Hard Candy : la critique du film (2006)

Thriller, Comédie noire | 1h43min
Note de la rédaction :
8/10
8
Hard Candy, affiche du film

  • Réalisateur : David Slade
  • Acteurs : Patrick Wilson, Elliot Page
  • Date de sortie: 27 Sep 2006
  • Nationalité : Américain
  • Scénariste : Brian Nelson
  • Société de production : Lions Gate Films, Inc, Vulcan Productions, Launchprad Productions
  • Distributeur : Metropolitan FilmExport
  • Editeur vidéo : Metropolitan FilmExport Vidéo
  • Date de sortie DVD : 10 mai 2007
  • Budget : 950 000 $
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 77 678 entrées / 34 322 entrées
  • Box-office USA : 1 024 640$
  • Classification : Interdit aux moins de 16 ans
  • Format : 2.35 : 1 / DTS - Dolby Digital
  • Festival : Festival de Sundance (2005), Festival du film américain de Deauville 2006, Festival de Sitges 2006 (3 prix dont meilleur film)
Note des spectateurs :

Hard Candy, c’est l’esprit Sundance, au service d’un script malin et éprouvant prêt à casser des coucougnettes. Les spectateurs mâles ne s’en remettront pas. Le classement des films de l’année 2006 non plus.

Synopsis : Hayley et Jeff se sont connus sur internet. Elle est une très belle adolescente de quatorze ans, et lui un séduisant photographe trentenaire. C’est elle qui a suggéré d’aller chez lui pour être plus tranquille, elle qui a voulu qu’il prenne quelques photos, elle qui leur a servi à boire et a commencé à retirer ses vêtements… Lorsqu’il se réveille, Jeff est ligoté. Il va connaître l’horreur avec un grand H !

2006, l’année du cinéma trash

Critique : Wolf creekThe devil’s rejectsTaxidermieLa colline a des yeuxThe descent… Le cinéma horrifique devenait-il fou en 2006 ? Qu’il soit divertissement ou pur produit cérébral, il osait de plus en plus abattre les limites de la bienséance et du bon goût, en confrontant son audience aux instincts primaires les plus vils avec un succès épatant.

Ellen Page dans le thriller de David Slade, Hard Candy

© 2005 Vulcan Productions Inc, Lions Gate Inc, Metropolitan FilmExport – Tous droits réservés

#MeToo avant l’heure

Hard Candy rejoint fièrement la liste des productions citées plus haut après avoir causé bien des remous, un an et demi plus tôt, lors de sa première mouvementée à Sundance où il divisa les festivaliers et les critiques. Petit bijou du cinéma transgressif indépendant au budget dérisoire (moins d’un million de dollars), Hard Candy s’aventure sur le territoire glissant de la pédophilie avec une ironie féroce et originale, retournant la sempiternelle trame de prédation sexuelle comme une crêpe. Ainsi le bourreau pédophile devient la victime torturée de sa proie initiale, une jeune fille de quatorze ans, vindicative et perverse, qui incarne ouvertement la voix des femmes et des adolescentes molestées, bien longtemps avant le mouvement #MeToo auquel l’actrice, Ellen Page, deux avant Juno, alors toute jeune, apportera sa voix.

Ellen Page et Patrick Wilson, des révélations d’exception

Le duo de comédiens au centre du récit est solide, voire fulgurant. Il fallait bien cela pour faire de cette œuvre une réussite singulière, puisque tout repose sur ses épaules. Ellen Page, l’ado garçonne au visage d’éternelle enfant, déblatère un discours adulte et réfléchi avec malice et sensualité. Une Némésis aux traits de gamine, irréelle, sans aucun background rationnel pour justifier sa présence chez cet homme, ni même son existence. Son courtisan de trente-deux ans, au passé trouble et au charme malsain, est interprété par Patrick Wilson. Ce dernier, qui éclatait le même mois en France dans Little Children, est littéralement habité par son rôle qui le mène aux pires souffrances que puisse connaître la gent masculine lors d’une scène anthologique. La tension de ce huis clos à base de séquestration et d’humiliation atteint alors son paroxysme ; dès lors, Misery de Rob Reiner (1990), et ses scènes de torture, n’est pas loin de passer pour un conte de fées à côté.

Patrick Wilson dans le film choc, Hard Cnady

© 2005 Vulcan Productions Inc, Lions Gate Inc, Metropolitan FilmExport – Tous droits réservés

Hard Candy, une sucrerie âpre et sans état d’âme

Bien sûr, accepter de croquer dans ce bonbon acerbe et au cœur dur n’est pas une évidence pour le spectateur. Il peut s’y casser quelques dents s’il compte y trouver de l’action et une surenchère de plans sanglants, le film n’étant pas comestible en tant que série B horrifique traditionnelle destinée à une cible de lycéens. Hard Candy, satire cruelle et critique virulente de son époque, ne vit que par sa fureur sourde et l’intense sentiment d’oppression qu’il génère. Ne soyons pas voyeurs ; l’horreur est ici verbale, voire verbeuse, et infiniment plus effroyable dans son refus de s’adonner à la facilité du gore. C’est l’œuvre d’un auteur, David Slade (30 jours de nuit), dont il s’agissait alors du premier long, récompensé à Sundance et par un certain succès public dans son pays d’origine (il est britannique). Slade faisait alors montre, non seulement d’audace mais aussi d’un sens de la mise en scène brillant. L’emballage de sa sucrerie amère est soigné, chaque plan étant ici rigoureusement travaillé. Les années du cinéaste passées à façonner des clips vidéo pour des grands noms de la Brit pop lui ont servi de base solide.

Hard Candy, petit budget et joli succès en vidéo, est une vraie pépite génératrice de rires gênés, que peu de gens ont vu en salles. Pourtant, il s’agit bien de pur cinéma, féroce et déroutant, qui illustre bien le malaise des générations dans une société où le jeunisme de l’adulte côtoie le cynisme prématuré de l’adolescent à qui la société de consommation a volé toute sa candeur.

Sorties de la semaine du 27 septembre 2006

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Hard Candy, affiche du film

© 2005 Vulcan Productions Inc, Lions Gate Inc, Metropolitan FilmExport

Box-office de Hard Candy

Avec 2 657 entrées dans 18 cinémas parisienss, Hard Candy de David Slade réalisait un démarrage timide, diminué il est vrai par une très lourde interdiction aux moins de 16 ans. Il affrontait le blockbuster du rire Le diable s’habille en Prada (triomphal, avec 31 499 entrées sur Paris pour son premier jour), et Indigènes.

Avec une première semaine sur la capitale à 19 625 entrées et une entrée dans le top 10 de justesse en 10e place, le film se devait de bénéficier d’un bon bouche-à-oreille, mais il perdait la semaine suivante 50% de sa fréquentation sur un marché urbain où le buzz ne prit pas.

Victime de la concurrence directe de deux films indépendants présentés comme lui à Deauville, Little Miss Sunshine et Thank you for Smoking (du futur réalisateur de Juno qui allait faire d’Ellen Page une vedette internationale !), Hard Candy ne suscite aucune réaction positive en province, avec un total France de 44 431 spectateurs à l’issue de cette première semaine dans 93 cinémas. Son coefficient Paris-Province est faible (2.3) et en deuxième semaine, il le demeurera avec 22 843 spectateurs sur 83 sites.

La catastrophe intervient en troisième semaine. Hard Candy perd alors 60% de ses écrans et 63% de sa fréquentation (8 495 entrées, total France de 75 769). Le thriller sadique ne restera à l’affiche que quatre semaines au total. Metropolitan FilmExport réussira en revanche à mieux imposer la légitimité du film en DVD.

Aux USA, avec un million de dollars, la production Lions Gate a remboursé son budget, mais n’a pas fait de vague, loin de là, puisque la France a quasiment généré 500 000$ de recettes avec très peu d’entrées. In fine, c’est au Royaume-Uni que la pépite ténébreuse de Sundance s’en sortira le mieux, avec 3 millions de dollars de recettes, probablement en raison de la nationalité britannique de son auteur.

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Hard Candy, affiche du film

Bande-annonce de Hard Candy

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