Premier film de l’ère Heisei, Le retour de Godzilla bénéficie d’un ton sérieux qui tranche avec les autres suites fantaisistes de la franchise. L’ensemble est un peu mou, mais demeure éminemment sympathique, d’autant que le monstre est bien mis en valeur.
Synopsis : Hiroshi a survécu en mer à l’attaque d’insectes géants, apparemment réveillés au moment où Godzilla est aussi sorti de son profond sommeil. Le monstre a détruit au passage un sous-marin nucléaire russe dont il pompe toute l’énergie. Ainsi, la créature mesure à présent près de 80 mètres de haut et est en direction de la ville de Tokyo pour tout anéantir…
Un retour en fanfare pour Godzilla
Critique : A la fin des années 70, la franchise Godzilla est totalement essorée par la sortie successive de plusieurs films navrants destinés majoritairement au jeune public. Les entrées ne cessent de chuter, alors que parallèlement, les produits dérivés se vendent de mieux en mieux. Devenu davantage un produit qu’un personnage de cinéma, Godzilla est donc mis au rencard par la firme Tôho, au grand dam du producteur Tomoyuki Tanaka.
L’homme est pourtant convaincu de la viabilité du monstre sur grand écran et patiente donc jusqu’en 1983 pour proposer au scénariste Shuichi Nagahara de redonner vie au mastodonte. Les deux compères sont intimement persuadés qu’il faut faire table rase des multiples suites au Godzilla de Honda et souhaitent offrir une véritable suite, très sérieuse, au film original. Ils mettent notamment à contribution la relance de la guerre froide au début de ces années 80 afin d’offrir un arrière-plan géopolitique à leur intrigue.
Une ambiance horrifique et plus sérieuse
Doté d’un budget conséquent de 6,2 millions de dollars, le film est confié aux bons soins du cinéaste Koji Hashimoto qui était jusque-là surtout réputé en tant que réalisateur de seconde équipe et dont ce fut finalement l’une des seules contributions avant d’abandonner la réalisation pour la production. Son travail, sans être remarquable, s’avère pourtant tout à fait honorable sur cet opus qui replace enfin Godzilla dans une perspective plus sérieuse, voire même horrifique.
On apprécie notamment les premières séquences d’abordage d’un bateau fantôme qui a été attaqué par une limace géante. L’ambiance anxiogène tranche agréablement avec les inepties enfantines des années 60-70 et place le film sur une bonne voie. Bien évidemment, notre enthousiasme est une fois de plus un peu douché par l’inévitable succession de séquences de palabres entre officiels japonais, scientifiques, soviétiques et américains. Toutefois, le contexte tendu de la guerre froide permet de renouveler les thématiques habituelles de la saga et d’offrir une perspective géopolitique suffisamment intéressante pour ne pas trop nous barber.
Un Godzilla au look convaincant et bien mis en valeur
Les acteurs sont plutôt correctement dirigés et les personnages ne sont pas trop superficiels, même si certaines péripéties semblent là pour faire durer de manière artificielle le spectacle.
Tout fan de kaiju eiga jugera le produit fini en fonction des scènes mettant en avant Godzilla. Celui-ci bénéficie d’un design plutôt convaincant (si l’on excepte le caractère inexpressif des yeux) qui lui redonne une allure impressionnante. Les maquettes sont plutôt bien foutues et les destructions multiples sont efficacement menées. La deuxième partie du film permet donc de profiter au mieux de la créature star, et ceci même si le monstre n’est confronté ici qu’aux humains. Cela limite la portée spectaculaire du métrage, mais évite aussi de tomber dans un kitsch trop évident. Bien entendu, tout ceci est à réserver à un public déjà acquis à la cause du monstre nucléaire, les autres risquant de bien se marrer.
Un petit succès international pour un volet sympathique
En tout cas, Hashimoto a réussi en grande partie son pari de réactiver une franchise largement écornée par un nombre hallucinant de suites médiocres. Il a inauguré ainsi ce que l’on a appelé l’ère Heisei qui a duré 11 ans, comprenant sept longs-métrages. Si le film a rencontré un certain succès au Japon, et même aux Etats-Unis, malgré un remontage scandaleux, la France ne lui a offert que des projections en festival et quelques séances en province, mais aucune véritable sortie officielle.
Il a fallu attendre la sortie vidéo sous le titre Le retour de Godzilla pour que le public français puisse profiter du spectacle. A noter que le titre peut prêter à confusion puisque Le retour de Godzilla est également le titre français du deuxième film de la saga sorti en 1957 et réalisé par Masaru Satô.
Critique du film : Virgile Dumez
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