Meilleur biopic depuis bien des années, Better Man est un petit chef d’œuvre qui compte parmi les plus belles perles de l’année 2025. Pourtant, le public en a décidé autrement en en faisant un terrible échec commercial.
Synopsis : L’ascension du célèbre chanteur/compositeur britannique Robbie Williams. Devenu une star avec le Boy Band, Take That, dans les années 1990, ce dernier a peu à peu plongé dans les paradis artificiels avant de retrouver le succès en solo en 1997 avec la chanson “Angels”.
Robbie Williams, star des années 90-2000 un peu oubliée
Critique : Projet atypique, Better Man l’était assurément dès le départ. Tout d’abord parce qu’il n’était pas évident de mobiliser le grand public mondial à propos de la vie de Robbie Williams, star des années 90-2000 quelque peu oubliée de nos jours. Ensuite, le réalisateur australien Michael Gracey (à qui l’on doit The Greatest Showman, en 2017) a eu l’étrange idée de faire incarner le chanteur par un singe numérique, incongruité qui a séduit Robbie Williams, très connu pour ses clips audacieux. Outre un risque d’incompréhension, le cinéaste, également producteur, consacre un budget faramineux de 110 millions de dollars (hors frais promotionnels) à la confection de ce biopic peu ordinaire.

© 2024 Paramount Pictures. Tous droits réservés.
Pourtant, dans un milieu du cinéma de plus en plus frileux en matière de prise de risques, le cinéaste est parvenu à monter une impressionnante coproduction avec l’Australie – où l’essentiel du tournage a pris place – l’Angleterre – où ont été tournées les scènes de concert, ainsi que la scène en plan séquence de Rock DJ – les Etats-Unis, la France et même la Chine. A l’arrivée, le tournage a nécessité une importante logistique, d’autant que le réalisateur n’a jamais cherché la facilité contrairement à l’ensemble des biopics qui inondent nos écrans ces dernières années, avec leur esthétique de téléfilm.
Better Man, du grand cinéma assurément
Effectivement, l’ancien clippeur possède ici une vision de cinéma qui éclabousse la rétine à chaque instant. Pas un seul plan qui soit banal dans cette histoire où Michael Gracey utilise toutes les ressources offertes par la technologie moderne pour donner corps à sa vision artistique totale. Finalement, la représentation du héros en singe qui apparaissait comme incongrue sur les affiches ou dans la bande-annonce fonctionne parfaitement à l’écran, et ceci dès les premières minutes du long métrage. On appellera ça la magie du cinéma lorsqu’il est conçu par un artiste talentueux.
Par la suite, c’est ce pas de côté qui permet de justifier des séquences aussi folles que celles de la danse dans Regent Street sur Rock DJ, le tout en un plan séquence virtuose qui implique la bagatelle de 500 danseurs, mais aussi la magnifique séquence de l’accident de voiture qui se transforme en un cauchemar aux accents morbides. On pense également au moment complètement fou où le spectacle de Knebworth se transforme en un pugilat violent où le singe Robbie Williams se bat contre différentes versions de lui-même.
Le chanteur ne s’épargne pas
Esthétiquement impressionnant, Better Man est également porté par un scénario enthousiasmant où le chanteur ne s’épargne pas. Il y revient avec une honnêteté rare sur son trauma d’enfance et notamment l’abandon de son père (excellent Steve Pemberton) qui a préféré mener sa carrière de comédien de cabaret plutôt que de s’occuper de sa famille.
Robbie Williams rend également hommage à sa mère et surtout sa grand-mère (très poignante Alison Steadman) qui a toujours cru dans le talent de son petit-fils. En réalité, le chanteur insiste sur le sentiment qui l’a dominé durant la première partie de sa carrière, celui d’être un imposteur. Cela donne une profondeur inattendue à un artiste que nous ne voyions pas comme cela auparavant. Derrière son masque de clown et de bad boy se cachait donc des fêlures qui nous touchent.
Le syndrome de l’imposteur
Pourtant, le chanteur ne se donne pas toujours le beau rôle. Lors de sa période adolescente, avec le groupe phénomène Take That, il montre comment il a pu progressivement perdre l’amitié de son entourage en étant égocentrique. C’est toutefois au moment où il est éjecté du groupe qu’il sombre véritablement dans l’alcool et la drogue, perdant totalement pied avec le réel et ses proches. Le film évoque ainsi sa relation houleuse avec une des membres du groupe féminin All Saints, puis la renaissance lorsqu’il commence enfin à obtenir du succès en solo. Pourtant, cela ne le fait pas décrocher de la came qui l’aide à tenir le rythme des tournées, lui qui est une véritable bête de scène.

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D’ailleurs, si les chansons de l’artiste ne sont pas présentées dans leur ordre chronologique, elles arrivent toujours à propos et permettent de leur octroyer une profondeur supplémentaire. Ainsi, derrière la chanson d’amour Angels se cache en réalité une ode à sa grand-mère disparue, ce qui rend la chanson encore plus touchante. Que l’on aime ou non le répertoire du chanteur, on ne peut en tout cas pas lui nier un véritable talent de mélodiste. Ainsi, Better Man permet de revisiter ses titres de gloire dans des versions très réussies, souvent réenregistrées pour l’occasion.
Retour réussi dans l’Angleterre des années 90
Enfin, à cette dimension personnelle très forte, notamment dans sa relation troublée au père, il faut ajouter la peinture de l’Angleterre des années 90 alors que le phénomène des boys band explose et que la Brit Pop se met à triompher dans le monde entier. On est ainsi très heureux de croiser les mythiques frères Gallagher d’Oasis, plutôt ressemblants jusque dans leur comportement exécrable et leur prétention affichée. Tous ceux qui, comme nous, étaient jeunes lors de cette période faste sur le plan musical, y retrouveront des traces de leur passé, avec une certaine nostalgie.
Tout ceci fait donc de Better Man une œuvre qui dépasse de loin le simple biopic académique, hissant même le long métrage parmi les meilleurs du genre depuis plusieurs décennies, et également l’un des meilleurs films de l’année 2025.
Box-office international de Better Man : rien ne va plus!
Malheureusement pour le chimpanzé, la campagne d’affichage catastrophique qui insistait trop sur la dimension simiesque du film, ainsi que l’ensemble du marketing autour du biopic ont entrainé un rejet total de la part du public mondial, et ceci malgré d’excellentes critiques. Ceux qui ont vu Better Man sont généralement ressortis enthousiastes, mais personne n’a eu envie de se rendre en salles pour le voir. Aux Etats-Unis et au Canada, où Robbie Williams n’a jamais été une grande star, les résultats sont tout bonnement déplorables avec seulement 1,9 million de dollars de recettes sur un total de 1 291 salles.
Pourtant, les salles désertes ne concernent pas que l’Amérique du Nord puisque même le Royaume-Uni n’a collecté que 7,8 M$ alors qu’elle était le territoire où le film avait le plus de chances de cartonner. Ensuite, l’Australie a dégagé 3,3 M$ et la France seulement 2,2 M$. Au total, Better Man n’a récolté que 22,5 millions de billets verts, ce qui en fait un terrible accident industriel.
Box-office français de Better Man, même constat
En France, le film déboule dans les salles le 22 janvier 2025 avec une publicité monstre. Proposé dans une large combinaison de 530 salles, le film n’attire que 142 272 fans de Robbie Williams pour une quatrième place hebdomadaire. Malgré une hausse du nombre de salles, Better Man perd 50 % de ses entrées en deuxième septaine avec 71 378 retardataires, franchissant péniblement les 200 000 tickets vendus.
Le film n’est déjà plus que 10ème du box-office hebdo et il chute à la 19ème place en troisième semaine, avec seulement 41 851 macaques dans les cinémas. Comme les salles sont désespérément désertes, les exploitants se débarrassent du singe au bout de cinq semaines. Son résultat de 275 825 entrées tient de la pure catastrophe, malgré le soutien indéfectible de la presse, totalement sous le charme.
D’ailleurs, cet accident industriel a même privé les fans français de sortie d’un blu-ray 4K UHD, alors qu’il existe à l’étranger.
Critique de Virgile Dumez
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© 2024 Paramount Pictures / Affiche : The Refinery. Tous droits réservés.

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Michael Gracey, Damon Herriman, Robbie Williams, Steve Pemberton, Alison Steadman
Mots clés
Cinéma britannique, Cinéma australien, Film musical, Biopic, Reconstitution des années 90, Les singes au cinéma, Les flops de l’année 2025