Dario Argento Soupirs dans un corridor lointain : la critique du film et le test DVD (2020)

Documentaire | 1h37
Note de la rédaction :
7/10
7
Dario Argento Soupirs dans un corridor lointain, affiche du film de Jean-Baptiste Thoret

  • Réalisateur : Jean-Baptiste Thoret
  • Date de sortie: 04 Juil 2019
  • Nationalité : Française
  • Distributeur : Les films du Camélia
  • Editeur vidéo : Tamasa
  • Date de sortie en vidéo 15 septembre 2020
  • Box-office France : 1 722 entrées (il s'agit des chiffres globaux de la rétrospective Dario Argento, partie II Le magicien de la peur) - diffusion parisienne exclusive
  • Société(s) de production Acqua Alta, Les films du Camélia, Ciné +
  • Formats : 2.35 : 1 / Couleurs & Noir et Blanc / Français, Italien
  • Festivals : Festival international du film de La Rochelle, Festival d'Il cinema ritrovato à Bologne.
Note des spectateurs :
[Total : 1   Moyenne : 3/5]

Dario Argento Soupirs dans un corridor lointain est un documentaire très personnel et original sur l’un des maîtres du giallo et du cinéma fantastique. Nécessaire, même si le propos aurait mérité des éclaircissements.

Synopsis : Vingt ans séparent les deux parties de ce film portrait consacré à Dario Argento. Tourné à Turin puis à Rome entre 2000 et 2019, Soupirs dans un corridor lointain cale son pas sur l’un des cinéastes les plus marquants de ces quarante dernières années. Ses obsessions, son travail, ses souvenirs, ses hantises, son rapport à la ville éternelle, les blessures de l’Histoire italienne, et puis le temps qui passe…

Critique : Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain est un film documentaire de Jean-Baptiste Thoret, éminent critique de cinéma et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. On lui doit notamment l’incontournable livre Dario Argento, magicien de la peur, publié en 2002 aux Cahiers du cinéma. Thoret est donc la personnes idéale pour tourner un documentaire sur le génie italien. D’autant qu’au fil des années le critique entretient un rapport privilégié avec le maître du fantastique. Dario Argento Soupirs dans un corridor lointain est divisé en deux parties bien distinctes.

Une première partie analysant le style Argento lors du tournage du Sang des innocents

La première se situe en 2000. Thoret profite du tournage du Sang des innocents (Non ho sonno) à Turin pour interviewer Argento et son équipe. Le critique a la bonne idée de dépasser dans cette partie le stade du simple making of. Il explique le style Argento en montrant des scènes fondamentales d’œuvres aussi marquantes que Les frissons de l’angoisse (1975) et Suspiria (1977).

Les idées sont intéressantes, qu’il s’agisse de l’esthétique propre à Argento, le mystère dans ses films ou encore le côté voyeuriste du héros. Toutefois, Jean-Baptiste Thoret n’échappe pas à deux écueils. Il intellectualise à outrance son propos, au risque de perdre en route son spectateur. A ce sujet, le documentaire n’est pas dédié aux néophytes mais aux spécialistes d’Argento. Voire même plus précisément à ses fans. D’où le second écueil. Dans cette première partie, destinée à la télévision en 2000, Thoret va jusqu’à dupliquer la mise en scène d’Argento, apparentant son reportage à un film militant. Heureusement, celui-ci est tout de même savamment documenté et analysé.

Une deuxième partie se recentrant sur la personne d’Argento

La deuxième partie de Soupirs dans un corridor lointain est moins classique et plus introspective. Elle a été tournée en 2019, soit 19 ans après cette première partie. Elle inscrit indubitablement le passage du temps en leitmotiv. D’ailleurs, la caméra de Thoret est plus posée, moins maniériste. L’image est désormais en noir et blanc, une façon d’inscrire Argento dans une sorte d’intemporalité mais aussi de se dégager de l’œuvre du maître italien, ses films étant très colorés.

Le critique de cinéma s’efface cette fois derrière la personnalité du réalisateur transalpin. Il n’y a plus de voix off. On suit seulement les déambulations dans Rome d’un vieil homme. Si Argento n’aime pas se mettre en avant, ces errances permettent d’en apprendre un peu plus sur l’homme. Dario Argento apparaît comme un grand amateur d’architecture, de lecture (romans occultes) et d’art de manière générale. On le suit dans une immense bibliothèque où il a tourné une scène clé d’Inferno (1980), son film le plus expérimental. Il évoque les lieux et les livres l’ayant inspiré à l’époque.

Cette deuxième partie se veut volontairement plus mélancolique. Il faut voir la tristesse d’Argento à la vue des vestiges abandonnées de la villa où il avait tourné Ténèbres (1982). Sans doute une façon de signifier que le cinéma italien est en crise et que seuls les films restent.

Un documentaire où Argento se livre sur ses idées politiques

Grâce à cette relation de confiance établie entre Argento et Thoret, le spectateur assiste aux confidences du maître du giallo sur l’histoire de son pays. Si ses films n’ont jamais cherché à s’inscrire dans leur époque, Argento n’en demeure pas moins un homme intéressé par l’histoire et la politique.  Et avec des avis bien tranchés, comme le prouve son adhésion au communisme (en tant qu’idéal) et son rejet de toute forme de fascisme. De la même façon, Argento évoque l’histoire de l’Italie, regrettant que l’on oublie par exemple le terrorisme, les Brigades rouges.

Au final, Dario Argento Soupirs dans un corridor lointain se présente comme un documentaire original dans son approche, sur le cinéma d’Argento et sur l’homme lui-même. Jean-Baptiste Thoret ouvre des pistes passionnantes qui mériteraient des développements. Par ailleurs, on aurait apprécié un regard plus critique sur l’œuvre d’un cinéaste certes incontournable jusque dans les années 80, mais plus dispensable par la suite. Des films comme Le fantôme de l’opéra (1998), Card player (2004), Giallo (2009) ou encore Dracula 3D (2012) sont des fautes de goût qui nécessitaient quelques explications. Et Argento lui-même n’en parle pas, comme si sa filmographie se limitait à ses trente glorieuses (années 60 à 80). Comme quoi, Jean-Baptiste Thoret a levé certains mystères, mais pas tous.

Les sorties de la semaine du 3 juillet 2019

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Dario Argento Soupirs dans un corridor lointain, affiche du film de Jean-Baptiste Thoret

© Acqua Alta, Les Films du Camélia

Test DVD de Dario Argento Soupirs dans un corridor lointain

Compléments : 3/5

Outre le film annonce, le seul véritable bonus (et quel bonus !) est une rencontre de 50 minutes avec Jean-Baptiste Thoret. Le critique de cinéma apparaît très à l’aise devant la caméra, comme lorsqu’il effectue des préfaces pour sa collection de films « Make my day ! » de Studio Canal. Ici, Thoret dissèque le cinéma d’Argento à travers plusieurs thématiques : l’aspect intemporel de l’œuvre, l’alchimie, le sublime, l’architecture, la mémoire et les 20 ans séparant les deux parties du documentaire. Il explique de façon claire et simple aussi bien le cinéma d’Argento que son approche dans son documentaire.

Cet entretien est passionnant et s’adresse tout à la fois aux néophytes qu’aux fans d’Argento. On pourrait presque considérer que ce bonus est la troisième partie du documentaire. Dans tous les cas, il en constitue un excellent complément.

A noter que le joli digipack comprenant le DVD du documentaire comporte également un livret de 16 pages où Jean-Baptiste Thoret revient sur le cinéma d’Argento.

L’image : 3/5

Une qualité d’image très disparate entre les deux parties du documentaire. Dans la première, l’image est de piètre qualité lors des interviews. Ce qui n’est pas le cas dans les extraits de films commentés en voix off. Quant à la deuxième partie, l’image est dans un magnifique noir et blanc.

Le son : 3/5

On peut faire une remarque identique à celle de l’image. Le son est de mauvaise qualité lors des entretiens dans la première partie. A l’inverse, la voix d’Argento est claire et la musique classique bien rendue dans la deuxième partie. Le DVD fait le job avec un Dolby Digital de tenue correcte.

Critique + test DVD : Nicolas Bonnes 

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Dario Argento Soupirs dans un corridor lointain, DVD du film de Jean-Baptiste Thoret

© Acqua Alta, Les Films du Camélia

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Dario Argento Soupirs dans un corridor lointain, affiche du film de Jean-Baptiste Thoret

Bande annonce de Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain

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