum de choses pour ne pas être éleveurs de yak comme leurs parents. L’école du bout du monde est donc une œuvre puissante et émouvante qui vient rappeler la mission si importante de tous ces professeurs qui se dévouent corps et âme pour transmettre leur savoir aux enfants du monde entier. Dans de très nombreux pays, ils constituent encore le seul moyen pour les gamins de s’élever au-dessus de leur condition initiale. Peu importe la rusticité des moyens engagés puisque la transmission passe avant tout par le lien qui se crée entre l’enseignant et les enfants.

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Baignant dans des paysages sublimes, une photographie lumineuse et animé par des acteurs non professionnels qui sont tous admirablement bien dirigés, L’école du bout du monde ne fait jamais film amateur et ne tombe pas non plus dans le piège de la mièvrerie. En fait, on sent une volonté de chanter la beauté de ce monde rural, sans jamais faire preuve du moindre cynisme et sans aucun second degré. Il s’agit seulement de raconter une belle histoire, portée par des personnages touchants. Et cela fonctionne parfaitement bien.
Une nomination aux Oscars et un beau succès en salles en France
Tourné en 2019, L’école du bout du monde a tenté de concourir aux Oscars en 2021, mais la sélection fut invalidée par l’absence de commission bhoutanaise officielle. La chose fut réglée en 2022 et le film s’est donc retrouvé nominé dans la catégorie du meilleur film étranger. Il a pu sortir dans la foulée en France au mois de mai 2022, obtenant une excellente moyenne par copie disponible.
Sa carrière s’est ainsi étalée jusqu’au mois de septembre, devenant un véritable petit phénomène de l’art et essai, à une époque où les salles étaient grandement désertées. Après plusieurs mois de présence dans les cinémas, L’école du bout du monde peut afficher de très beaux chiffres (120 317 entrées sur toute la France) qui en fait un beau succès du cinéma art et essai de 2022. Il le mérite amplement et ceux qui l’ont raté peuvent désormais se rattraper en visionnant le long-métrage en blu-ray ou en VOD.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 11 mai 2022
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Pawo Choyning Dorji, Sherab Dorji, Ugyen Norbu Lhendup
Mots clés
Le monde paysan au cinéma, La montagne au cinéma, L’école au cinéma