Compañeros : la critique du film (2019)

Drame, Biopic, Historique | 2h02min
Note de la rédaction :
8/10
8

  • Réalisateur : Alavro Brechner
  • Acteurs : Antonio de la Torre, Chino Darin, Alfonsa Tort
  • Date de sortie: 27 Mar 2019
  • Nationalité : Espagnol, Français, Argentin, Uruguayen
  • Titre original : La Noche de 12 años
  • D'après le roman de : Mauricio Rosencof (Memorias del calabozo)
  • Distributeur : Le Pacte
  • Classification : Avertissements - des scènes peuvent choquer la sensibilité des spectateurs
  • Box-office :
  • Date de sortie vidéo :
  • Festival : Sélection Venise 2018
Note des lecteurs

Cette œuvre forte s’attache à décrire par le menu l’enfermement d’opposants politiques durant 12 longues années. Le défi est relevé haut la main grâce à une réalisation coup de poing qui déstabilise fortement le spectateur. Un uppercut.

Synopsis : 1973, l’Uruguay bascule en pleine dictature. Trois opposants politiques sont secrètement emprisonnés par le nouveau pouvoir militaire. Jetés dans de petites cellules, on leur interdit de parler, de voir, de manger ou de dormir. Au fur et à mesure que leurs corps et leurs esprits sont poussés aux limites du supportable, les trois otages mènent une lutte existentielle pour échapper à une terrible réalité qui les condamne à la folie.

Le film raconte les 12 années d’emprisonnement vécues par trois des figures les plus célèbres de l’Uruguay contemporaine – dont son ancien président José “Pepe” Mujica.

La critique : Il est rare que l’on évoque au cinéma la période de dictature en Uruguay qui s’est étendue de 1973 à 1985. Ici, le cinéaste Alvaro Brechner se penche essentiellement sur le sort des opposants politiques nommés les Tupamaros, forces communistes qui luttaient de manière violente contre les tentatives de coup d’Etat par les forces armées du pays. Rappelons qu’à cette époque, toute l’Amérique latine passait progressivement sous le joug des militaires et l’Uruguay, dont on parle moins souvent, n’a pas échappé à la règle. Toutefois, le réalisateur ne cherche pas vraiment à prendre position sur le plan politique et préfère se concentrer sur le ressenti de ces hommes qui ont été privés de liberté durant 12 ans de leur existence. Soumis à des tortures physiques et psychologiques, ils ont résisté à l’avilissement au nom de leurs idéaux. Grâce à une mise en scène immersive, le cinéaste se propose de nous faire ressentir l’état émotionnel et mental de ces êtres privés de liberté et de contact humain. Construit de manière habile autour de trois figures principales, le script évite la redite tout en nous enfermant durant deux heures avec les personnages. Il s’agissait d’un sacré défi que de filmer des êtres en cage, ayant notamment interdiction de parler. Le réalisateur y arrive en ayant recours à de nombreux artifices, notamment des flash-back, des passages fantasmatiques, mais aussi un montage parfois hystérique et des effets sonores incessants destinés à nous rendre fou, en même temps que les protagonistes. Certains pourront trouver le procédé facile et épuisant, mais cela donne une incroyable force aux images, marquant ainsi durablement la rétine et les esprits. Le spectateur en vient progressivement à éprouver le même besoin de lumière et de tendresse que les prisonniers. Lorsque le cinéaste nous permet enfin de retrouver un peu de nature, celle-ci est sublimée de façon à ce que l’on ressente le manque éprouvé par ces trois hommes.

Crédits : M. Singer/ojo de Pajaro-Tornasol Films, Rezo Films

Construit de façon à ce que le spectateur ne s’ennuie jamais, le métrage est également porté par l’interprétation impressionnante du trio. Chaque acteur a perdu une bonne quinzaine de kilos pour pouvoir incarner à la perfection l’état de délabrement physique et psychologique de son personnage. Le résultat est d’une indéniable efficacité. On peut sans doute regretter le manque de précision historique du film, mais il ne s’agissait tout simplement pas du propos de l’auteur qui souhaitait avant tout retracer l’expérience extrême vécue par les opposants du régime militaire. A l’heure où Bolsonaro vante l’époque de la dictature au Brésil, il est important de visionner ce film, comme une piqûre de rappel sur les horreurs qui se sont déroulées dans toute l’Amérique latine au cours de ces sanglantes années 70 placées sous le signe de l’opération Condor.

Critique de Virgile Dumez

 

Crédits : Le Pacte

 

 

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