Dossier prostitution : la critique du film (1970)

Mondo, Documenteur, Erotique | 1h35min
Note de la rédaction :
5/10
5
Dossier prostitution de Jean-Claude Roy, affiche

  • Réalisateur : Jean-Claude Roy
  • Acteurs : Katia Tchenko
  • Date de sortie: 03 Avr 1970
  • Nationalité : Français
  • Titre original : Dossier prostitution
  • Titres alternatifs : Les filles de la nuit (VHS)
  • Année de production : 1969
  • Scénariste(s) : Jean-Claude Roy, d'après le livre de Dominique Dallayrac (Editions Robert Laffont)
  • Directeur de la photographie : Claude Saunier
  • Compositeur : Jacques Loussier
  • Société(s) de production : Tanagra Productions, René Thevenet
  • Distributeur (1ère sortie) : C.C.F.C.
  • Distributeur (reprise) : -
  • Date de reprise : -
  • Éditeur(s) vidéo : Iris (VHS) Samouraï Vidéo (VHS, Les Filles de la nuit), FIP (VHS),
  • Date de sortie vidéo : Inconnue
  • Box-office France / Paris-périphérie : Inconnu
  • Budget : -
  • Rentabilité : -
  • Classification : Interdit aux moins de 18 ans (à sa sortie), Interdit aux moins de 16 ans en 2020
  • Formats : Couleurs - Eastmancolor / Son : Mono
  • Festivals et récompenses : -
  • Illustrateur / Création graphique : -
  • Crédits : Tanagra Productions - Les Productions René Thévenet
Note des spectateurs :

Dossier prostitution donne une vision de la femme par l’homme du point de vue sociologique assez consternante. L’adaptation de l’ouvrage de Dominique Dallayrac fait tout simplement froid dans le dos. Néanmoins, l’œuvre est historiquement précieuse comme tout témoignage d’une époque.

Synopsis : Une enquête sur la prostitution en France, qui présente l’organisation des maisons closes puis raconte leur fermeture. On explore ensuite les différentes facettes de la prostitution: les quartiers chauds, les clients, l’action de la police et des travailleuses sociales.

Dossier prostitution : adaptation du best-seller de Dominique Dallayrac

Critique : Sorti en 1970, quatre ans après la parution du best-seller de Dominique Dallayrac qui faisait l’état des lieux de la prostitution en France, en onze chapitres aussi glauques que chirurgicaux, l’adaptation de Dossier prostitution par Jean-Claude Roy ne pouvait être d’une grande finesse de réflexion quant à ce sujet. On connaît la grande obsession du monsieur pour les choses du sexe, sa fascination pour le monde de la nuit ; avait-il le recul nécessaire face à son sujet pour en tirer un film objectif ? Le regard ambigu face aux situations de détresse des jeunes femmes estampillées comme des bêtes et malmenées sous les aspects les plus crus, pompiers et voyeuristes, nécessitait une volonté que Roy n’avait pas. Puisque le pamphlet anti prostitution n’est pas, le documentaire est surtout un objet d’exploitation de la femme sous une autre forme.

Choisissant des comédiennes pour donner corps au malheur des femmes des rues, dont Katia Tchenko, future icône du cinéma populaire, ou la regrettée Nadia Samir, speakerine de TF1, le cinéaste qui allait passer l’essentiel de sa carrière à réaliser ou produire de la pornographie (voir sa longue carrière ici), réalise néanmoins une œuvre évocatrice dans sa peinture révoltante du regard masculin de l’homme vis-à-vis de son absence d’empathie pour la femme.

La femme, cette coupable

La prostituée, traitée de tous les noms en fonction du lieu où elle officie (« la roulante, la caravelle, la marcheuse, la chandelle »…), est surtout identifiée comme une personne asociale, perverse, déséquilibrée, profiteuse… Une complaisance dans les clichés les plus machistes, alors que l’on évoque des maisons d’abattage et la traite des blanches, sans jamais chercher à identifier les coupables, des hommes mafieux et salauds qui l’outragent…

Le cinéaste a pour but de vendre un produit déguisé en reportage au plus près de son sujet, à un public masculin à un moment charnière de la cinématographie. Au cinéma, le relâchement post-68 des mœurs permet aux écrans d’afficher des spectacles outranciers ou paillards, mais on se situe quatre ans avant Emmanuelle et cinq avant l’ouverture à la pornographie explicite sur les écrans. Il faut donc exciter le public mâle, avec des œuvres qui justifient leur démarche par la sociologie.

La couverture du documentaire

Sous couvert d’avoir été tourné avec la bienveillance des autorités, dans des hauts lieux de la police parisienne, et avec comme matériau d’origine la rigueur du journaliste comme plume, – on retrouve de nombreux pans du bouquin, déclamé par Dominique Paturel, -, il n’empêche que l’approche pour les contemporains que nous sommes, avec cinquante ans de décalage, est sulfureuse, car opaque. Les mots mêmes du journaliste nous paraissent insupportables. Il écrivait ainsi en 1966 dans son célèbre ouvrage, au sujet de la « traite des blanches », qui est largement documenté et évoqué dans le film :

« On ne peut plus soutenir, en toute bonne foi, qu’il existe encore une véritable traite ; quelques cas, rares et isolés, de rapts et de violences, ne constituent pas une entité. » (Voir réédition numérique, chez Fenixx).

Cinq décennies après, on ne peut imaginer la violence des mots pour les femmes et plus particulièrement pour les néo-féministes radicales comme Alice Coffin tant chaque mot vient donner du poids à leur point de vue que d’aucuns qualifieront d’excessif en 2020. Et pourtant…

Mondo cannibal

Le film, aussi cinématographique soit-il (des efforts de réalisation vraiment louables, une vraie cohérence artistique), baigne dans les immondices du mondo pur et dur. On ne peut se dire que le travail du journaliste et de ses deux cents témoignages donnent de la substance à une œuvre qui se découvre a posteriori avec ahurissement. Dossier prostitution est le miroir de l’époque sur les vices du cinéma, de la littérature, les points de vue de journalistes encore englués dans une bourgeoisie de hiérarchie sociétale et de genre. Cet aspect confère au documenteur une vraie valeur sociologique qui nous permet réellement de mieux appréhender des mœurs passées et les différentes évolutions qui suivirent.

Spectateur voyeur cherche raison pour voir ce film désespérément

Malgré une dernière séquence de castings fastidieuse dans leur répétition (en l’occurrence celui de jeunes – fausses- paumées, à qui l’on vend un rôle et un tournage à l’étranger pour les enrôler dans des harems au Moyen-Orient), la curiosité l’emporte tout de même dans cette mise en abîme sociologique. L’on s’interroge forcément sur son propre rapport aux femmes, et l’évolution de la société contemporaine. La réflexion demeure toutefois moins ambiguë et donc moins satisfaisante qu’avec l’adaptation du best-seller de Xavière Lafont (1971) qui suivra.

La Punition, le livre et le film iront beaucoup plus loin dans la sexualité morbide consistant à dépeindre des vies féminines dépossédées de toute identité, de toute existence propre. Xavière y décrit des expériences de femme-objet, entièrement possédée par l’homme dans tout ce qu’il peut avoir de plus toxique à l’écran. Un portrait de l’esclavage soumis aux filtres de l’art des années 70, qui justement, n’en avait aucun…

Critique de Frédéric Mignard

Les sorties de la semaine du 3 avril 1970

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Crédits : Tanagra Productions

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