Sur fond d’inégalités dans la capitale la plus dangereuse au monde, Caracas, La Familia est un drame social exaltant et prenant.
Synopsis : Pedro, 12 ans, erre avec ses amis dans les rues violentes d’une banlieue ouvrière de Caracas. Quand il blesse gravement un garçon du quartier lors d’un jeu de confrontation, son père, Andrés, le force à prendre la fuite avec lui pour se cacher. Andrés découvre son incapacité à contrôler son fils adolescent mais cette nouvelle situation rapprochera père et fils comme jamais auparavant.
Critique : La familia constitue le premier long métrage de Gustavo Rondón Córdova, jeune cinéaste vénézuélien. Produit en 2016, le film a été présenté à la Semaine de la Critique à Cannes en 2017. Il aura fallu deux ans pour que le film soit visible sur les écrans français puisqu’il n’est sorti au cinéma qu’en avril 2019.

© Tamasa Distribution. Tous droits réservés
Pur drame social, dans la veine de l’œuvre des frères Dardenne par son côté inéluctable ou Ken Loach par son côté sociétal, La familia voit son action se situer à Caracas, capitale du Vénézuela, où les inégalités sociales sont particulièrement marquées. Soixante pour-cents des habitants s’entassent des quartiers où la misère est prégnante. Lien de cause à effet, Caracas est la capitale la plus dangereuse au monde, avec un taux de criminalité qui dépasse la raison.
Et c’est précisément dans ces quartiers pauvres que Rondón Córdova a posé sa caméra. S’il évite tout misérabilisme, le tableau qu’il dépeint fait froid dans le dos. Dès le début du film, on observe des enfants livrés à eux-mêmes, qui semblent s’amuser ensemble, histoire de tromper l’ennui. Ceci n’est qu’un leurre. A l’instar des adultes, il s’instaure un rapport de force entre dominants et dominés. Et comme pour leurs parents, ces jeunes ont une véritable passion pour les armes à feu. On sent que les choses peuvent vite déraper.
La violence enfantine est d’autant plus grave que ces jeunes constituent l’avenir d’une nation irrésistiblement tourné vers la violence. Le fait que le film soit entièrement tourné caméra à l’épaule confère à l’ensemble un aspect quasi documentaire qui accentue le malaise.
La familia est un drame où la violence enfantine fait froid dans le dos.

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Un autre point saillant mis en évidence par Rondón Córdova est celui des travailleurs pauvres. Andrés, le père du jeune Pedro, est obligé de multiplier les petits boulots et larcins en tous genres pour (sur)vivre.
Le contraste est saisissant entre la situation des personnes vivant dans des endroits malfamés et la classe moyenne profitant d’un statut bien plus enviable. La scène durant laquelle Andrés fait office de serveur est caractéristique : elle établit à nouveau le rapport de dominant-dominé décrit plus haut, mais cette fois-ci à hauteur d’adultes. Dans cette société où la fracture sociale n’est pas un vain mot, tout se monnaye. Dès lors l’inimaginable et le sordide peuvent survenir à n’importe quel moment. Si les rares scènes de violence ont lieu hors champ, on sent une tension permanente.
A cet égard, la deuxième partie est celle d’une fuite en avant pour Andrés et Pedro, obligés de quitter leur quartier. Avec une technique éprouvée mais efficace (caméra à l’épaule, plans rapprochés), Rondón Córdova transforme son drame social en une sorte de road-movie. Cela permet d’approfondir la relation contrariée entre un père et son fils, qui ne se comprennent pas. On suit avec intérêt leurs pérégrinations inquiets de leur devenir, alors que la tragédie rode.

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Si ce film est réussi, il le doit notamment à la performance de premier plan de ses acteurs. Le jeune Reggie Reyes, acteur non-professionnel, est bluffant de naturel. Quant à Giovanni Garcia, incarnant la figure paternelle, il trouve constamment la bonne mesure dans son jeu d’homme maladroit dans la relation conflictuelle mais aussi protectrice à l’égard de son fils.
Comme on peut s’en douter, Le titre du film a été choisi de manière délibéré. Et cela n’est pas anodin si ce long métrage s’achève sur le regard de Pedro. On avait débuté le film avec des enfants, on le termine avec un enfant. Mais les choses ont beaucoup évolué. Faut-il y voir une forme d’espoir pour Pedro et plus généralement pour le Venezuela ?
Test DVD

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Après sa sortie discrète, c’est le distributeur même du film, Tamasa, qui propose le film en vidéo. Un choix éditorial courageux qui mérite d’être souligné.
Compléments : 2/5
Le principal bonus est un making of de 24 minutes, datant de février 2016, dans lequel l’on retrouve les principaux protagonistes, acteurs, réalisateur, directeur photo. Outre des interviews balisées qui se limitent souvent à rappeler ce que l’on a vu dans le film, ils se livrent à quelques anecdotes, notamment concernant le recrutement des enfants. Les différentes séquences d’interviews sont émaillées d’images du tournage.
L’autre bonus est le film annonce (1mn46) en version originale sous-titrée français.
On notera la présence d’un livret de 16 pages illustré où le réalisateur revient sur son film dans le détail.
Image : 3/5
L’image peut paraître un peu trop granuleuse mais c’est une volonté délibérée du réalisateur, ayant fait ce choix afin de renforcer l’aspect documentaire de l’ensemble. Pas de version HD pour le format physique.
Son : 3/5
Une piste en Dolby Digital 2.0, pas très puissante mais largement suffisamment dynamique pour un petit film d’auteur tel que La familia aux prétentions moindres. Evidemment, ce long métrage quelque peu confidentiel est proposé uniquement en version originale sous-titrée français. Il n’a pas été doublé.
Critique : Nicolas Bonnes
