Revenant sur l’histoire de l’indépendantisme corse des années 80-90, À son image réussit à séduire par son approche humaniste, tout en échouant en partie à embrasser la matière romanesque du livre d’origine.
Synopsis : Fragments de la vie d’Antonia, jeune photographe de Corse-Matin à Ajaccio. Son engagement, ses amis, ses amours se mélangent aux grands événements de l’histoire politique de l’île, des années 1980 à l’aube du XXIe siècle. C’est la fresque d’une génération.
Retour en Corse pour Thierry de Peretti
Critique : Pendant qu’il achève le tournage d’Une vie violente (2017), l’acteur et réalisateur Thierry de Peretti découvre le roman À son image de Jérôme Ferrari, publié en 2018 chez Actes Sud. Il envisage aussitôt d’en acquérir les droits d’adaptation pour le grand écran, même si le sujet s’avère très proche du long métrage qu’il vient tout juste d’achever. Dès lors, il fait une pause en tournant Enquête sur un scandale d’État (2021) et revient une nouvelle fois arpenter ses terres natales corses avec À son image (2024).

© 2024 Les Films Velvet, Arte France Cinéma / Photo : Pyramide Distribution. Tous droits réservés.
Pour Thierry de Peretti, le défi était de transposer pour la première fois de sa carrière une œuvre littéraire à l’écran, lui qui s’était toujours inspiré de la vraie vie pour écrire ses scripts. D’ailleurs, on le sent parfois mal à l’aise lorsqu’il faut prendre en charge l’aspect purement fictionnel du récit – notamment l’histoire d’amour contrariée entre la photoreporter interprétée par la novice Clara-Maria Laredo et l’indépendantiste joué par Louis Starace. En fait, on a un peu de mal à s’attacher à cette portion de l’histoire qui n’apparaît pas comme une priorité pour l’auteur.
Plongée dans l’histoire du FLNC
Cependant, dès qu’il aborde l’aspect historique de l’intrigue, le cinéaste semble plus inspiré. Ainsi, il revient sur des événements qui ont marqués son enfance et sa jeunesse sur l’île de beauté. A l’aide d’archives, il retrace la lutte des indépendantistes du FLNC (Front de libération nationale corse) contre le gouvernement français. Il filme notamment des rassemblements nationalistes et reconstitue les fameux points de presse qui étaient mis en scène par le mouvement avec cagoules et armes exhibées.
Au passage, le réalisateur tacle les journalistes de l’île, et notamment la direction de Corse Matin qui refuse de se mêler des sujets politiques pour les laisser aux grands quotidiens nationaux, au grand désespoir de l’héroïne qui cherche à s’impliquer dans la vie politique locale. Toutefois, si Thierry de Peretti met en avant l’engagement de ces hommes et ces femmes envers une cause qui les dépasse au risque de faire l’apologie du terrorisme, il montre avec pertinence l’évolution mortifère du mouvement au début des années 90.
Quand une cause dérape dangereusement
Ainsi, il évoque la scission du groupe indépendantiste entre le FLNC Canal historique et Canal habituel qui a provoqué une guerre entre Corses. Il montre les dérives de la violence au sein de ces groupes qui s’entredéchirent et s’entretuent pour des questions annexes qui n’ont plus rien à voir avec la cause originelle.

© 2024 Les Films Velvet, Arte France Cinéma / Photo : Pyramide Distribution. Tous droits réservés.
En incarnant lui-même le prêtre dégoûté de voir ses ouailles mourir les uns après les autres, Thierry de Peretti indique ainsi son positionnement nettement plus humaniste. Cela est renforcé par la dernière scène où le narrateur (très bon Marc-Antonu Mozziconacci), devenu professeur, explique à ses élèves qu’aucune vie humaine ne mérite d’être sacrifiée au nom d’une cause, aussi belle soit-elle. Cette position ne plaira nécessairement pas à tout le monde, mais elle fait d’À son image une œuvre à la fois intéressante sur le plan historique et au discours finalement modéré et humaniste qui parvient à toucher.
Toutefois, À son image pâtit parfois d’un montage un peu heurté, tandis que l’emploi de la voix off semble quelque peu factice, renvoyant forcément le spectateur à la matière littéraire étant à l’origine du film. Ces quelques éléments font de ce drame historique une œuvre inégale, mais qui demeure suffisamment bien réalisée et écrite pour rester pertinente à propos d’un sujet très peu évoqué dans le cinéma français.
Box-office d’À son image
Présenté à la Quinzaine des Cinéastes lors du Festival de Cannes 2024, À son image n’a remporté aucun prix, mais a pu ensuite être distribué dans nos salles grâce à Pyramide Distribution. Positionné dans 207 salles d’art et essai, le film corse a séduit 54 549 insulaires lors de sa semaine inaugurale pour une 14ème place hebdomadaire. Cela est nettement moins bien que pour Enquête sur un scandale d’Etat (2021), mais celui-ci bénéficiait de vedettes à son casting. Le métrage fait également moins bien qu’Une vie violente (2017) qui faisait un peu moins d’entrées, mais dans une combinaison de salles deux fois moindre.
En deuxième septaine, le film plonge de près de 50 % avec 27 659 retardataires, malgré un nombre de salles encore supérieur. Le métrage a toutefois tenu à l’affiche jusqu’à la fin novembre en engrangeant 121 233 entrées, ce qui démontre une belle résistance et donc des échos plutôt favorables de la part du public. De quoi lui offrir en février 2025 une sortie en format physique, aussi bien en DVD qu’en blu-ray.
Critique de Virgile Dumez
Les sorties de la semaine du 4 septembre 2024
Acheter le film en blu-ray
Voir le film en VOD

Photos : © Elise Pinelli / Les Films Velvet / Création : Benjamin Seznec / Troïka
Biographies +
Alexis Manenti, Thierry de Peretti, Vladimir Perišić, Clara-Maria Laredo, Louis Starace, Marc-Antonu Mozziconacci
Mots clés
Cinéma français, La Corse au cinéma, Le terrorisme au cinéma, Film sur le journalisme, La photographie au cinéma, Portrait de femme