Réalisateur, scénariste, producteur et acteur chinois, Chen Kaige est né en 1952 à Pékin (Beijing) en Chine. Il est le fils du documentariste Chen Huaikai, mais ne se destine pas initialement à suivre la voie paternelle.
Une jeunesse marquée par la Révolution culturelle
Au moment de sa scolarité débute la Révolution culturelle voulue par Mao Zedong en 1966. Chen Kaige, comme beaucoup de jeunes gens de sa génération rejoint les Gardes rouges. Afin d’être accepté dans ce groupe, il va jusqu’à dénoncer son propre père qui va ainsi être emprisonné et qu’il ne reverra quasiment pas. Un traumatisme qui a irrigué toute son œuvre future.
Malgré son implication dans les Gardes rouges, il est envoyé à la campagne pour y effectuer des travaux agricoles, comme tous les citadins de l’époque. Finalement, en 1971, il entre dans l’Armée populaire de libération et aide notamment le Viet Cong dans la guerre du Vietnam.
Un chef de fil de la Cinquième Génération
Après cette période très difficile de sa vie, il peut enfin intégrer l’Académie du cinéma de Pékin en 1978 en même temps que Zhang Yimou ou encore Tian Zhuangzhuang. Avec eux, le réalisateur va former ce que l’on appelle communément les Cinéastes de la Cinquième Génération.
Après avoir décroché son diplôme, Chen Kaige peut enfin réaliser son premier long métrage intitulé La Terre jaune (1984) qui rencontre un énorme succès à l’international et qui démontre que le cinéma chinois peut se distinguer par sa dimension artistique et non pas propagandiste. D’ailleurs, le régime en place n’apprécie guère le portrait peint de la Chine rurale arriérée qui contraste avec l’image donnée par les communistes.
Toutefois, il se rattrape avec La Grande parade (1986) qui satisfait davantage les autorités chinoises. En France, on commence à le connaître grâce à son troisième long métrage, Le Roi des enfants (1988) qui est sélectionné au Festival de Cannes et démontre une fois de plus son brio de réalisateur. A la même époque, il devient aussi acteur pour Bernardo Bertolucci et sa grande épopée Le Dernier empereur (1987).
Le temps des chefs d’œuvre et de la reconnaissance internationale

© 1993 / 2024 Tomson (Hong Kong) Films CO, LTD. / Affiche : A.R.P. (agence). Tous droits réservés.
Cette magnifique série de films continue avec le splendide La Vie sur un fil (1991) d’une poésie incroyable et qui, cette fois, a obtenu des financements internationaux. Toutefois, Chen Kaige réalise son chef d’œuvre en 1993 grâce à des financements taïwanais en adaptant au cinéma le livre Adieu ma concubine (1993). D’une beauté plastique hors norme, le métrage est aussi une dénonciation cruelle des méfaits de la Révolution culturelle, tout en traitant d’un sujet encore tabou en Asie, à savoir l’homosexualité. Présenté au Festival de Cannes, le métrage remporte la Palme d’Or, ex aequo avec La Leçon de piano (Jane Campion).
Malheureusement pour le réalisateur, le pouvoir en place est furieux contre lui et Chen Kaige doit continuer à tourner grâce à des financements étrangers. Il enchaîne avec Temptress Moon (1996), nettement moins réussi et qui ne parvient même pas à sortir dans les salles françaises. Grâce à des financements franço-japonais, il peut mener à bien la fresque L’Empereur et l’assassin (1998) qui est de meilleure tenue, mais ne retrouve pas la flamboyance de sa Palme d’or.
L’irrémédiable déclin dans un régime d’oppression
Finalement, au début des années 2000, Chen Kaige s’exile un temps aux Etats-Unis où il parvient à tourner un unique thriller, l’insipide Feu de glace (2002) qui aurait pu être réalisé par n’importe quel tâcheron hollywoodien. Déçu de cette expérience américaine, Chen Kaige retourne vivre en Chine où il réalise le mélodrame L’Enfant au violon (2002), puis la grande fresque fantastique Wu ji – La légende des cavaliers du vent (2005), complètement ratée à cause de l’abus d’effets numériques peu maîtrisés.
Les cinéphiles semblent bel et bien avoir perdu Chen Kaige qui d’abord continuer à œuvrer dans le mélodrame insipide (L’Orphelin de la famille Zhao en 2010), avant de vendre son âme au régime en place qui a repris le contrôle du cinéma national chinois. Désormais, lui comme Zhang Yimou, doivent se plier aux exigences du Parti pour espérer travailler.
Chen Kaige tourne désormais régulièrement de grandes fresques patriotiques à visée propagandiste. Bref, tout ce qu’il condamnait dans sa jeunesse. Parmi ses créations, on trouve notamment La Bataille du lac Changjin (2021). Mais en réalité, ces réalisations demeurent impersonnelles et ne sont là que pour contenter le régime dictatorial en place.