Le dernier piano : la critique du film et le test DVD (2022)

Drame, Guerre | 1h50min
Note de la rédaction :
5/10
5
Le dernier piano, l'affiche

  • Réalisateur : Jimmy Keyrouz
  • Acteurs : Tarek Yaacoub, Rola Baksmati, Mounir Maasri
  • Date de sortie: 13 Avr 2022
  • Nationalité : Libanais, Français
  • Titre original : Broken Keys
  • Titres alternatifs : Fausse note (titre belge, festival) / Połamane klawisze (Pologne)
  • Année de production : 2021
  • Scénariste(s) : Jimmy Keyrouz, Ellie Foumbi et Moe Lattouf
  • Directeur de la photographie : Joe Saade
  • Compositeur : Gabriel Yared
  • Société(s) de production : Ezekiel Film Production, Ginger Beirut Production
  • Distributeur : Alba Films
  • Éditeur(s) vidéo : Blaq Out (DVD)
  • Date de sortie vidéo : 23 août 2022
  • Box-office France / Paris-périphérie : 11 835 entrées / 2 672 entrées
  • Box-office nord-américain : -
  • Budget : 2,3 M$
  • Rentabilité : -
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.39 : 1 / Couleurs / Son : 5.1
  • Festivals et récompenses : Washington DC Independent Film Festival 2021 : Prix du public / Fribourg International Film Festival 2022 : Prix du public / Festival de Cannes 2020 : Sélection officielle
  • Illustrateur / Création graphique : Silenzio
  • Crédits : Ezekiel Film Production, Ginger Beirut Production
Note des spectateurs :

Film de festival particulièrement maladroit dans sa démarche, Le dernier piano est une première œuvre qui enfonce des portes ouvertes et chausse tous les travers du mélo au risque de laisser insensible. Un coup pour rien.

Synopsis : Karim, un pianiste de talent, a l’opportunité unique de passer une audition à Vienne. La guerre en Syrie et les restrictions imposées bouleversent ses projets et la survie devient un enjeu de tous les jours. Son piano constitue alors sa seule chance pour s’enfuir de cet enfer. Lorsque ce dernier est détruit par l’Etat Islamique, Karim n’a plus qu’une idée en tête, trouver les pièces pour réparer son instrument. Un long voyage commence pour retrouver sa liberté.

Court-métrage deviendra grand

Critique : Libanais d’origine, Jimmy Keyrouz a étudié le cinéma aux Etats-Unis à l’université de Columbia. Lorsqu’il doit tourner son court-métrage de fin d’études, il souhaite témoigner des ravages de la guerre en Syrie à travers une histoire faisant intervenir la musique. Cela donne Nocturne in Black (2016) dont il offre le rôle principal au jeune acteur Tarek Yaacoub. Ce premier court met tout le monde d’accord et parvient même à être présélectionné aux Oscars du meilleur court-métrage 2017, tout en parcourant les festivals du monde entier.

Le dernier piano, photo d'exploitation

© 2022 Alba Films. Tous droits réservés.

Encouragé dans sa démarche par des producteurs désireux de lui mettre le pied à l’étrier, Jimmy Keyrouz décide de transformer son court en un premier long-métrage. Pour cela, il reprend le même acteur qui lui a donné toute satisfaction et se lance dans un projet qui va rencontrer une somme incroyable de problèmes. Tout d’abord, la situation en Syrie interdit de tourner sur place et la plupart des scènes sont donc mises en boite au Liban. Malheureusement, le pays est lui-même en proie à des troubles qui ne facilitent pas le tournage.

Adagio lourdaud

Pour obtenir des plans de villes ravagées, l’équipe parvient à se rendre quelques jours en Irak, notamment dans la ville de Mossoul. Le reste sera agrémenté de retouches numériques pour étendre les aires de destruction. Comme si cela ne suffisait pas, la crise de la Covid-19 a contraint l’équipe à une interruption de tournage de plusieurs mois pour cause de confinement. D’ailleurs, la musique confiée à Gabriel Yared a elle-même été enregistrée à distance, le compositeur dirigeant depuis Paris un orchestre présent à Londres.

Véritable défi logistique, Le dernier piano est également une œuvre qui entend dénoncer avec force les exactions de Daesh et des différents groupes islamistes sur le monde arabo-musulman. On aurait aimé prendre la défense d’un tel film dont la portée humaniste ne fait aucun doute. Pourtant, Jimmy Keyrouz est tombé dans tous les pièges tendus par ce genre de sujet académique. Par défaut d’écriture, Le dernier piano apparaît surtout comme un mélodrame de guerre peu inspiré, enfonçant des portes ouvertes avec la légèreté d’un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Clavier trop peu tempéré

Tout d’abord, tous les personnages correspondent à un archétype défini et qui ne varie jamais tout au long du métrage. Tarek Yaacoub est un jeune héros séduisant et courageux qui ira jusqu’au bout de son rêve; il croise des femmes combattantes et engagées qui ne baissent pas les bras et peut s’appuyer sur les épaules fermes d’un vieux sage (très bon Mounir Maasri). En face, les islamistes possèdent tous des physiques patibulaires, les dents serrés et le regard possédé, histoire que l’on comprenne tout de suite qu’ils sont très méchants. Il est malheureux de constater une telle binarité au sein d’une œuvre qui se veut profonde. On perçoit la même lourdeur dans la symbolique utilisée. Ici, la musique s’oppose donc au bruit des mitrailleuses, la pluralité des livres offre un rempart à l’unicité de la religion et toutes les métaphores soulignent ces éléments à l’envi.

Bien entendu, Jimmy Keyrouz n’est pas un manchot et sa réalisation est de bonne tenue, mais il s’engouffre dans tous les poncifs et livre même de très belles images d’une guerre qui est donc rendue esthétique. Ajoutez à cela l’ajout de la musique de Beethoven (un cliché en soi) et vous obtenez un pur film à Oscars destiné à bouleverser les Occidentaux par un sujet tire-larmes. Oui, les horreurs se déroulant en Syrie doivent être dénoncées, oui l’islamisme doit être combattu partout où il se développe, mais la démarche de Jimmy Keyrouz est assurément très maladroite et ne convaincra que ceux qui le sont déjà par l’abus de clichés. C’est bien dommage car le sujet méritait traitement plus fin.

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 13 avril 2022

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© 2022 Ezekiel Film Production – Ginger Beirut Production / Affiche : Silenzio. Tous droits réservés.

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Jimmy Keyrouz, Tarek Yaacoub, Rola Baksmati, Mounir Maasri

Le test DVD :

Une édition SD classique d’un film dispensable. On est toutefois content que l’objet existe. Chronique effectuée à l’aide du produit définitif.

Compléments & packaging : 3 / 5

Le DVD est présenté dans un boitier classique sans fioritures. Au niveau des suppléments, l’éditeur nous propose un entretien de 12min avec Jimmy Keyrouz qui explique dans un français très fluide ses intentions et surtout la genèse très chaotique de son premier long. Ensuite, un court module de 2min le confronte à Gabriel Yared qui explique de manière très concise comment il a enregistré la musique du film à distance à cause de la Covid.

L’image : 3 / 5

Rendu classique pour une copie SD. Les couleurs sont plutôt chatoyantes, mais la définition est parfois un peu sommaire, ce qui apparaît de manière plus évidente lors des séquences plus sombres ou nocturnes. Pour apprécier le film en HD, il faudra donc passer par la case VOD.

Le son : 4 / 5

C’est le point fort de cette édition avec deux pistes en VOstf (2.0 et 5.1). La seconde est de loin la meilleure avec une bonne spatialisation de la musique, mais aussi une belle présence du caisson de basses lors des détonations et autres bombardements. On est vraiment plongés au cœur du conflit.

Test du DVD : Virgile Dumez

Le dernier piano, jaquette DVD

© 2022 Ezekiel Film Production – Ginger Beirut Production / Design : L’Atelier d’Images pour Blaq Out. Tous droits réservés.

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Le dernier piano, l'affiche

Bande-annonce de Le dernier piano (VOstf)

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