In Fabric, de par sa beauté fatale d’objet filmique de l’étrange, se classe aisément dans la haute couture du fantastique. Le meilleur film de Peter Strickland, réalisateur culte de Berberian Sound Studio.
Synopsis : La boutique de prêt-à-porter Dentley & Soper’s, son petit personnel versé dans les cérémonies occultes, ses commerciaux aux sourires carnassiers. Sa robe rouge, superbe, et aussi maudite qu’une maison bâtie sur un cimetière indien. De corps en corps, le morceau de tissu torture ses différent(e)s propriétaires avec un certain raffinement dans la cruauté.
Red Evil Terror
Critique : Loin du téléfilm ennuyeux de Tobe Hooper en 1990, Red Evil Terror (Robe de sang, en VHS, en France), dont le scénario chétif portait également sur une malédiction vestimentaire, le cinéaste britannique Peter Strickland parvient avec son quatrième long, In Fabric, à mettre en scène une robe rouge possédée pour la plus grande fascination de nos sens : réalisation élaborée, script tortueux, atmosphère intemporelle assumée… cette production se situe loin du tout-venant commercial des grandes surfaces du cinéma de genre pour satisfaire l’exigence d’une confection artisanale unique.

© Rook Films Fabric LTD, The British Film Institute Broadasting Corporation 2018
Avec son sens du fétichisme de la texture sonore, du velours feutré et du rythme somnolent, Strickland hypnotise le spectateur avec maestria en relatant le parcours étrange d’une tenue rubiconde trouvée par une quinquagénaire britannique, dans une boutique caritative, qui va lui coller à la peau. La formidable Marianne Jean-Baptiste, révélée par Mike Leigh, joue la première victime de cette robe obsessionnelle qui nous fait passer par tous les trucs de cinéma les plus sophistiqués, des effets spéciaux à la photographie ; tout est dans la gamme haute pour participer à une forme de cinéma total, où les arts narratifs et visuels ne sont jamais dévalués au profit de la formule.

©Rook Films Fabric LTD, The British Film Institute Broadasting Corporation 2018
In fabric confectionne un fantastique de haute couture
Sans aller jusqu’à l’épure d’un trip 100% arty, celui de ses précédents longs qui pouvaient paraître plus hermétiques et austères, à savoir le saphique The Duke of Burgundy et le giallo statique Berberian Sound Studio, l’auteur qui filme pour la première fois son pays s’ouvre à un cinéma plus accessible, et pourtant très loin des exigences d’un public jeune amateur de ce mauvais genre. La critique sous-jacente du capitalisme dans cet impitoyable monde du commerce, est surtout l’occasion d’un scénario choral particulièrement bien fondé et amusé par ses propres trouvailles (la machine à laver furieuse), où chaque élément est le relais d’événements toujours plus inattendus qui ne tempèrent jamais notre curiosité.
Avec sa beauté fatale d’objet filmique de l’étrange, In Fabric nous a dans la peau et se classe aisément dans la haute couture du fantastique.
Critique : Frédéric Mignard
SORTIES DE LA SEMAINE DU 20 NOVEMBRE 2019

©Rook Films Fabric LTD, The British Film Institute Broadasting Corporation 2018