Malgré un ton hésitant, La rançon d’un trône est un drame bourgeois sympathique, notamment grâce à d’excellents comédiens.
Synopsis : Michael Ramsay tente de faire fortune dans le commerce du blé, sans se soucier de sa famille. Tandis qu’il est proche de la faillite, sa femme s’en va chercher un confort financier ailleurs.
Critique : Devenu un cinéaste incontournable au début des années 20, Cecil B. DeMille vient de connaître un franc succès avec Le détour (1922), savoureuse comédie sociale scénarisée par Jeanie Macpherson. Les deux complices choisissent donc de remettre le couvert cette fois-ci avec un drame bourgeois intitulé Adam’s Rib (La rançon d’un trône pour le titre français le plus fréquemment utilisé).
Afin d’avoir un impact commercial maximal, DeMille engage deux stars de l’époque pour tenir les rôles des deux époux qui s’affrontent. Tout d’abord, Milton Sills, grande vedette de Broadway qui connaît un succès régulier au cinéma depuis 1914, incarne le mari qui s’aperçoit qu’il est en train de perdre sa moitié. Ensuite, Anna Q. Nilsson, une des premières grandes stars du muet, joue cette épouse délaissée qui trouve refuge dans les bras d’un roi d’un pays de l’Europe de l’Est. DeMille peut également s’appuyer sur les prestations remarquables d’Elliott Dexter et de la jeune Pauline Garon qui interprètent respectivement un jeune intellectuel évanescent et la fille du couple, désireuse de sauver le mariage de ses parents.
A partir d’une intrigue qui pouvait tout aussi bien déboucher sur une comédie, voire un vaudeville, Macpherson et DeMille ont opté pour un drame bourgeois où les quiproquos ne déclenchent pas le rire, mais bien plutôt des tragédies en cascade. Toutefois, DeMille hésite à plusieurs reprises sur le ton à adopter. Ainsi, certains passages comiques font gentiment sourire, tandis que d’autres moments pincent le cœur. Il paraît donc hésitant, ce qui se retrouve lors d’une séquence centrale inutile qui projette le spectateur à l’époque de la Préhistoire.
Cet épisode, que l’on qualifiera de fantaisie historique pour ne pas être trop méchant, bénéficie d’un incroyable luxe de décors, mais s’avère finalement une simple illustration de la situation déjà évoquée précédemment. Certes, Cecil B. DeMille veut nous dire que les sentiments humains n’ont guère évolué depuis la création de l’humanité, mais ce propos est ici lourdement souligné. Ces dix minutes viennent non seulement rompre le rythme du récit, mais confirment ses hésitations quant au traitement à réserver au sujet.
Heureusement, si l’on fait abstraction de ces séquences inutiles, La rançon d’un trône est suffisamment bien réalisé, et surtout bien interprété pour que l’on se laisse encore séduire par ce drame pourtant très daté dans l’esprit. On notera d’ailleurs l’insistance de DeMille sur la menace que représente ici l’étranger, facteur de désordre. Il égratigne en même temps les révolutions communistes qui sévissent alors en Russie et dans certains pays d’Europe, confirmant son positionnement politique en faveur d’un modèle américain qu’il estime grandement.
Malgré un casting attractif, La rançon d’un trône n’a pas glané suffisamment de spectateurs dans les salles pour être pleinement rentable. En réalité, le coût de la séquence préhistorique a fortement alourdi le budget initial, ce qui a contribué à l’échec financier d’un film que le public n’avait tout simplement pas envie de voir. Toujours soucieux de publicité, Cecil B. DeMille lança au moment de la sortie une vaste campagne pour demander au public le sujet qu’il aimerait voir traité au cinéma. La réponse fut Les Dix Commandements et DeMille se mit dès lors au travail pour concrétiser cette demande. Le reste appartient à l’histoire du cinéma.
Acheter le film sur le site de l’éditeur
Critique de Virgile Dumez

© 1923 Famous Players-Lasky Corporation – Paramount Pictures. Tous droits réservés.