Joel une enfance en Patagonie est une œuvre touchante sur l’adoption et la discrimination, qui montre la capacité de Carlos Sorín à investir le terrain du mélodrame social.
Synopsis : Ne pouvant pas avoir d’enfant, Cecilia et Diego, qui viennent d’emménager dans une petite ville de la Terre de Feu, attendent depuis longtemps de pouvoir adopter. Alors qu’ils n’y croyaient plus, l’arrivée soudaine de Joel, un garçon de 9 ans au passé tourmenté, va bouleverser leur vie et l’équilibre de toute la petite communauté provinciale.
Le cinéaste adopte le point de vue d’une famille de la classe moyenne supérieure
Critique : Auteur majeur du cinéma argentin, Carlos Sorín s’est spécialisé dans un cinéma intimiste dénonçant les disparités sociales : Historias mínimas (2002), Bombón el perro (2004) et Jour de pêche en Patagonie (2012) en furent les jalons. Joel (qui n’est pas la suite de Jour de pêche…) s’inscrit dans la même veine mais le cinéaste adopte ici le point de vue d’une famille de la classe moyenne supérieure, à travers le regard de Cecilia.
Professeure de piano ouverte et progressiste, elle forme avec Diego, ingénieur, un couple solide et serein, et l’imminence d’une adoption les rapproche. On peut penser que Carlos Sorín s’est fortement identifié à ce personnage la fois calme et combatif, bienveillant mais intransigeant avec ses valeurs. Le projet du film est d’ailleurs né d’une expérience personnelle.
Joel une enfance en Patagonie dénonce l’hypocrisie du système éducatif
« À la crèche de mon petit-fils, l’arrivée d’un enfant a révolté les parents, car sa mère ayant le sida ils avaient peur que lui aussi soit séropositif. Ça m’a paru d’une dureté scandaleuse, mais j’ai aussi compris que nous sommes tous victimes de préjugés sociaux, raciaux et culturels enracinés dans notre société », a ainsi déclaré le réalisateur. S’il n’est pas question de maladie dans le scénario de Joel, Sorín met en avant la stigmatisation et le refus de mixité sociale au nom de la protection et de la sécurité des enfants.
Le métrage parvient ainsi à mettre en avant les hypocrisies du système éducatif, qui sous couvert de discours d’épanouissement et d’éducation pour tous en vient paradoxalement à écarter les enfants socialement différents et les cantonner dans des ghettos scolaires. Certes Joel n’évite pas toujours les écueils du film à thèse (la réunion avec les parents d’élèves étriqués et intolérants) et la méticulosité avec laquelle le cinéaste reconstitue la procédure administrative et juridique d’adoption casse un peu l’émotion, un défaut que l’on pouvait reprocher aussi à Pupille de Jeanne Herry, sur un thème similaire.
Un jeune acteur qui crève l’écran
Mais le film reste intéressant dans son mélange de documentaire social et de mélodrame familial, un genre dans lequel Sorín s’était peu investi jusqu’à présent, et la seconde partie est vraiment percutante.
Loin du cabotinage de la plupart des enfants acteurs, le jeune Joel Noguera est étonnant. Le réalisateur l’a découvert dans la boulangerie d’un petit village de Patagonie : le jeune garçon, issu comme son personnage d’un milieu très défavorisé, abordait les clients en leur demandant de lui acheter une pâtisserie. Il crève l’écran dans la peau du mystérieux et silencieux petit Joel par qui le scandale arrive.
Critique : Gérard Crespo
