Black Dog : la critique du film (2024)

Drame | 1h56min
Note de la rédaction :
10/10
10
Black Dog, l'affiche

  • Réalisateur : Guan Hu
  • Acteurs : Eddie Peng, Jia Zhangke (Jia Zhang-ke)
  • Date de sortie: 05 Mar 2025
  • Année de production : 2024
  • Nationalité : Chinois
  • Titre original : Gouzhen (狗阵)
  • Titres alternatifs : Le chien noir (Québec) / Câinele Negru (Roumanie) / Cão Preto (Portugal) / Czarny pies (Pologne) / Fekete kutya (Hongrie) / Black Dog - Weggefährten (Allemagne)
  • Casting : Eddie Peng, Liya Tong, Jia Zhang-ke, You Zhou, Xiaoguang Hu, Ben Niu, Yuanzhang Yin, Li Zhang, Hongzhe Mo-Tu, You Wu, Youwei Da, Chu Bu Hua Jie, Naixun Wang, Yi Zhang, Hong Yuan, Wei Chen, Yi Zhao, Jianya Zhang, Yang Zhang, Yanhui Wang, Baoliang Sha, Qiang Gao, Miyi Huang, Jiuxiao Li, Jing Liang, Yiquan Wang, Vision Wei
  • Scénaristes : Guan Hu, Rui Ge, Wu Bing
  • Monteur : Breton Vivian
  • Directeur de la photographie : Weizhe Gao
  • Compositeur : Breton Vivian
  • Chef Maquilleur : Hong Yang
  • Chef décorateur :
  • Directeur artistique : Li Chang
  • Producteurs : Jing Liang, Wenjiu Zhu
  • Co-Producteurs : Justine O., Donghui Wang
  • Sociétés de production : The Seventh Art Pictures, Huayi Brothers Pictures, Momo Pictures, Bona Film Group
  • Distributeur : Memento Films
  • Distributeur reprise :
  • Date de sortie reprise :
  • Editeur vidéo : Memento Distribution (DVD et blu-ray, 2025)
  • Date de sortie vidéo : 4 novembre 2025
  • Budget :
  • Box-office France / Paris-Périphérie : 278 748 entrées / 87 271 entrées
  • Box-office nord-américain / monde :
  • Classification : Tous publics
  • Formats : 2.47 : 1 / Couleurs / Son : Dolby Atmos, D-Cinema 48kHz 5.1
  • Festivals : Festival de Cannes 2024 : section Un Certain Regard / LEFFEST 2024 (Portugal) / Festival du film de Macao 2024 : en compétition / Festival du film de Varsovie 2024 / Festival de Valladolid 2024 : en compétition / Festival de Jérusalem 2024
  • Nominations : Asian Film Awards 2025 : Meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur pour Eddie Peng, meilleure direction artistique, meilleurs effets visuels / César 2026 : meilleur film étranger
  • Récompenses : Festival de Cannes 2024 : prix Un certain regard / LEFFEST 2024 : Prix du jury / Festival du film de Varsovie 2024 : Prix Crème de la crème / Festival de Valladolid 2024 : Prix du meilleur réalisateur ; Prix de la meilleure photographie / Festival de Jérusalem 2024 : Mention spéciale du meilleur film étranger
  • Illustrateur/Création graphique : © E. Dorot (affiche). Tous droits réservés / All rights reserved
  • Crédits : © The Seventh Art Pictures, Huayi Brothers Pictures, Momo Pictures, Bona Film Group. Tous droits réservés / All rights reserved
  • Attachés de presse : Matilde Incerti, Thomas Chanu Lambert
Note des spectateurs :

D’une beauté esthétique saisissante, Black Dog est un pur chef d’œuvre d’onirisme, toujours à la lisière du fantastique, tout en proposant une critique assez virulente du système politique chinois. Un bijou !

Synopsis : Lang revient dans sa ville natale aux portes du désert de Gobi. Alors qu’il travaille pour la patrouille locale chargée de débarrasser la ville des chiens errants, il se lie d’amitié avec l’un d’entre eux. Une rencontre qui va marquer un nouveau départ pour ces deux âmes solitaires.

Guan Hu, un réalisateur de la sixième génération

Critique : Cinéaste de la sixième génération qui a débuté sa carrière au milieu des années 90 avec plusieurs films indépendants, Guan Hu est ensuite entré dans le rang de la production officielle chinoise, comme la plupart de ses confrères. Ainsi, il a beaucoup œuvré à la télévision, tout en tournant des films d’action et des fresques historiques dont la visée propagandiste ne fait aucun mystère. Entre ces projets commerciaux, le réalisateur semble s’être fait plaisir avec le scénario de Black Dog (2024), tourné en plein cœur du désert de Gobi, dans la région rurale de Gansu.

Black Dog, photo 1

© 2024 The Seventh Art Pictures, Huayi Brothers Pictures, Momo Pictures, Bona Film Group / Affiche : E. Dorot. Tous droits réservés.

Rarement filmés, les paysages arides de cette région constituent la première attraction de ce long métrage comme sorti de nulle part au sein d’une production cinématographique chinoise entièrement contrôlée par le Parti communiste au pouvoir. Effectivement, loin d’être une vitrine de la puissance chinoise, cette région laissée à l’abandon contraste fortement avec l’image d’extrême modernité que le Parti entend diffuser à l’étranger.

Des inégalités sociales criantes en Chine

Pour être à l’abri des critiques, Guan Hu a choisi de situer son intrigue en 2008, tout juste avant les J.O. de Pékin. Ainsi, il peut toujours arguer du fait que le pays a beaucoup changé depuis cette époque. Pourtant, on sent bien que la volonté du cinéaste est de critiquer une politique entièrement tournée vers l’exploitation du littoral et le commerce international, tandis que des provinces entières se trouvent délaissées par un pouvoir obnubilé par la puissance économique, au détriment de sa population.

Dès les premières images qui nous montrent l’assaut de chiens sauvages sur un bus perdu au milieu du désert, Black Dog donne une impression de surréalisme, tout en montrant pourtant des lieux bel et bien réels. Petit à petit, le spectateur comprend que les chiens ont été abandonnés lors du départ d’une grande partie de la population locale et qu’il faut désormais les éliminer pour éviter leurs morsures, d’autant que la rage refait surface.

Les animaux comme habile métaphore de l’abandon

Ainsi, dans Black Dog, les animaux sont d’autant plus présents qu’un zoo à l’abandon est également maintenu en vie par le père du héros qui vient tout juste de sortir de prison. Au vu de sa dimension hautement métaphorique, le spectateur ne peut pas faire autrement que de lire les mésaventures vécues par les animaux comme un symbole de ce qui attend les hommes d’une région abandonnée du pouvoir. Dès lors, Black Dog apparaît comme une critique assez virulente d’un Etat incapable de donner un avenir à ses concitoyens, en dehors d’un divertissement comme les Jeux Olympiques, vitrine censée masquer les inégalités flagrantes d’un pays tenu d’une main de fer.

Ainsi, toutes les décisions du Parti qui sont assenées par des hauts parleurs semblent absurdes et surtout inhumaines. Il s’agit de supprimer tous les chiens, y compris ceux qui ont un propriétaire, pour peu que celui-ci ne soit pas déclaré aux autorités. Si le héros du film commence par faire partie des chasseurs de chiens, son empathie envers les canidés va prendre le dessus. Il finit même par se lier d’amitié avec un grand chien noir censé avoir la rage.

Une ambiance postapocalyptique quasiment surréaliste

Alors que le film possède une esthétique froide et quasiment postapocalyptique durant sa première moitié, la suite permet au spectateur de ressentir toute une palette d’émotions puisque le lien entre l’homme et l’animal devient de plus en plus profond. Le cinéaste questionne au passage l’idée de rédemption, de capacité à se mettre à la place de l’autre et à éprouver des émotions dans un monde décrit comme inhumain. Finalement, il n’est pas étonnant que le cinéaste convoque deux chansons issues de Pink Floyd, The Wall (Mother et Hey You) quand on sait que le long métrage de 1982 parlait déjà de dictature et d’enfermement.

Black Dog, photo 2

© 2024 The Seventh Art Pictures, Huayi Brothers Pictures, Momo Pictures, Bona Film Group / Affiche : E. Dorot. Tous droits réservés.

Grâce à des images sublimes signées Weizhe Gao, Black Dog propose plusieurs séquences absolument inoubliables qui propulse le drame dans la catégorie des purs chefs d’œuvre. On n’est pas prêt d’oublier la meute de chiens qui forme comme une haie d’honneur pour le héros et son side-car, mais aussi toute la scène où les animaux du zoo se retrouvent en liberté, alors même qu’une éclipse solaire est en cours. Visionnaire sur bien des plans, Black Dog émeut également fortement lorsque le chien est blessé, tandis qu’en parallèle le père du héros se meurt à l’hôpital. En contrepoint, la cérémonie d’ouverture des JO offre un contraste saisissant et d’une belle profondeur, d’autant que le cinéaste ne surligne jamais les situations par des dialogues qui seraient redondants.

Gang Hu livre ici son chef d’œuvre, salué à Cannes

Film taiseux, souvent contemplatif, mais jamais ennuyeux et d’une poésie incomparable, Black Dog constitue la révélation tardive d’un cinéaste qui n’a jamais eu droit chez nous à une sortie en salles. Le réalisateur a pu s’appuyer sur des acteurs professionnels formidables. Ainsi, le bogosse Eddie Peng s’est littéralement métamorphosé au point d’être très crédible en bouseux local, lui qui est habituellement un mannequin très métrosexuel. Les amoureux des animaux seront d’ailleurs ravis d’apprendre que l’acteur a finalement adopté le chien du film. Dans le rôle de l’oncle du héros, le cinéaste Jia Zhangke donne également de la crédibilité à son emploi.

Absolument magnifique, Black Dog a été présenté au Festival de Cannes 2024 dans la section Un Certain Regard où il a décroché le prix principal. Par la suite, le métrage a également été nominé au César 2026 du meilleur film étranger, sans pour autant décrocher la statuette.

Box-office de Black Dog

Le drame est sorti le 5 mars 2025 par Memento Films dans une combinaison de 133 salles art et essai pour un démarrage intéressant à 62 059 entrées. Mais le plus beau vient de la très belle stabilité de Black Dog durant les semaines suivantes. Ainsi, le drame ne perd que 18 % de ses spectateurs en deuxième fournée pour 50 868 retardataires (total : 112 927).

Le bouche à oreille excellent a continué de fonctionner avec même une nouvelle hausse des entrées à 52 867 canidés grâce à une combinaison de salles qui a quasiment doublé. Memento a compris qu’il tenait là un beau succès et en un mois, Black Dog a déjà déplacé 200 012 cinéphiles. Sa carrière s’est poursuivie jusqu’à l’été 2025 pour atteindre 264 884 entrées. Pourtant, le métrage a ensuite été à nouveau projeté au mois de janvier, glanant encore des entrées malgré la concurrence de sa sortie en DVD et blu-ray. Ainsi, Black Dog a fait japper de plaisir 278 748 spectateurs. Un beau succès très largement mérité !

Critique de Virgile Dumez

Les sorties de la semaine du 5 mars 2025

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Black Dog, l'affiche

© 2024 The Seventh Art Pictures, Huayi Brothers Pictures, Momo Pictures, Bona Film Group / Affiche : E. Dorot. Tous droits réservés.

Biographies +

Guan Hu, Eddie Peng, Jia Zhangke (Jia Zhang-ke)

Mots clés

Cinéma chinois, Les chiens au cinéma, Les animaux au cinéma, Le désert au cinéma, Les films esthétiques, Festival de Cannes 2024, Un Certain regard 2024

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