En eaux troubles (The Meg) : la critique du film (2018)

Epouvante, Aventures, Action, Film de monstre | 1h53min
Note de la rédaction :
6/10
6
En eaux troubles, cover VOD

  • Réalisateur : Jon Turteltaub
  • Acteurs : Jason Statham, Ruby Rose, Cliff Curtis, Rainn Wilson
  • Date de sortie: 22 Août 2018
  • Nationalité : Américain, Chinois
  • Titre original : The Meg
  • Titres alternatifs :
  • Année de production : 2017
  • Scénariste(s) : Dean Georgaris, Jon Hoeber, Erich Hoeber d'après le roman de Steve Alten
  • Directeur de la photographie : Tom Stern
  • Compositeur : Harry Gregson-Williams
  • Société(s) de production : Apelles Entertainment
  • Distributeur (1ère sortie) : Warner Bros France
  • Éditeur(s) vidéo 'VOD, DVD, 4K Ultra-HD, Blu-ray): Warner Bros Home Entertainment
  • Date de sortie vidéo : 22 décembre 2018
  • Box-office France / Paris-périphérie : 1 622 161 entrées / 710 798 entrées
  • Box-office nord-américain / Total mon 145 443 742 $ / 530 243 742 $
  • Budget : 150 000 000$
  • Classification : Tous publics avec avertissement : "Certaines scènes sanglantes sont suceptibles de heurter un jeune public."
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs / Son :
  • Festivals et récompenses :
  • Illustrateur / Création graphique : 2018 © Warner Bros - Design : B O N D, Concept Art
  • Crédits :
  • Franchise : The Meg : premier film du diptyique
Note des spectateurs :

En eaux troubles (The Meg) nous plonge dans une baignade dans des profondeurs de plaisir plutôt satisfaisantes, malgré l’impersonnalité de la réalisation qui suscite une interrogation quant au choix du réalisateur pour diriger pareil potentiel carnassier. 

Synopsis : Missionné par un programme international d’observation de la vie sous-marine, un submersible a été attaqué par une créature gigantesque qu’on croyait disparue. Sérieusement endommagé, il gît désormais dans une fosse, au plus profond de l’océan Pacifique, où son équipage est pris au piège. Il n’y a plus de temps à perdre : Jonas Taylor, sauveteur-plongeur expert des fonds marins, est engagé par un océanographe chinois particulièrement visionnaire, contre l’avis de sa fille Suyin.

Taylor a pour mission de sauver l’équipage – et l’écosystème marin – d’une redoutable menace : un requin préhistorique de 23 m de long connu sous le nom de Megalodon. Or, il se trouve que le plongeur s’est déjà retrouvé face-à-face avec le squale plusieurs années auparavant. Avec l’aide de Suyin, il doit à présent surmonter sa peur et risquer sa vie pour sauver les hommes et les femmes prisonniers de l’embarcation… et accepter d’affronter une fois encore le prédateur le plus terrible de tous les temps.

Critique : A l’origine de The Meg, l’on trouve le best-seller de Steve Alten, paru initialement en 1997, et revisité par son auteur avec un prequel pour une nouvelle publication récente. Cet ancien directeur général d’une société spécialisée dans la viande en gros, fonde alors l’une des franchises littéraires les plus riches avec une histoire de scientifiques en quête du mégalodon, squale préhistorique censé avoir disparu deux millions d’années auparavant, dont plusieurs signes révèlent toutefois son existence dans les eaux profondes du Pacifique, dans la fosse la plus profonde des îles Mariannes.  

Warner et ses Dents de la mer

Les sequels du roman ont cartonné et Hollywood s’est intéressé de près au phénomène, prêt à relancer l’idée du requin carnassier qui avait déserté les salles dans les années 90. Il faut dire que pour Universal qui gère la franchise des Jaws, Spielberg s’opposait totalement à l’idée d’une suite ou d’un reboot des Dents de la mer. Il faut en fait attendre la fin des années 90 pour découvrir au cinéma Deep Blue Sea (Peur bleue, en VF), chez Warner, qui invite les requins à une mutation scientifique transformant ces créatures aquatiques en armes de destruction intelligentes. Renny Harlin est au filet, mais le succès n’est pas au rendez-vous chez Warner. Parallèlement, le marché de la vidéo et du streaming transforme le requin en un mythe cinématographique à part entière, avec des tonnes de nanars ubuesques aux titres improbables… On en compte des dizaines et des dizaines, Nu Image régale très souvent (Shark Attack), mais The Asylum enfonce le clou avec la saga des Sharknado.

En eaux troubles, Jason Statham (teaser)

2018 © Warner Bros

Il faut trouver une parade pour le cinéma. Quid de l’adaptation du roman d’Alten, d’un blockbuster, un vrai, mettant en scène les mâchoires infernales, comme au bon vieux temps des Jaws (4 films entre 1975 et 1987) ? New Line s’intéresse de près au bouquin de Steve Alten. Guillermo del Toro envisage la réalisation, Eli Roth aussi… Finalement, c’est en 2016 que tout se décante, avec Warner qui revient dans la course. Le cadre du Pacifique est parfait pour envisager une coproduction avec la Chine, désormais partenaire essentiel pour l’industrie cinématographique américaine qui ne peut plus compter sur son seul marché pour rentabiliser ses films d’action. The Meg sera donc une production chinoise (Gravity) et américaine (Warner), ce qui se vérifie dans le casting, le cadre… 

Le cas Jon Turteltaub

Par ailleurs, pour Warner, la logique du film s’inscrit sur du long terme, dans une volonté de bâtir une nouvelle saga croquante, avec cette orientation vers des monstres colossaux qui pourraient, pourquoi pas, s’affronter au cœur de productions titanesques, celles dont sont friands les Asiatiques : Godzilla, Kong:Skull Island, Rampage... tous ces monster flicks ont posé leur pierre à l’édifice avec plus ou moins de succès.

Avec un budget de production supérieur à 120M$, qui n’est donc pas celui des séries B aquatiques comme Instinct de survie, beaucoup de commentateurs, au sein de l’industrie hollywoodienne, se demandaient comment Warner allait vivre un énième raté dans le blockbuster surdimensionné (Rampage s’était ramassé quelques mois auparavant, quand cet été, Universal a payé les frais d’un Skyscraper qui s’est effondré au B.O. mondial, malgré son statut de coproduction avec la Chine). En En eaux troubles (The Meg), plus personne n’y croyait vraiment, et la promotion a pris un virage humoristique déroutant, au lieu de jouer sur l’action et le suspense horrifique. Exit l’angoisse sous-marine, les pontes du studio ont opté pour la case humoristique, avec par exemple un faux suspense autour de la survie d’un petit toutou pataugeant dans l’eau de mer, le requin à une vingtaine de mètres, tous crocs sortis, à ses trousses… Ces éléments avaient, d’une certaine manière, déjà fait le succès de Lake Placid, qui s’orientait également davantage vers l’humour que le film de terreur reptilien, mais En eaux troubles (The Meg) est aussi un vrai film d’action, de science-fiction, et un thriller sous-marin patenté.  

Le risque était donc d’autant plus élevé pour Warner qu’avec Jon Turteltaub à la réalisation, la critique risquait d’être cinglante. Ce tâcheron n’a réalisé que des films pitoyables (en vrac, Phénomènes avec Travolta, les Ninja Kids, Rasta Rockett, L’amour à tout prix avec Bullock, Instinct avec Anthony Hopkins, Sale môme avec Bruce Willis ou les deux Benjamin Gates…) ; on peut s’étonner de le voir à la tête de pareille entreprise au vu de ses bagages en 2018 tellement sa carrière n’est suivie par… personne.

Le box-office a donné raison à Warner avec un démarrage à l’échelle de la bête préhistorique, malgré des critiques américaines en eaux tièdes. Le summer hit est, il est vrai, une bonne surprise par rapport aux risques pris sur la production, humour canidé, coproduction dont l’idée même pouvait suggérer une certaine lassitude… tout nous effrayait, mais in fine, le mégalodon lâché inspire plutôt la satisfaction, celle du divertissement parfaitement goupillé pour à la fois susciter quelques petites émotions et surtout de l’intérêt pour le cheminement narratif (la première partie du film, dans les abysses, avec un sauvetage catastrophe, ne manque pas d’efficacité). L’on se surprend à apprécier l’attente de l’apparition définitive du monstre marin qui excite l’imagination, et la relative fluidité du film et de ses CGI (malheureusement loin d’être tous réussis, surtout sous l’eau où le flou est gênant). Avec la bonhomie de Jason Statham, qui, depuis ses débuts, malgré ses nombreux faux pas, n’a toujours pas conquis le cœur du public, on estime le plaisir à des profondeurs acceptables, même si les formules imposées au produit correspondent bien aux limites de Jon Turteltaub, qui n’est ni un auteur, ni un rebelle, et dont le seul signe d’audace dans sa carrière est d’avoir réussi à sévir pendant trois décennies. Une énigme, une vraie.

En eaux troubles, Jason Statham (teaser)

2018 © Warner Bros – Design : Concept Arts

En eaux troubles, des gags et des défauts

Souvent, l’on se met à rêver du film qu’aurait pu être En eaux troubles (The Meg), traité par un autre. L’insistance sur les valeurs héroïques qui nous fait dévaluer tout de suite l’ensemble sans une vraie prise de position comme Mel Gibson avait réussi à le faire sur Tu ne tueras point, l’insistance sur des rouages traités sans ironie (le capitalisme à l’origine du déséquilibre écologique qu’implique la remontée des dents d’acier dans un écosystème non préparé pour pareille tempête). Evidemment, on se lamente de l’insipidité des attaques, spectaculaires, gore quand il s’agit d’éventrer une baleine, mais chiches en morts humaines, malgré la densité en baigneurs de la plage attaquée… Il manque indéniablement un point de vue au film pour s’extirper des filets du seul divertissement, un réalisateur armé pour le défendre, et pourquoi pas un premier degré féroce ou un second degré loufoque pour mieux apprécier, en qualité d’adulte, une adaptation qui se refuserait de n’être qu’un énième shark movie. 

Malgré les défauts soulevés, on restera toutefois sur le bilan récréatif de En eaux troubles (The Meg), souvent drôle, parfois impressionnant, et jamais antipathique. On baigne dans ses eaux avec la satisfaction et le soulagement d’un naufrage évité, et avec le désir certain d’un sequel où le cinéaste spécialisé en daubes à la chaîne aurait été évincé. 

En eaux troubles 2 (The Meg 2) par del Toro ? Peut-on encore en rêver ? De l’audace, nous aussi on en a… donc pourquoi pas. Finalement, le nom de Ben Wheatley annoncé en octobre par Warner nous va bien aussi…

Frédéric Mignard

 Les sorties de la semaine du 22 août 2018

En eaux troubles (The Meg), affiche française

2018 © Warner Bros

DISPONIBLE EN DVD, BLU-RAY, ULTRA HD, & VOD

En eaux troubes (The Meg), jaquette 4K

2018 © Warner Bros

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En eaux troubles, cover VOD

Bande-annonce de En eaux troubles (The Meg)

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