Antigone : la critique du film (2020)

Drame | 1h39min
Note de la rédaction :
7.5/10
7.5
Antigone, affiche du film de Sophie Deraspe (2020)

  • Réalisateur : Sophie Deraspe
  • Acteurs : Nahéma Ricci, Antoine Desrochers, Rachida Oussaada, Hakim Brahimi
  • Date de sortie: 02 Sep 2020
  • Nationalité : Canadien, Québécois
  • Année de production : 2019
  • Scénariste(s) : Sophie Deraspe
  • Directeur de la photographie : Sophie Deraspe
  • Compositeur : Jean Massicotte, Jad Ophée Chami
  • Société(s) de production : Association Coopérative des Productions Audio-Visuelles (ACPAV)
  • Distributeur (1e sortie) Les Alchimistes
  • Distributeur (reprise) : -
  • Editeur(s) vidéo : -
  • Date de sortie vidéo : -
  • Box-office France / Paris Périphérie : -
  • Box-office nord-américain : -
  • Box-office divers : -
  • Formats : 1.85 : 1 / Couleurs / 5.1 Stéréo
  • Illustrateur / Création graphique : Design graphique : Frank Essam pour Original Cosmic
  • Classification : Tous publics
  • Festivals et récompenses : 7 nominations aux Canadian Screen Awards dont 5 Prix (Meilleure actrice, Meilleur Film, Meilleur second rôle féminin, Meilleure adaptation, Meilleur Montage) / Toronto Film Festivals : Prix du Meilleur film canadien
  • Crédits : © 2020 Les Alchimistes Films
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Antigone, tragédie de Sophocle et d’Anouilh, devient un drame humain poignant qui exhorte la puissance de la révolte chez les jeunes.

Synopsis : Antigone est une adolescente brillante au parcours sans accroc. En aidant son frère à s’évader de prison, elle agit au nom de sa propre justice, celle de l’amour et la solidarité. Désormais en marge de la loi des hommes, Antigone devient l’héroïne de toute une génération et pour les autorités, le symbole d’une rébellion à canaliser…

Antigone 2020 n’a pas à rougir face à ses illustres prédécesseurs

Critique : Pour son sixième long métrage, la réalisatrice québécoise Sophie Deraspe touche enfin le public français qui n’avait pas eu l’opportunité de découvrir son regard puissamment réaliste sur la société. Avec une caméra fougueuse et investigatrice, elle investit les paradoxes de la jeunesse et exhorte le sens de l’engagement dressé en véritable hymne. En particulier, elle adapte la figure même de la rébellion dans la tragédie antique et au théâtre, en l’occurrence le personnage complexe d’Antigone. La fille d’Œdipe est le parangon de l’intransigeance et du principe, celle qui s’éleva contre la toute haute autorité royale pour permettre le deuil familial en bonne et due forme.

Hakim Brahimi dans Antigone

© 2020 Les Alchimistes Films

Antigone devient, à l’écran, dans cette adaptation moderne où les personnages gardent tout de même les prénoms antiques, une adolescente d’origine nord-africaine, qui s’est construite une place dans la société canadienne par l’adhésion à ses valeurs, au travail, à sa littérature, faisant montre d’une grande sensibilité de jeune auteure. Elle y est arrivée à l’âge de trois ans, traumatisée par le souvenir du cadavre de ses parents jetés en pâture devant la maison familiale, dans de grands sacs qui leur servaient de linceul. L’émigration vers l’Amérique du Nord, elle se fit sous l’impulsion d’une grand-mère courage, avec ses deux frères et une sœur. Une famille soudée et unie par le drame, mais dont l’écart de conduite des garçons va mener la trame à une révoltante bavure policière à laquelle Antigone va répondre par le défi et sa conception naturelle de la justice. Personnage sacrificiel, elle exalte l’engagement pour sa famille au prix de sa propre liberté.

Une actrice habitée

Le sujet des violences policières est actuel, celui de l’endoctrinement de la jeunesse par les gangs aussi, puisque les deux frères sont aussi voyous. Mais ce qui compte ici, ce sont les valeurs morales d’Antigone, sa conception de la droiture. Sa fidélité familiale absolue se mêle à l’affect, à la prise en compte des racines du mal qui ont dévoyé ses frères et, avec sa philosophie, elle réfléchit sur les conséquences du destin dans la construction d’un enfant : celui-ci doit être tenu responsable d’un destin trop gros pour lui ? Les faiblesses des uns deviennent sa force. Son frère faillit, mais Antigone se substitue à lui avec une dignité qui est celle de son actrice, l’incroyable Nahéma Ricci, qui irradie le film de son jeu puissant, torturé, et intrinsèquement complexe. Entre théâtre et cinéma, elle trouve le ton juste, jouant avec les mots, les tonalités, les accents, et surtout en démontrant sur son visage fragile de femme-enfant devenue volontairement garçon manqué par la coupe de cheveux, qu’elle est bien plus forte que les autres personnages masculins que l’on croise. Nahéma Ricci est une formidable révélation.

Nahéma Ricci est Antigne

© 2020 Les Alchimistes Films

Un hymne à la capacité d’indignation de la jeunesse

La réalisatrice, Sophie Deraspe, dont on imagine le grand travail de directrice d’actrice, élabore des images soignées. Entre le réalisme et la tentation d’une modernité virale dans la réalisation pour répondre à l’embrasement que suscite la nouvelle de la violence policière et le comportement héroïque de la jeune Antigone, érigée en icône aux yeux d’une jeunesse fougueuse, Deraspe manifeste bien plus d’une corde à son arc. D’ailleurs elle est aussi l’auteure et la directrice de la photographie d’une œuvre qu’elle s’est appropriée, sans faillir sous le poids de la comparaison avec les pièces de théâtre immenses qui ont inspiré son travail.

Sans nul doute, Antigone est un film coup de poing, une œuvre d’emphase émotionnelle qui est le plus bel hommage que l’on puisse rendre à la jeunesse : cette tragédie moderne exhorte sa foi dans l’autre, sa capacité unique à se rassembler pour renverser les royaumes et s’indigner.

Frédéric Mignard

Sorties de la semaine du 2 septembre 2020

Antigone, affiche du film de Sophie Deraspe (2020)

Design graphique : Frank Essam pour Original Cosmic

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