La cravate : la critique du film (2020)

Documentaire | 1h37min
Note de la rédaction :
9/10
9
La cravate, l'affiche du documentaire

  • Réalisateur : Mathias Théry Etienne Chaillou
  • Date de sortie: 05 Fév 2020
  • Nationalité : Français
  • Distributeur : Nour Films
  • Éditeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Box-office France / Paris-périphérie : A suivre
  • Festival : États Généraux du Film Documentaire - Lussas, 2019 / Festival Un État du Monde - Forum des Images, Paris, 2019 / Prix du documentaire - Festival International du Film Politique - Carcassonne, 2019
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La cravate est un documentaire politique salutaire qui décrypte sans parti pris le mécanisme d’une idéologie politique extrémiste à travers le portrait loyal d’un jeune militant.

Synopsis : Bastien a vingt ans et milite depuis cinq ans dans le principal parti d’extrême droite. Quand débute la campagne présidentielle, il est invité par son supérieur à s’engager davantage. Initié à l’art d’endosser le costume des politiciens, il se prend à rêver d’une carrière, mais de vieux démons resurgissent.

Critique : Bien installé dans un confortable fauteuil, face à la caméra, un jeune homme au visage rond encore tout empreint de l’enfance éclairé d’un sourire timide lit un texte écrit par Etienne Chaillou et Mathias Théry à qui l’on doit le captivant La sociologue et l’ourson tourné en 2016 après les nombreux débats autour du mariage pour tous.

Se démarquant de la forme classique du documentaire politique, les réalisateurs abandonnent l’idée de n’être que des enquêteurs. Ils lui préfèrent la posture de l’écrivain, celle qui permet la distance nécessaire entre le personnage et l’observateur, pour dresser le portrait le plus fin et le plus juste possible de ce jeune homme qui dort avec un portrait de Marine Le Pen au-dessus de son lit.

En gage d’authenticité, Bastien commente, conteste, s’esclaffe face à ces images tournées quelques mois plus tôt et qui le racontent en toute transparence, et même oserait-on dire en toute innocence, sur fond de texte littéraire à l’élégance romanesque.

La cravate de Mathias Théry et Etienne Chaillou

Copyrights : Nour Films – Quark

« Le nœud est à la cravate ce que le cerveau est à l’homme », disait La Rochefoucauld

Dans sa Picardie natale, Bastien commence par distribuer des tracts pour ce qui s’appelait encore le Front national. Il est souvent en butte au mépris mais s’en moque, sûr du bien-fondé de sa démarche. Il est alors remarqué par Eric, le chef de la section des jeunes d’Amiens, un jeune arriviste un peu plus âgé que lui qui aura tôt fait d’exploiter sa droiture et son dévouement. Grâce à lui, il rencontre Florian Philippot qui lui confie la réalisation d’une vidéo, alors que la campagne présidentielle de 2017 bat son plein. Peu conforme aux lois du marketing dont Bastien ignore tout, elle n’a pas l’effet escompté. Lui qui espérait grimper les échelons de la hiérarchie, comprend que pour un garçon aussi peu roué que lui, le parcours s’annonce semé d’embûches. Alors qu’il rêve d’autorité, de reconnaissance et de respectabilité, il découvre, qu’à l’instar de nombreux partis politiques, le FN conjugue essentiellement soif de pouvoir et intérêt financier. La caméra le filme, isolé et mal à l’aise lors d’un meeting, tandis que la voix off, retranscrivant ses doutes et ses interrogations, nous éclaire sur les rouages du parti. Car sa relation au FN nous renseigne bien mieux qu’un discours idéologique ou un débat d’idées sur l’essence même de ce mouvement aux idées contestables.

Peu à peu ce costume-cravate si fièrement endossé lui pèse et au fur et à mesure que les incertitudes l’envahissent, notre empathie pour lui grandit. Le texte nous dévoile alors sobrement sa rupture avec le système scolaire qui l’a rejeté, ses échecs amoureux, son isolement familial et amical qui le poussent à rejoindre un groupe de skinheads dont les méthodes le révulsent mais la puissance le fascine. Un constat d’ostracisme qui pousse les auteurs à s’immiscer avec discrétion, sans la moindre intention de jugement, au cœur de la frénésie de milliers de partisans agitant le drapeau tricolore et scandant « On est chez nous ». L’allure bonhomme de ce gamin perdu dans un monde d’hostilités, la douceur de son regard malgré la brutalité des propos énoncés font de lui le symbole de tous ceux qui, la faute à une histoire personnelle chaotique, se laissent berner par des pratiques contraires à leurs idéaux. Penser qu’enfiler une cravate suffirait à faire de lui un homme respectable et respecté témoigne d’un égarement que sa sincérité rend néanmoins touchant.

Ce portrait intelligemment dressé d’un jeune homme à la fois victime et coupable révèle sans fard ni compassion toute la béance d’une France de plus en plus fracturée et fait de ce film un document essentiel.

Critique : Claudine Levanneur 

Sorties de la semaine du 5 février 2020

La cravate, l'affiche du documentaire

Affiche : Le Cercle Noir pour Fidelio – Copyrights : Quark

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La cravate, l'affiche du documentaire

Bande-annonce de La cravate

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