Réalisateur, scénariste et producteur japonais, Shohei Imamura vit une enfance difficile, mais parvient à faire des études à l’université de Waseda. Il multiplie les petits emplois avant d’entrer à la Shōchiku en 1951 en tant qu’assistant réalisateur auprès notamment d’Ozu et Kobayashi. En 1954, il passe à la concurrence dans la firme Nikkatsu qui lui offre l’opportunité d’écrire des scénarios. Lorsqu’il parvient à devenir réalisateur, Shohei Imamura se penche immédiatement sur le sort du petit peuple. On le voit avec Désirs volés (1958), mais aussi Devant la gare de Ginza (1958) et Désir inassouvi (1958).
Imamura, un cinéaste novateur des années 60
Après quelques commandes, Imamura se fait enfin connaître avec un film à scandale intitulé Filles et gangsters (1961) où il s’en prend à la politique américaine menée au Japon. Il y développe aussi pour la première fois un personnage féminin fort, ce qu’il confirme avec La femme insecte (1963). Il affirme de plus en plus un style personnel avec des œuvres comme Désir meurtrier (1964) et Le pornographe (1965) où il procède à des échappées oniriques.
A partir de 1965, Shohei Imamura possède sa propre société de production, ce qui lui laisse le champ libre pour continuer à innover. Cela donne un étrange documentaire (L’évaporation de l’homme) et Profonds désirs des dieux (1968) où il confronte le Japon traditionnel avec la modernité. Il enchaîne avec un nouveau documentaire décalé intitulé Histoire du Japon racontée par une hôtesse de bar (1970) qui est un gros échec financier.
Shohei Imamura est contraint de tourner pour la télévision pendant une dizaine d’années.
La consécration par deux Palmes d’Or à Cannes
Le cinéaste reprend du service avec La vengeance est à moi (1979) et Pourquoi pas ? (1981), mais c’est son film suivant qui le propulse au sommet. Avec La Ballade de Narayama (1983), Imamura décroche la Palme d’Or du Festival de Cannes ; et avec 844 077 entrées en France, il obtient son plus beau score au box-office.
Parallèlement, Shohei Imamura a fondé une école de cinéma au Japon, qu’il dirige tout en continuant sa carrière qui a pris un tournant plus international. Il prend son temps et tourne Zegen, le seigneur des bordels (1987) qui est présenté sans grand succès à Cannes. Imamura enchante de nouveau avec Pluie noire (1989) qui traite des conséquences de la bombe atomique sur les habitants d’Hiroshima. Le film obtient deux prix à Cannes (Grand Prix Technique et Prix Œcuménique).
Il effectue son grand retour avec L’anguille (1997), très étrange film qui réussit à glaner une Palme d’Or ex æquo avec Le goût de la cerise de Kiarostami. Le film est vu par 238 710 spectateurs en France. Si Kanzo Sensei (1998) intéresse nettement moins (114 057 entrées), on le retrouve en pleine forme avec De l’eau tiède sous un pont rouge (2001) où l’on retrouve son style inimitable (vu par 145 169 spectateurs).
Shohei Imamura décède en 2006 à l’âge de 79 ans et demeure l’une des figures majeures du cinéma japonais des années 60 à 90.