Coffret Mystery Road : le film, sa suite Goldstone et la série en coffret 4DVD : critique et test vidéo (2019)

Thriller, Film noir, Polar, Western, Série | 521 min
Note de la rédaction :
8/10
8
Jaquette du coffret événement Mystery Road

Note des lecteurs

Surfant sur le succès de la série, L’Atelier d’Images a la bonne idée de diffuser les trois enquêtes dépressives de Jay Swan, flic aborigène qui met au jour les dysfonctionnements de la société australienne. Découvrez Mystery Road et Goldstone, mélange de thriller, polar et de drame atavique.

 

Coffret Mystery Road

 

Critique : Mystery Road n’a rien d’un polar trépidant secoué de poursuites et de fusillades ; la traque du meurtrier n’est qu’un prétexte, on le sent bien à la manière dont elle se dilue dans des méandres parfois confus. Certes, on finira par connaître l’assassin de la jeune aborigène, mais par une image fugitive et alors qu’on a un peu perdu de vue ce fil narratif : c’est que les sous-intrigues se multiplient, qu’elles soient professionnelles (trafic de drogue, corruption, attaque de chiens sauvages) ou personnelles (Jay a quitté sa femme alcoolique et entretient des rapports difficiles avec sa fille), les deux se rejoignant d’ailleurs. C’est aussi que, si le film peut fasciner, c’est moins par le cheminement du personnage que par le portrait d’une Australie méconnue, loin des cartes postales et des clichés. On ne trouvera pas ici de kangourous, que seul un chasseur évoque, pas plus qu’on ne verra Sydney ou les plages ensoleillées. Non, Jay évolue dans une région pauvre, ravagée par la drogue, avec plus souvent des maisons miteuses, des routes rectilignes traversées par des camions ou une décharge, que des paysages idylliques. Partout l’hostilité se manifeste, que ce soit chez les policiers ou face à des habitants froids et comme enfermés : Jay croise ainsi un vieil homme qui pleure son chien, une jeune fille mutique, un chasseur arrogant. Quant à son supérieur, il a surtout envie que rien ne bouge, s’accommodant sans peine d’un meurtre somme toute sans importance.

Mystery Road le film

Évidemment, le racisme teinte de nombreux rapports, soit qu’on reproche au protagoniste d’être aborigène, soit qu’on lui fasse grief d’être policier et d’avoir en quelque sorte trahi son peuple. Cela confère au film un sentiment de malaise persistant, sentiment aggravé par des menaces sourdes que des dialogues peu explicites et peu nombreux distillent régulièrement. D’où sans doute la fascination que peut exercer le métrage malgré son rythme lent et son goût pour l’ellipse. On peut en être dérouté, mais l’ensemble fonctionne plutôt bien, et on se perd sans résister dans ce dédale narratif.
Peu amène à l’égard de cette Australie des petites villes, Mystery Road ajoute à un constat sinistre une mélancolie diffuse : plusieurs personnages regrettent le temps passé, une époque plus douce et plus claire. Cela va au fond avec la complexité de l’intrigue, miroir d’une société sans valeurs et sans idéal. On ne peut s’empêcher de voir là l’écho des grands films noirs, qui décrivaient eux aussi une jungle, mais souvent urbaine, un monde sans scrupules et sans pitié. Si Ivan Sen rejoint cette vision pessimiste, il y ajoute un accablement généralisé : voir en particulier la mère de la victime, surtout préoccupée de trouver de l’argent pour boire.
Au milieu de cette petite ville dépressive, Jay représente une manière de morale entêtée, même si l’on comprend par un dialogue avec sa femme qu’il n’est pas sans reproche, ce que la série explicitera ensuite. Mutique, hiératique, borné, il agit seul et, comme tout bon policier cinématographique, ne vit que pour son enquête. L’interprétation d’ Aaron Pedersen, tout en retenue, confère au personnage une impeccable densité, et il n’est pas très étonnant que Jay Swan soit devenu un héros récurrent, on sent là une potentialité que ce premier film n’a fait qu’effleurer. Mais cette première apparition ne manque ni de charme ni d’ambition, et la fusillade finale, bien menée, conçue comme un hommage au western, clôt en beauté un métrage captivant.

Goldstone 

La série reprend, en six épisodes, les mêmes ingrédients en dilatant à la fois l’enquête et les relations humaines. Appelé pour la disparition d’un jeune homme, mais il s’avère qu’il était accompagné, Swan débarque dans une petite ville empoisonnée par des conflits anciens jamais digérés (un viol, un secret de famille) ; l’une des qualités incontestables du scénario, c’est la capacité à approfondir des rapports complexes : Jay et sa fille ou sa femme, Jay et la policière locale, la famille du disparu, la victime du viol et la mère du même, etc. Chacun a sa scène, ses développements plus ou moins prévisibles, chacun existe véritablement, lesté d’une histoire et de sentiments. Ainsi a-t-on l’impression de voir une intrigue, certes éclatée, mais cohérente et profondément humaine. Il faut néanmoins en passer par des moments moins palpitants et, sur la longueur, la lente découverte des enjeux a parfois quelque chose de décourageant. Et pourtant l’ensemble fonctionne, sans doute à cause de la tension permanente et de la richesse des personnages, sans doute aussi parce que l’intrigue repose sur un enchevêtrement de dissimulations et de mensonges qui ravivent ponctuellement l’intérêt.
Par rapport au film, la série est moins ascétique : plus de couleurs, plus de musique, plus de paysages somptueux que des travellings aériens valorisent à intervalles réguliers ; mais la noirceur est la même. La petite ville tranquille ne l’est qu’en apparence : ce ne sont que tromperies et lourds secrets. Plus les personnages semblent respectables, moins ils le sont et les six épisodes prennent clairement le parti des exclus, des perdants (Larry, Shevorne), que la société regarde de haut, mais qui valent mieux que leur réputation. Et même si, in fine, les bons sentiments l’emportent, la tonalité reste grave et le goût amer persiste : il ne suffit pas de coffrer les vrais coupables et de renoncer à une part de la vente pour que s’effacent les dissensions et la culpabilité. Malgré la beauté de certaines séquences (le tout début est remarquable de concision), malgré les superbes ciels étoilés, les humains demeurent guidés par de sombres appétits dont Jay Swan est un implacable révélateur.

Goldstone débute par de vieilles photos qui racontent l’histoire de l’Australie et placent le film sur les traces d’un passé mal digéré, ce qui correspond à la situation initiale de Jay, véritable épave arrêté en état d’ivresse alors qu’il se dirige vers le lieu de sa nouvelle enquête, lieu qui est aussi celui dont son père est parti. Récit de filiation contrarié (sa fille est morte, il ignorait l’existence de ses oncles, il paterne un jeune flic, Josh, qui a lui même une manière de mère indigne,etc.), le métrage est aussi travaillé par le thème de la rédemption : en enquêtant sur la disparition d’une jeune asiatique, Jay retrouve sa dignité perdue, mais fait également le chemin qui le conduit vers ses ancêtres dans une superbe fin ouverte. Même trajet pour Josh, prêt à accepter des pots de vin au début, et qui, pour les beaux yeux d’une prostituée chinoise, se mue en justicier renversant un système de traite et de corruption. Au fond, en débarquant, Jay, comme dans les précédentes intrigues, révèle ce qu’on tentait de dissimuler ou ce avec quoi on s’accommodait : la mine et ses affaires louches ne résistent pas à son intervention brutale et fruste.
Plus que les deux autres épisodes de la « saga », Goldstone avoue sa dette envers le western : le « lonesome cow-boy » arrive dans une petite ville aux paysages aussi désolés que magnifiquement photogéniques, s’attaque aux notables et rétablit la justice. On pense plus d’une fois à un Clint Eastwood contemporain, une sorte de Pale Rider du XXIème siècle et, si les fusillades sont encore rares, elles ont la sécheresse des modèles du genre. L’une des dernières séquences, en particulier, utilise de belle manière des baraquements pour introduire un règlement de comptes des plus efficaces.

Mais Goldstone est aussi le mieux écrit, le plus lyrique et le plus maîtrisé : l’intrigue est plus ramassée et se concentre sur moins de personnages, mais conserve les caractéristiques du premier film (héros mutique, rythme lent, plongées aériennes récurrentes), tout en les densifiant. Le scénario se fait plus ambitieux avec ses thèmes forts, et les dialogues structurent plus fortement, avec leurs répétitions savamment distillées (la poussière symbolique, par exemple), une intrigue solide. Il n’est pas jusqu’à la mise en scène qui ne fasse pas preuve de plus de personnalité, sur le modèle d’un classicisme serein ; ainsi les beaux travellings et les plans généraux affirment-ils constamment un regard d’entomologiste porté sur un petit monde perdu dans des décors trop vastes.

 

Visionner à la suite les trois enquêtes (précisons que l’ordre de tournage n’est pas celui de la narration, même si, comme l’annonce le carton initial, les œuvres sont relativement indépendantes) n’a rien d’un chemin de croix : les intrigues et le rythme sont envoûtants, les acteurs convaincants et le temps passe vite en compagnie de Jay Swan, auquel on s’attache rapidement. Mais ce qui se dessine globalement, c’est la vision d’un pays rongé par des démons anciens et récents, une vision sans concessions que Goldstone couronne avec panache.

Le test DVD

Les jaquettes de Mystery road, la série, le film, et Goldstone

Copyrights : Arte Edition, L’Atelier d’images

 

Suppléments : 2 / 5

Mystery Road, le film :  Cinq minutes d’entretiens avec les acteurs assez convenus dans leurs éloges et 22 minutes plus denses avec le réalisateur, qui revient sur la genèse du métrage avant d’en détailler plusieurs aspects. C’est souvent intéressant pour comprendre le personnage et la société dans laquelle il évolue, mais il faut supporter le débit monocorde d’Ivan Sen.

Mystery Road, la série n’est accompagnée que d’un bonus dans lequel l’équipe explique à quel point tout a été génial, de l’idée aux acteurs. Seule la dernière intervention, qui montre la vision des Aborigènes, relève le niveau (18mn).

Enfin, avec Goldstone, un court bonus (10mn) va du panégyrique à la paraphrase du film ; rien de bien passionnant.

 

Image : 3.5 / 5

La copie du film Mystery Road est un peu faible, avec sa définition simplement correcte ; en revanche la série et Goldstone bénéficient d’une précision que les séquences d’extérieurs mettent en valeur : limpidité de l’image, beauté des couleurs, un bonheur.

 

Son : 3.5 / 5

Rien de très démonstratif, les trois œuvres reposant davantage sur les dialogues et les silences que sur des détonations ou une musique puissante. Néanmoins, et surtout dans les deux récits les plus récents, la bande-son est transparente. On appréciera les accents et le phrasé singulier des personnages, et, dans cette optique, la VF, bien que soignée, en gomme l’originalité. Quand l’action s’emballe ou quand la musique se fait plus forte, les deux pistes ne déméritent pas.

Critique et test DVD : François Bonini

Communiqué de presse Mystery Road

Copyrights : Arte Edition, L’Atelier d’images

 

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