Hard Candy, c’est l’esprit Sundance, au service d’un script malin et éprouvant prêt à casser des coucougnettes. Les spectateurs mâles ne s’en remettront pas. Le classement des films de l’année 2006 non plus.
Synopsis : Hayley et Jeff se sont connus sur internet. Elle est une très belle adolescente de quatorze ans, et lui un séduisant photographe trentenaire. C’est elle qui a suggéré d’aller chez lui pour être plus tranquille, elle qui a voulu qu’il prenne quelques photos, elle qui leur a servi à boire et a commencé à retirer ses vêtements… Lorsqu’il se réveille, Jeff est ligoté. Il va connaître l’horreur avec un grand H !
2006, l’année du cinéma trash
Critique : Wolf creek, The devil’s rejects, Taxidermie, La colline a des yeux, The descent… Le cinéma horrifique devenait-il fou en 2006 ? Qu’il soit divertissement ou pur produit cérébral, il osait de plus en plus abattre les limites de la bienséance et du bon goût, en confrontant son audience aux instincts primaires les plus vils avec un succès épatant.

© 2005 Vulcan Productions Inc, Lions Gate Inc, Metropolitan FilmExport – Tous droits réservés
#MeToo avant l’heure
Hard Candy rejoint fièrement la liste des productions citées plus haut après avoir causé bien des remous, un an et demi plus tôt, lors de sa première mouvementée à Sundance où il divisa les festivaliers et les critiques. Petit bijou du cinéma transgressif indépendant au budget dérisoire (moins d’un million de dollars), Hard Candy s’aventure sur le territoire glissant de la pédophilie avec une ironie féroce et originale, retournant la sempiternelle trame de prédation sexuelle comme une crêpe. Ainsi le bourreau pédophile devient la victime torturée de sa proie initiale, une jeune fille de quatorze ans, vindicative et perverse, qui incarne ouvertement la voix des femmes et des adolescentes molestées, bien longtemps avant le mouvement #MeToo auquel l’actrice, Ellen Page, deux avant Juno, alors toute jeune, apportera sa voix.
Ellen Page et Patrick Wilson, des révélations d’exception
Le duo de comédiens au centre du récit est solide, voire fulgurant. Il fallait bien cela pour faire de cette œuvre une réussite singulière, puisque tout repose sur ses épaules. Ellen Page, l’ado garçonne au visage d’éternelle enfant, déblatère un discours adulte et réfléchi avec malice et sensualité. Une Némésis aux traits de gamine, irréelle, sans aucun background rationnel pour justifier sa présence chez cet homme, ni même son existence. Son courtisan de trente-deux ans, au passé trouble et au charme malsain, est interprété par Patrick Wilson. Ce dernier, qui éclatait le même mois en France dans Little Children, est littéralement habité par son rôle qui le mène aux pires souffrances que puisse connaître la gent masculine lors d’une scène anthologique. La tension de ce huis clos à base de séquestration et d’humiliation atteint alors son paroxysme ; dès lors, Misery de Rob Reiner (1990), et ses scènes de torture, n’est pas loin de passer pour un conte de fées à côté.

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Hard Candy, une sucrerie âpre et sans état d’âme
Bien sûr, accepter de croquer dans ce bonbon acerbe et au cœur dur n’est pas une évidence pour le spectateur. Il peut s’y casser quelques dents s’il compte y trouver de l’action et une surenchère de plans sanglants, le film n’étant pas comestible en tant que série B horrifique traditionnelle destinée à une cible de lycéens. Hard Candy, satire cruelle et critique virulente de son époque, ne vit que par sa fureur sourde et l’intense sentiment d’oppression qu’il génère. Ne soyons pas voyeurs ; l’horreur est ici verbale, voire verbeuse, et infiniment plus effroyable dans son refus de s’adonner à la facilité du gore. C’est l’œuvre d’un auteur, David Slade (30 jours de nuit), dont il s’agissait alors du premier long, récompensé à Sundance et par un certain succès public dans son pays d’origine (il est britannique). Slade faisait alors montre, non seulement d’audace mais aussi d’un sens de la mise en scène brillant. L’emballage de sa sucrerie amère est soigné, chaque plan étant ici rigoureusement travaillé. Les années du cinéaste passées à façonner des clips vidéo pour des grands noms de la Brit pop lui ont servi de base solide.
Hard Candy, petit budget et joli succès en vidéo, est une vraie pépite génératrice de rires gênés, que peu de gens ont vu en salles. Pourtant, il s’agit bien de pur cinéma, féroce et déroutant, qui illustre bien le malaise des générations dans une société où le jeunisme de l’adulte côtoie le cynisme prématuré de l’adolescent à qui la société de consommation a volé toute sa candeur.
Sorties de la semaine du 27 septembre 2006
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