Ingeborg Holm : la critique du film (1913)

Drame, Mélodrame | 1h10min
Note de la rédaction :
8/10
8
Ingerborg Holm de Victor Sjöström

  • Réalisateur : Victor Sjöström
  • Acteurs : Hilda Borgström
  • Date de sortie: 27 Oct 1913
  • Année de production : 1913
  • Nationalité : Suédois
  • Titre original : Ingeborg Holm
  • Titres alternatifs : Il calvario di una madre (Italie), Giv os i Dag (Danemark), .és add meg a mi mindennapi kenyerünket (Hongrie)
  • Scénariste : Nils Krok
  • D'après la pièce : Ingeborg Holm de Nils Krok
  • Directeur de la photographie : Henrik Jaenzon
  • Acteurs : Hilda Borgström, Georg Grönroos, William Larsson, Aron Lindgren, Erik Lindholm, Richard Lund, Hugo Björne, Bertil Malmstedt, Thure Holm, Hugo Tranberg, Axel Janse, Robert Johnson, Ruth Weijden
  • Compositeur : David Drazin
  • Producteurs : -
  • Sociétés de production : AB Svenska Biografteatern (Stockholm)
  • Distributeur : -
  • Distributeur reprise : -
  • Date de sortie reprise : -
  • Editeur vidéo : -
  • Date de sortie vidéo : -
  • Formats : 1.33:1 / Noir et blanc (1975m - 35mm) / Muet, Mono
  • Festivals et récompenses : La Cinémathèque Française: Festival Toute la mémoire du monde (2016)
  • Illustrateur / Création graphique : © Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © Tous droits réservés / All rights reserved
Note des spectateurs :

Peu connu, surtout en France, Ingeborg Holm est un grand mélodrame social, daté évidemment, mais encore efficace et porté par une mise en scène inventive.

Synopsis : Dans la Suède rurale de la fin du XIXème siècle, une femme démunie à la suite du décès de son mari se voit obligée d’entrer à l’hospice et d’abandonner ses enfants.

Critique : En fouillant dans les entrailles de Netflix, le cinéphile peut dénicher des trésors inattendus, parmi lesquels ce Ingeborg Holm, du nom de sa malheureuse héroïne. C’est l’un des rares films anciens de Sjöström conservés après un incendie survenu en 1941. Un miracle donc, et qui prouve la maîtrise ancienne du réalisateur suédois, bien avant les œuvres qui l’ont rendu célèbre (La Charrette fantôme, et plus tard, aux USA, l’admirable Le Vent). Il décrit ici avec un grand luxe de détails la descente aux enfers d’une mère devenue veuve et indigente. Chaque acte (le film est tiré d’une pièce de Nils Krok et en conserve le découpage) est une avancée dans le désespoir, depuis la mort du mari jusqu’à son enfant placé qui ne la reconnaît pas. Femme martyr, Ingeborg Holm est surtout la victime d’une société qui maltraite ses pauvres, les méprise et les parque. De ce point de vue, le métrage est d’une dureté et d’une rigueur implacables : jusqu’aux dernières images et une fin heureuse un peu forcée, la raideur du « Bureau national de lutte contre la pauvreté » ne souffre pas d’exception. Dès son apparition à l’écran, ce bureau est présenté comme une prison (barrière à l’entrée, gardes omniprésents) et le lieu du triomphe d’une administration inhumaine : les enfants sont placés dans des familles différentes, on s’indigne d’avoir à payer pour la traque de l’héroïne quand elle s’évade, et on refuse de débourser la somme nécessaire à l’opération de sa fille. Arrogants, les fonctionnaires sûrs de leur bon droit regardent très peu leur victime, préoccupés qu’ils sont par une organisation qui ne prend pas la personne en compte.

De ce mélodrame poignant, Sjöström tire une œuvre soignée dans les détails, plastiquement impressionnante : certes, nous sommes en 1913 (donc avant la « révolution » Naissance d’une nation), et le plan fixe est la règle : à peine, sauf erreur, note-t-on un léger recadrage au début. Mais cette contrainte semble dynamiser l’image par l’utilisation riche des décors, de la profondeur de champ et des lignes de fuite très étudiées. Ainsi la mort du mari a-t-elle lieu pendant que, dans le fond, les enfants jouent avec un bateau dans une bassine. À leur appartement grouillant de vie vont succéder des enfermements cruels : le Bureau, le dortoir et, pire, la remarquable séquence de l’hôpital psychiatrique. Même les scènes extérieures, notamment l’évasion d’Ingeborg Holm, jouent sur des grandes étendues désertées. En fait, plus le film avance, plus le décor se vide des humains. Il faut revenir dans des intérieurs (les maisons d’accueil) pour retrouver un semblant de chaleur.

Par rapport à nombre de films des années 1910, celui-ci surprend par le jeu très retenu des comédiens. Malgré l’aspect mélodramatique, ils restent sobres ; on imagine que Sjöström a refusé les grands gestes théâtraux comme les grimaces excessives ; cela ne contribue pas qu’un peu à l’émotion qui se dégage, malgré les années, de cette œuvre dont on dit qu’elle aurait contribué, par son immense succès mondial, à faire évoluer la législation.

Critique : François Bonini

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Ingerborg Holm de Victor Sjöström

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