La camarista : la critique du film (2019)

Drame | 1h42min
Note de la rédaction :
9/10
9
a camarista_affiche_francaise

  • Réalisateur : Lila Avilés
  • Acteurs : Gabriele Cartol, Teresa Sanchez
  • Date de sortie: 17 Avr 2019
  • Nationalité : Mexicain
  • Distributeur : Bodega Films
  • Editeur vidéo :
  • Date de sortie vidéo :
  • Classification : Tous publics
  • Box-office France 1 595 entrées
  • Festivals : Toroton International Film Festival (2018), CinéLatino Toulouse 2019
Note des lecteurs

La Camarista est l’un des plus beaux portraits de femmes proposés par le cinéma mexicain.

Synopsis : Eve, une jeune femme de chambre, travaille dans un luxueux hôtel de la ville de Mexico. Pour trouver la force et le courage nécessaires d’affronter sa monotonie quotidienne, elle s’évade à diverses fantaisies à travers les objets personnels laissés par les clients de l’hôtel.

Critique : Comédienne et metteur en scène de pièces de théâtre et d’opéras, Lila Avilés signe avec La Camarista sa première réalisation de cinéma. C’était d’ailleurs au départ un projet conçu pour la scène, inspiré d’un livre de la vidéaste française Sophie Calle. Les deux femmes ont d’ailleurs en commun d’avoir fréquenté un grand hôtel pour puiser leur inspiration. Si Sophie Calle avait réussi à se faire engager comme femme de chambre afin de photographier des effets personnels oubliés par la clientèle, Lila Avilés a quant à elle observé les salariées de l’hôtel le Presidente (futur lieu de tournage du film) pour forger son regard d’artiste tout en construisant progressivement le personnage d’Eve. Structuré comme un ensemble de saynètes en huis clos (la caméra ne quitte jamais l’hôtel, l’extérieur n’étant perçu que par des vues de l’établissement), refusant de s’apitoyer sur son personnage, La Camarista ne saurait être appréhendé comme un simple documentaire sur le métier d’agent d’entretien dans l’hôtellerie de luxe, et encore moins comme une dénonciation de leurs conditions de travail aliénantes. Le sort d’Eve et de ses collègues n’est d’ailleurs pas présenté comme réellement alarmant : une formation diplômante financée par l’employeur et l’attitude plutôt bienveillante de la hiérarchie évoquent plutôt un néo-paternalisme.

Copyrights : Foprocine – Imcine – Limerencia – Bodega Films

Certes, le regard entomologiste de la cinéaste est d’une rare précision dans la description de faits et gestes répétitifs et peu épanouissants pour la protagoniste, mais Lila Avilés ne dévoile ni une fiction militante à la Ken Loach, ni un drame sous tension à la manière des Dardenne, même si une caméra filmant le dos d’actrices se déplaçant dans les couloirs peut évoquer certains aspects stylistiques des deux réalisateurs belges. Mais s’il y avait une influence à citer, ce serait plutôt celle de l’humour pince-sans-rire d’un Kaurismäki, surtout dans les séquences révélant le supposé vice d’Eve : une tendance au voyeurisme et au fétichisme, et occasionnellement à l’exhibitionnisme, qui met en lumière une femme frustrée ne vivant que par le biais du résidu des autres. Une jupe rouge convoitée aux objets trouvés ou un chargeur de smartphone égaré prennent ainsi une importance déterminante pour l’anti-héroïne. Par moments, le récit semble emprunter une voie plus étrange voire inquiétante : quand un client VIP hargneux ne cesse de réclamer des serviettes et savons, ou lorsqu’une bourgeoise se dénude devant Eve en lui confiant son bébé le temps d’une douche. Avec subtilité, Lila Avilés évite les pièges narratifs que ces faux rebondissements de l’action semblaient suggérer, préférant se focaliser sur le leitmotiv initial. « Il me paraissait important, dans un monde qui va toujours trop vite, où les gens travaillent en permanence et passent leur temps sur leurs téléphones portables, de suivre un personnage parfois invisible aux yeux des autres », a-t-elle déclaré. Sans féminisme ostensible ni démarche démonstrative, son premier film est de surcroît l’un des plus beaux portraits de femmes proposés par le cinéma mexicain.

Critique de Gérard Crespo

Les sorties de la semaine du 17 avril 2019

Copyrights : Foprocine – Imcine – Limerencia – Bodega Films

Trailers & Vidéos

trailers
x
a camarista_affiche_francaise

Bande annonce de La camarista

Drame

x